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Donnery, des histoires rocambolesques

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09/12/2015

À peine passés les premiers chênes qui couvrent en voûte le passage du parking au club house, une colonie de fleurs bizarres saute aux yeux du visiteur ! Qu’il soit bien clair cependant que ce ne sont que les images roses et blanches de ces délicates fleurs qui parviennent jusqu’à la rétine du promeneur pour le moment solitaire. 

Encore estourbi par cette extraordinaire découverte, le visiteur aperçoit un gaillard qui avance bon train malgré le chariot qu’il tire à la force de son bras droit. Ce dernier, le gaillard, pas le chariot, encore moins le bras, daigne s’arrêter et répondre à la question : « Mais ce sont des cyclamens, bien sûr, mon cher ! »

Désormais rasséréné, le visiteur poursuit sa route en compagnie du botaniste lorsque, avant même d’arriver à l’accueil, c’est au tour du green du 9, baigné par la chaude lumière d’un soleil automnal, de lui sauter aux yeux ! Sans que le visiteur n’ai demandé quoi que ce soit, le botaniste répond : « C’est pas beau, ça ? »

Il n’en fallait pas plus pour que les deux compères fassent plus ample connaissance. D’où il ressortit que le botaniste n’est absolument pas botaniste mais tout simplement Hnry Boiret, golfeur à mi-temps. Henry est probablement la personne au monde qui connaît le mieux le golf de Donnery« Je suis l’un des plus vieux membres du club », avoue-t-il avec la pointe de coquetterie que lui autorisent ses quatre-vingts ans. Pour donner une idée de sa connaissance des lieux, sachons qu’il a connu l’époque où l’on pouvait acheter des cèpes sur le comptoir du club house. Mais comme il ne faut rien exagérer, il faut également préciser qu’il n’est membre du club que depuis 1987, année où il a entamé sa pratique du golf, ici même donc.

Donnery oiseaux

Au fil des années, il a pris quelques responsabilités dans ce golf et s’est fait quelques amis auquel il se réfère sous l’appellation de « club des poètes ». C’est l’un des membres « très artiste » de ce club dans le club qui est le créateur des oiseaux aux ailes de métal qui prennent leur envol au départ du 6 dont nous reparlerons. Henry, donc, nous servira gracieusement de guide mais les conclusions, interprétations et suppositions qui suivent ne sont cependant pas toutes à mettre à son crédit. D’autres connaisseurs traînaient par là au même moment, lesquels tiennent à garder l’anonymat et déclinent toute responsabilité.

Le golf de Donnery a été le premier parcours dessiné dans le Loiret. Cette intangible vérité ne vaut cependant que pour ses 9 premiers trous. Le premier 18 trous du Loiret est celui de Sully, ou celui de Sologne, mais allez savoir comme on le verra plus tard. Reprenons : les 9 premiers trous de Donnery ont vu le jour en 1958, grâce à des soldats américains qui campaient non loin de là où ils avaient établi leur base. Probablement lassés de la chasse au sanglier, au chevreuil et autres quadrupèdes sylvestres, ils décidèrent, puisque leur séjour sur ces terres devaient se prolonger, de faire comme chez eux et de construire un golf.

Encore fallait-il trouver le terrain qui s’y prêtât. Prêt à tout, le corps expéditionnaire américain n’hésita pas une seconde à solliciter la propriétaire du château de la Touche devant lequel s’étendait une magnifique forêt de chênes entre lesquels, grâce aux engins perfectionnés dont il disposait, il pourrait élaguer, découper, déraciner suffisamment de porteurs de glands pour dégager le terrain et le transformer en parcours de golf.

La châtelaine fut tellement séduite par le projet qu’elle prêta ses terres aux valeureux soldats parmi lesquels figurait, dit-on ici sans pouvoir en apporter la moindre preuve, un dénommé Arnold Palmer. En moins de temps qu’il n’en faut pour rater son putt sur le green du 4, les travaux commencèrent et rapidement les Américains purent se livrer à leur sport favori.

Malheureusement, à peine avaient-ils eu le temps de se remettre de leurs efforts et de penser à construire les 9 derniers trous qu’un général français décida sans autre forme de procès de les bouter hors de France. Funeste erreur ! Ce général-là n’était évidemment pas golfeur. S’il l’eût été, la face de la France moderne en aurait été changée.

Donnery chateau

Le château de la Touche

Le pire de cette histoire est que la même erreur historique fut commise quelque cinq cents ans plus tôt, dans les mêmes parages qui plus est, par une certaine madame D’Arc, Jeanne, à ne pas confondre avec Mireille. Elle aussi se mit en tête de bouter les Anglais, cette fois, hors de France ! Et elle y parvint alors que le golf était à cette époque en pleine bourre chez nos chers voisins ! Et qui sait ? Ces Anglais, qui avaient prévu de rester ici quelque temps comme en atteste la durée de la guerre (100 ans) qui les opposait à nos ancêtres, avaient peut-être déjà commencé à construire des parcours autour d’Orléans où, allez comprendre quelque chose, cette fameuse Jeanne est célébrée comme ne le sera jamais une multiple vainqueure de tournois majeurs.

Mais revenons à nos fairways. Fidèles à leurs habitudes, les Américains virent grand. Le premier trou du parcours, un par 5 qui n’était pas le premier à l’origine, ressemble à s’y méprendre à un aérodrome. Et pour cause ! Il aurait été conçu pour servir de piste d’atterrissage de secours. Ce n’est pas tout. Le 6 actuel, qui aux origines était le 1, fut pendant quelque années le plus long par 5 d’Europe ! Et pour cause ! Lui aussi aurait pu servir de piste de secours.

Près de 600 mètres ! « Je pourrais vous dire 593 mètres ou 595 mètres, mais cela n’aurait aucun sens », s’excuse Henry Boiret. Un joueur moderniste muni d’une de ces longue-vues très en vogue actuellement sur les parcours de golf n’aura aucun mal à faire le calcul de lui-même. Il lui suffira de viser le bout de la clairière par dessus les quelques élégants oiseaux métalliques hissés derrière les actuels départs blanc, à 509 mètres du milieu du green, et de faire l’addition. En attendant, près de 600 mètres en 1958, il n’est même pas sûr qu’il y ait eu à l’époque des par 5 aussi longs même aux Etats-Unis !

Donnery Diane

Les Américains savent non seulement voir grand, ils savent voir délicat, c’est d’ailleurs souvent à ça qu’on les reconnaît. Preuve en est cette magnifique statue qui pose élégamment à l’entrée du 6 qui, rappelons-le, était le 1 à l’époque. « Diane chasseresse », annonce, perspicace, le visiteur. « Je pencherais plutôt pour une Diane poissonnière, rectifie Henry, ne voyez-vous ce Neptune, à ses pieds ? »

Entre temps les deux joueurs ont pris le temps de disputer un match play tout ce qu’il y a de plus fair play ; d’admirer le château de la Touche, bien visible depuis le 4 où tient encore sur pied ce qui fut un magnifique cèdre victime il y a quelque temps d’une maladie qui devait le foudroyer en 3 semaines ; d’évoquer le temps où l’orangerie tenait lieu de club house et la petitesse de ces greens à l’ancienne ; de s’escrimer devant et sur le green surélevé et très bien protégé du 7 ; et d’arriver au 9, le trou favori d’Henry.

Donnery le 7

Le trou 7.

« Il est beau et difficile, avec l’eau à passer. A propos, une fois on a vidé l’étang et on a trouvé des centaines de balles américaines. Si on le réussit, ce sacré 9, le club house vous tend généreusement les bras ! » Ce sera pour une autre fois car les autres 9 trous attendent et qu’on ne saurait interrompre un match play après 9 trous, même si Henry n’a annoncé son handicap de 16,7 qu’une fois la partie bien entamée...

Les 9 derniers trous, qui datent de la fin des années 1980, sont loin d’avoir le charme des 9 premiers mais ils se laissent jouer. On peut toutefois regretter que l’ensemble du parcours ne bénéficie pas de la même qualité d’entretien que celui de Limère, géré par la même société. Ce dont Henry convient avec grande élégance et profonde affection : « C’est un parcours plus fait pour les amoureux du golf que pour les amoureux de l’index… »

Quoi qu’il en soit, le temps est venu de boire le verre de l’amitié et de la victoire (d’Henry, sacrebleu !) au club house qui, soit dit en s’asseyant, « servait occasionnellement de boîte de nuit et tient encore fièrement le coup alors qu’il ne devait être que provisoire ». Comme quoi les Américains savent aussi voir costaud. Dans la journée déclinante, Henry, vainqueur modeste mais inspiré, rejoint son « club des poètes » : « La terrasse de notre club house est la plus belle à des kilomètres à la ronde. Regardez ce saule là, mais regardez donc, avec le soleil couchant il ressemble à un lustre vénitien ! »

 

Site internet du golf : www.golf-orleans-donnery.fr

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