François Saubaber
François Saubaber, le golf dans les veines

Il est l’un des grands noms du golf français et coule aujourd’hui, à 83 ans, des jours heureux à deux pas du golf d’Hossegor, en compagnie de son épouse Pierrette. François Saubaber, Pancho pour les amis, a été l’un des meilleurs joueurs français des années 1950, avec trois titres de champion de France, trois victoires dans ce qui allait devenir le Grand Prix PGA, et huit participations à la Coupe du Monde. Il fut ensuite l’un des entraîneurs et formateurs les plus efficaces.

François Saubaber à de qui tenir. Jean, son père, originaire de Ciboure, au Pays Basque, était lui aussi pro de golf et fut même champion de France en 1928. C’est sur le Golf Bordelais, où le père était enseignant, que François fait ses premières armes : « J’ai commencé à jouer dès que j’ai su marcher, je suis né avec un club dans les mains, plaisante-t-il. En fait, c’était un club trafiqué, raccourci, que mon père avait fait parce qu’à l’époque les pros faisaient eux-mêmes leurs clubs. Mais j’adorais ça ! »
 
François conserve d’ailleurs quelques-uns des clubs fabriqués par son père et les montre fièrement dans son jardin, joignant le geste à la parole. Le swing est toujours là, semble même intact. « Je ne joue presque plus, mais j’adore toujours ça. J’ai mal à une jambe et ça me fait mal de marcher. Je pourrais jouer en voiture vous me direz. Mais j’aime beaucoup jouer seul. » C’est que l’ancien champion part du principe qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné.

« Lorsque je suis arrivé ici en 1995, pour y prendre la retraite, je venais jouer mais les gens me demandaient de jouer avec eux et après il fallait que je leur donne des conseils. Mais j’avais assez donné, à enseigner presque toute ma vie. Alors je venais jouer très tôt le matin, quand il n’y avait personne. Mais maintenant il y en a qui viennent très tôt aussi. Alors de temps en temps, je vais faire trois trous, en espérant que je ne ferai pas d’air shot et quand j’ai une bonne sensation je suis content. C’est tellement agréable quand on touche bien la balle, quand on la prend bien, c’est un grand plaisir. C’est pour ça que, bien que je ne joue que trois trous, je joue plusieurs balles. »

Pancho n’oublie pas au passage de se moquer de lui : « Quand je jouais bien, j’étais assez bon aux fers, mes seconds coups étaient assez précis. Maintenant c’est bois, encore bois et ensuite approche. Et quand je rentre à la maison, je suis obligé de faire tremper mes bois dans l’eau parce qu’ils sont tout rouges de la terre qu’ils ont remué ! Mais ce sont des clubs dernier cri. »
Mais bon, à l’époque où il débuté, François Saubaber jouait aussi avec des clubs dernier cri puisque c’est son père qui les avait fabriqués. Mais c’est à peu près là que s’arrêtait l’aide du paternel. « C’est mon père qui m’a initié mais il m’a surtout laissé faire, il ne me disait rien. Peut-être qu’il trouvait que je me débrouillais pas trop mal. Je regardais surtout les pros parce que à l’époque il n’y avait pas la vidéo, il fallait chercher soi-même. On faisait ça à la sensation. »

Pro à 15 ans
Le jeune Saubaber a vite arrêté l’école, à 13 ans, et s’est mis à travailler sur le Golf Bordelais, comme jardinier, comme cadet le dimanche et donnait aussi quelques cours. Jusqu’à ce qu’un jour, un monsieur de ses élèves s’adresse à lui sur le parcours : « Il m’a demandé ce que faisais, je lui ai dit que je travaillais, il m’a demandé combien que je gagnais et il m’a dit je te donne le double de ce que tu gagnes pour ne jouer qu’au golf. C’était Albert Martin, le père de Philippe Martin, qui est devenu président de la Fédération. Je lui dois beaucoup. »

Il débute donc comme pro très vite. « Ma première compétition, j’avais 15 ans, c’était à Chantilly. C’était l’Omnium National, mais on n’était pas nombreux et on faisait 36 trous par jour. Quand on entend aujourd’hui que les joueurs sont fatigués après 18 trous… A 18 ans, j’ai fini 6e au championnat de France, au Lys Chantilly, avec 66 au dernier tour. A l’époque j’étais costaud ! Et j’ai gagné mon premier championnat de France à Deauville en 1953, j’avais 23 ans. Et le deuxième ici, à Hossegor, en 1955 ! »

Entre temps, notre jeune champion participe à plusieurs tournois internationaux, se souvient d’une 4e à l’Open d’Espagne, d’une 5e en Italie et d’une 6e en Suisse. Mais à partir de 1955, il met pratiquement un terme à sa carrière internationale en raison du décès de son père dont il devait prendre la suite comme enseignant au Golf Bordelais. Mais cela ne l’empêcha pas de continuer à jouer les tournois en France et de participer à quelques Coupes du Monde.

Huit Coupes du Monde au compteur
« La sélection se faisait grâce aux points qu’on gagnait sur les différents tournois et, à la fin de la saison, on prenait les deux meilleurs pour jouer la Coupe du Monde qui s’appelait alors la Canada Cup. Il y avait Garaïalde à tous les coups, et puis avec Roger Cotton on se bagarrait pour prendre la 2e place. On était les meilleurs joueurs français à cette époque. Mais Jean était au-dessus du lot. Et c’est quand il ne sera plus là que tout le monde dira le crack qu’il était ! »
C’est cette Coupe du Monde qui lui vaut son meilleur souvenir, celle de 1954, jouée au Canada. « C’est incroyable l’accueil qu’on a eu là-bas ! Les spectateurs étaient terribles avec nous, mais il faut dire qu’on était les plus jeunes, moi j’avais 23 ans mais Jean avait seulement 18 ans ! On avait battu les Anglais, ils étaient fous. On avait fini 6e. On nous donnait 500 dollars mais tous les frais étaient payés. On en faisait de beaux voyages.
À Washington, on a visité un petit peu, et on a été reçus à la Maison Blanche, j’ai la photo là, c’est Eisenhower qui nous serre la main ! C’était assez émouvant. »

Des souvenirs, il en a tant qu’il pourrait en écrire un livre, dit-il. Avec des pages sur les mœurs de certains joueurs étrangers. « Les Britanniques étaient formidables ! Ils buvaient comme des trous, même sur le parcours, et surtout le soir. Et le lendemain, ils tapaient des 68, des 69. Nous, on buvait de l’eau, on se couchait tôt, mais on ne trouvait pas le sommeil à les entendre déconner et gueuler dans les couloirs des hôtels ! »
Mais à part ça, combien de victoires François Saubaber compte-t-il à son palmarès ? « Je ne sais pas, je ne les compte plus ! » répond-il dans un grand éclat de rire, comme si la course aux succès était encore ouverte. « Mais je me souviens qu’on ne gagnait pas grand chose et qu’à Lille, pour mon troisième titre de champion de France, ça m’a même coûté assez cher : j’ai fait un trou en un et j’ai dû arroser tout le monde au champagne ! »
Garaïalde, c’était un crack !

Toujours est-il que Pancho avait une façon bien à lui de jouer : « J’avais un swing un peu spécial, un swing très vertical, j’ai sans doute été l’un des premiers à jouer comme ça.
J’étais raide comme un bâton, donc ça me convenait, c’était compact. A l’époque je tapais loin, à peu près à 240 mètres, j’étais plus long que Garaïalde. Mais lui était aussi précis avec son bois 3 que moi avec le wedge ! Maintenant, les joueurs sont très avantagés, ils ont les distances au mètre près. Nous on devait calculer, au pif. On ne savait pas où étaient les drapeaux et des fois le cadet courrait pour aller voir. Aujourd’hui, c’est mécanisé, c’est plus facile. »
Allez, François, encore un petit souvenir de Coupe du Monde ? « C’était à Wentworth. On arrive au 18, un par 5, et je pète un drive parfait, un peu en fade. Je demande à Roger Cotton qu’est-ce que je joue ? Un fer, il me dit. Je prends mon fer 3, je tape un coup tout droit et la balle arrive sur le green. Alors j’entends le public qui commence à gueuler, et à gueuler de plus en plus fort. Je voyais ma balle dans la ligne du trou et je pensais pourvu qu’elle ne soit pas trop près du trou ! Parce que si on rate un putt court, on a vraiment l’air d’un con. Finalement, elle était à ça du trou, j’ai failli faire 2 sur ce par 5 ! »
Alors, monsieur Saubaber, si vous aviez 25 ans aujourd’hui, vous les battriez tous ces jeunes de maintenant ? « Ah oui, bien sûr ! S’ils jouaient plus mal que moi, oui, pas de doute ! »
Des jeunes et des moins jeunes, François Saubaber en a vu passer entre ses mains et ses clubs. En tant qu’enseignant, à Luchon, au Golf Bordelais, puis à Ozoir-la-Ferrière et au Lys Chantilly. Et en tant qu’entraîneur de l’équipe de France amateurs également. Des Pascassio, des Larretche, des Telleria, des Godillot, des Ploujoux et bien d’autres. « J’ai formé pas mal de joueurs, surtout au Lys Chantilly. Comme les autres pros, je travaillais comme un dingue. A partir de 8 h30, c’était un cours toutes les demi-heures. »

Des cours très particuliers
Même sa belle épouse Pierrette a profité de sa pédagogie : « Elle a appris en me regardant, vous comprenez ? Elle voyait du beau jeu, alors c’était facile pour elle, plaisante-t-il encore. Elle a été 12 de handicap. Et elle puttait magnifiquement. » François Saubaber a aussi eu des élèves un peu particuliers.
« J’ai même donné des cours à Mitterrand, ici à Hossegor. On m’avait demandé si je voulais bien. Il arrive dans une vieille cacugne, avec son pantalon en velours, un chapeau de paysan et un garde du corps. Il puttait très mal, il ne pouvait pas rentrer un petit putt court comme ça ! Je lui ai dit que son problème ne tenait pas du pro de golf, et qu’il devait plutôt consulter un psychiatre. Mais il a été très gentil. Il l’a bien pris. »
On suppose que ces petites leçons ont dû être bien payées… « Ah oui ! Les leçons, il me les payait avec une poignée demain en partant. » Mais il y a mieux : « Une fois, à la fin, il me propose de prendre un verre au club house. D’accord. On boit un coup et puis on se lève, il me dit merci de vos conseils et on s’en va. Le lendemain, j’arrive au golf et le barman m’appelle : Monsieur Saubaber, il faudrait peut-être payer les consommations d’hier ! »
Cette petite histoire prouve sans doute que les cours de François Saubaber n’avaient pas de prix. L’histoire ne dit pas si le Président golfeur fit dès lors des progrès au putting . En revanche, elle enseigne que la famille Saubaber a été particulièrement féconde en enseignants de grande qualité. Il y avait donc le père, Jean, François, son fils aîné, Yves, le petit dernier, et surtout Monique, la grande prêtresse du Golf Bordelais. « Ma sœur, elle était vraiment costaud en golf, elle en a sorti des joueurs : le petit Bourdy entre autres. Elle était pas facile comme caractère, Monique, mais elle n’a vécu que pour le golf. »
De sa voix douce et amusée, François Saubaber commente encore quelques photos discrètement posées sur des étagères où elles voisinent avec quelques trophées dont il explique l’origine avec la nostalgie teintée d’humour qui est la sienne. « Le golf c’est un sport extraordinaire, mais c’est pas un sport de vieux. Dès que vous avez le moindre bobo, vous ne pouvez pas jouer. Pousser la balle, oui, mais pas plus. »

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