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Les coachs Basques : les trois lanciers du golf Basque

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23/10/2013

Tous trois entraîneurs de joueurs et joueuses du plus haut niveau, Olivier Léglise, Jean Lamaison et Jean-Bernard Lecuona sont basques. Héritiers de la culture d’une région qui a vu naître le golf français, principalement grâce à Arnaud Massy et Jean Garaïalde, ils ne pensent pas que l’on puisse toujours parler d’école golfique basque mais revendiquent une façon de voir les choses qui est loin d’être étrangère à leur région natale et à ses illustres pionniers.

Jean-Bernard Lecuona sur le practice du golf de La Nivelle

« Sacrés pistolets » que ces trois-là. Dotés d’une personnalité trempée à toutes les intempéries, caractère de fer, bien forgé et tendance lame, évidemment, ce n’est pas forcément à la diplomatie qu’ils recourent en première instance. Arrondir les angles ou évider les têtes n’est pas leur objectif premier. Cela ne les empêche pas d’être très clairvoyants sur leurs possibilités et leurs limites. Avec leur idées bien arrêtées sur le golf et son enseignement, ils forcent le respect. De là à les considérer comme des « tontons flingueurs », il y a un profond bunker que l’on n’hésite pas une seconde à traverser. Ils ne s’entendent pas sur absolument tout mais partagent la même vision de leur métier à 90 %.

C’est entre les mains d’Olivier Léglise que Grégory Bourdy, Gwladys Nocera et Romain Wattel ont placé leur carrière, à l’œil de Jean Lamaison que Michaël Lorenzo-Vera et Julie Maisongrosse ont confié la leur, alors que Anne-Lise Caudal travaille depuis toujours avec Jean-Bernard Lecuona. Si tous ces joueurs et joueuses se félicitent du choix qui les a porté vers leurs entraîneurs, ces derniers n’oublient pas d’où ils viennent et à qui ils doivent une bonne partie de leur savoir.

« On a eu la chance que les Anglais commencent à construire des golfs dans notre région, reconnaît Jean-Bernard Lecuona. Cela a sollicité beaucoup de gens d’ici qui sont devenus cadets et qui ont commencé à comprendre l’esprit du jeu. C’est ce qui a constitué notre patrimoine. Dès le départ, on avait de l’avance. Les grands pros, ceux qu’on appelait les sorciers, viennent de cette culture-là. On en a tous bénéficié, j’en ai bénéficié et j’espère en faire bénéficier d’autres. Mais le summum de cette culture basque du golf, c’est Jean Garaïalde. »

Pour le golf basque, au début était donc le verbe… anglais. « Tous ces cadets ont été élevés au grain écossais, précise Olivier Léglise. Il n’y avait pas de practice dans nos golfs, donc on apprenait à jouer au golf, pas à faire des swings. On ne cherchait pas à faire du beau mais du bon, on était pratique. Et ces anciens cadets ont transmis un savoir-faire lié au jeu de golf et à la compétition de golf. »

Parmi eux figurait un certain Pierre Hirigoyen, ancien cadet d’Arnaud Massy, devenu champion lui aussi, et ensuite professeur pendant de nombreuses années à Chantilly puis à Biarritz. C’est là qu’il formait notamment Marie-Laure de Lorenzi et Olivier Léglise. « La particularité de ces anciens cadets basques, poursuit ce dernier, est qu’ils ont joué et fait de la compétition et que, lorsqu’ils sont devenus professeur de golf, ce qui était la suite logique, ils n’ont pas appris ce métier de façon théorique. Ils enseignaient ce qu’ils savaient faire, c’est à dire jouer au golf. Sil y a une signature de l’enseignement basque, c’est bien ce lien entre l’apprentissage du swing et du jeu sur le parcours. Un swing n’est bon qu’à partir du moment où il répond à une situation de jeu. »

Cela suffit-il à expliquer l’éclosion de tant de champions basques ? Pour Jean-Bernard Lecuona, un autre facteur important a joué. « J’ai toujours pensé que les qualités intrinsèques des gamins qui jouent à la pelote basque pouvaient aider pour le golf, mais si un certain nombre de bons joueurs sont sortis d’ici c’est surtout parce que, dans les premières décennies, c’était un bon moyen d’évolution sociale qui a été très bien capté. Ou on devenait pêcheur ou professeur de golf », résume celui qui enseigne à La Nivelle, à Ciboure, juste en face du port de Saint-Jean-de-Luz.

Jean Lamaison reconnaît lui aussi l’influence de la pelote basque mais ne s’en réclame que du bout des doigts : « Avant, dans les écoles d’ici, on parlait beaucoup d’adresse et la pelote avait un incidence terrible parce que, par rapport au peu de connaissances techniques que l’on avait, cela permettait de compenser. Je peux en parler tranquillement parce qu’à mes débuts je ne jouais que sur les mains. On parlait de sens de la balle, de vitesse d’accélération, comme à la pala, et c’était alors un énorme avantage mais cette adresse n’est intéressante aujourd’hui que pour optimiser la technique. »

Fils et petit-fils de pros basques, Jean Lamaison ne renie pas ce mode de transmission, loin de là, mais constate une évolution fondamentale dans la façon d’enseigner et entraîner : « Depuis une vingtaine d’années, on travaille avec beaucoup plus de connaissances, de façon beaucoup plus cartésienne. C’est Olivier Léglise qui le premier d’entre nous s’est penché très sérieusement sur les questions techniques mais aussi sur les aspects pédagogiques et psychologiques. »

En plus de l’indispensable approche « théorique », nos trois compères restent profondément attachés au pragmatisme, au fait de baser en bonne partie leurs méthodes d’enseignement et d’entraînement sur leur expérience du terrain, en tant que joueurs professionnels familiers des circuits. Ce en quoi ils restent liés à la tradition basque de leurs illustres prédécesseurs. « On a été dans le mur, on a pleuré, on a tapé des balles et des balles, on sait ce que c’est que de faire du slice pendant quinze jours avant un tournoi, insiste Jean Lamaison. Cela nous permet de relier notre discours technique à une expérience de joueur, ce qui est fondamental. »

Un autre aspect important rassemble les trois entraîneurs : la passion que Jean-Bernard Lecuona et Jean Lamaison considèrent comme une caractéristique basque. Quoi qu’il en soit, ils font tous trois preuve d’un très profond investissement personnel dans leur métier. Leur façon de travailler, très exigeante, pour eux comme pour leurs joueurs, leur impose de les connaître le plus profondément possible.

« Si quelqu’un vient s’entraîner avec moi et ce qu’il veut est qu’on lui dise qu’il est le plus beau et le plus fort, qu’on lui passe de la pommade, ça n’ira pas très loin, ironise Jean Lamaison. Quand on veut faire son métier du golf, il faut s’attendre à en prendre plein la tête et aussi plein les mains parce qu’il faut taper beaucoup de balles. Nous avons une façon de travailler qui fait que nous pouvons souffler très fort le chaud et le froid, et cela fait que l’on arrive à des relations très fortes avec les joueurs. »

Jean-Bernard Lecuona souligne à peu près la même chose mais d’une autre façon : « Ce que l’on voit à la vidéo, ça ne nous intéresse pas beaucoup. Ce qui nous intéresse c’est la partie immergée de l’iceberg. Cela passe par beaucoup de dialogue, par la recherche de l’identité complexe de la personne qu’on a en face de soi, ce qui permettra de l’emmener à devenir le meilleur golfeur qu’il est capable d’être. »

Olivier Léglise et Edouard España dans l’atelier du golf d’Arcangues. Un entraîneur, c’est aussi un bricoleur de putter.

Pour Olivier Léglise, comme pour ses collègues, il ne peut être question d’entraîneur une joueuse ou un jouer qui ne soit extrêmement motivé. « En tant qu’entraîneur, je ne lâche rien. Je peux devenir un vrai chien, un sale cabot ! Je mords mon joueur et je ne desserre pas tant qu’il n’a pas reconnu lui-même ses erreurs, ses limites à tel ou tel moment d’une compétition, par exemple. Mais pour cela, il faut qu’il y ait une confiance totale entre nous, ce qui ne peut s’obtenir qu’en se connaissant très bien. Quand on a des joueurs qui ont beaucoup d’ambition, il faut vraiment se consacrer à eux, faire du sur-mesure. »

On l’aura compris, nos trois Basques aiment le contact humain, mais couplé à l’exigence, au sens de l’effort, héritage de leur maîtres golfiques, mais peut-être aussi de leurs maîtres d’école, ces anciens instituteurs de la République dont ils ont parfois l’allure, le côté très chaleureux en plus. Le jeune amateur Edouard España, l’un des poulains d’Olivier Léglise, résume parfaitement cet esprit : « Il nous soutient à fond mais il nous apprend surtout à être autonomes, à trouver nous-mêmes la solution à nos problèmes. »

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