Sur les dix dernières éditions de l’Open de France, les Anglais ont triomphé quatre fois contre trois victoires pour les Français. Le camp bleu a donc l’occasion d’égaliser cette année. Mais y a t-il vraiment match entre les deux nations? Et quel est l’état des amitiés franco-britanniques? Enquête.
On ne va pas se mentir : avec 276 victoires pour l’Angleterre contre 26 pour la France depuis la création du circuit européen masculin en 1972, il faudrait avoir une certaine «french arrogance» pour parler de match entre les deux pays en matière de domination golfique. Rappelons aussi en passant que Sir Nick Faldo, le recordmen de victoires de l’autre côté du Channel, carrément anobli par la reine pour l’ensemble de ses «méfaits», compte 30 succès à lui tout seul. Contre 6 victoires au leader français en la matière qui est Thomas Levet. Pour la seconde place de ce classement de part et d’autre, on a Lee Westwood, 22 victoires (et actuel n°3 mondial) face à notre quatuor à 3 victoires européennes. Soit Grégory Bourdy, Grégory Havret, Raphaël Jacquelin et Jean-François Remésy (tous au-delà de la 130e place mondiale aujourd’hui). Ne faisons donc pas les malins. Mais ne nous cachons pas non plus de honte derrière les genêts épineux éclatants de jaune du Golf National. Car sur les dix dernières éditions de l’Open de France, nous ne sommes pas largués du tout: quatre victoires pour les Anglais, trois pour les Français (voir dix dernières éditions ci-dessous). Avec, en passant, deux succès espagnols et un allemand avec Martin Kaymer en 2009.
Lee Westwood : «Mon Français préféré? Michel Besanceney !»
Forts de cette petite «stat» décennale sur le parcours de l’Albatros, posons allègrement la question de la compétition entre nos deux pays à Monsieur Lee Westwood: «Une compétition entre Français et Britanniques pour les choses du sport? Ah bon, vous croyez?» Et d’enfoncer le clou une bonne fois pour toutes: «Je ne vois pas les choses ainsi. Ce serait spécial pour nous Anglais de jouer en France s’il s’agissait de football ou de rugby mais le golf, c’est différent. Notre sport est quasi individuel toute l’année.» C’est ce qui s’appelle botter en touche pour avoir la paix! Rusons et posons différemment la question à Westie: «Mais sans parler de bataille franco-anglaise, vous auriez bien un joueur français préféré, non?» Deux dixièmes de réflexion, un petit sourire en coin et Lee lâche avec un irrésistible accent british: «Michel Besanceney!» Et de filer avec un petit coucou d’adieu pas mécontent de lui et sans la moindre explication sur ce choix déconcertant ou désopilant. Tout le milieu du golf français connaît bien sûr Michel Besanceney, qui figure au grand livre des records es fairways pour avoir réalisé trois eagles de suite au Masters de Nouvelle-Calédonie en 1997. Et on peut supposer que Westwood a croisé souvent Michel depuis. Par exemple à l’époque du Trophée Lancôme dont l’ex-joueur français était le très entraînant speaker... Mais on en reste coi quand même. Trop fûté, le Lee !
L’avis de Jean Van de Velde et de Thomas Levet
Voyons du côté des deux joueurs français les plus célèbres Outre-Manche, c’est à dire Jean van de Velde et Thomas Levet. Célèbres parce qu’ils furent tous les deux «podium» à l’Open britannique avec leurs places de 2e, le premier en 1999 à Carnoustie, le deuxième en 2002 à Muirfield. Reconnus aussi par le monde anglo-saxon parce qu’il furent les deux seuls à se qualifier dans l’équipe européenne de Ryder Cup, en 1999 et 2004. Justement, mercredi, à la veille du tournoi, Thomas et Jean, respectivement tenant du titre et nouveau directeur du tournoi, donnent une conférence de presse. Profitons-en pour les embêter avec la question de la «francitude» face à l’»anglitude»! Nos relations avec les Anglais? Les deux larrons se regardent, partagés entre le rire et la complexité diplomatique de la question. Jean a tout de suite l’oeil un peu batailleur, lui qui a tant défriché le terrain pour les joueurs français dans le monde très anglo-saxon du golf. On sent qu’il a dû avaler quelques couleuvres au couleur de l’Union Jack! Mais chut, un directeur de tournoi n’a plus de nationalité. Quant à Thomas, qui navigue allègrement depuis près de dix ans entre l’Angleterre, où il a vécu, et les Etats-Unis, où il vit, il trouve les mots qui allient à la fois vérité vraie et minimum élémentaire de courtoisie envers l’opposant.
Les Anglais «hyper directs», les Français trop réfléchis ?
Que dit Thomas Levet? «Avec les Anglais, on va être dans ce que j’appellerai l’English fair-play... L’Anglais peut devenir ton meilleur partenaire, ton plus bel ennemi et celui qui va te poser quelques problèmes en dehors du parcours... Nous avons des relations tout à fait différentes avec eux que celles entretenues avec les Espagnols, les Italiens ou d’autres nations...» Jean van de Velde ne peut s’empêcher de résumer avec humour et rapidité: «Ils ne pensent pas comme nous, c’est sûr!» Thomas renchérit: «Oui, oui, leur façon de penser est étonnante... Mais il y a plein de fois où ils ont raison!» Et le vainqueur de l’Open de France de conclure fifty-fifty: «Nous les Français, nous réfléchissons beaucoup, nos avons parfois du mal à prendre des décisions nettes. Les Anglais, eux, sont hyper directs. Mais cela dit, j’ai de super copains parmi les joueurs anglais... Et d’autres que je ne peux pas voir du tout!»
Justin Rose : «Jean est vraiment un great guy»
Et que pense de tout cela un autre Anglais, au nom so british, so symbolic: Justin Rose? «Mon joueur français préféré?» Le visage du numéro 1 européen actuel, leader de la Race To Dubaï (et accessoirement numéro 9 mondial) s’éclaire: «Je dirais Jean van de Velde. Jean a été un tel great guy ( quelqu’un de vraiment super) pendant toutes ces années. Quand je suis arrivé sur le circuit, j’étais très jeune, et il m’a toujours beaucoup encouragé. Vous savez, j’ai joué l’Open britannique à Carnoustie l’année où il a été 2e! Je n’avais que 19 ans en 1999. Et dès cette époque, il a été très chaleureux à mon égard. C’est une belle personne. Toujours accueillant, même avec les gamins qui arrivent sur le Tour» Et Thomas Levet? «Ah, Thomas... Il a cette personnalité un peu «crazy» et excentrique! Il va toujours faire un truc marrant ou complètement fou. Comme l’année dernière après sa victoire à l’Open de France quand il se casse la jambe en sautant dans le lac du n°18! Quand j’ai su que je jouais mon premier tour avec lui ce jeudi à 13h30 (et avec un autre Anglais, Ian Poulter), je me suis dit que cela allait être fun !»
Grégory Bourd y: «Mon Anglais préféré? Lee Westwood»
Comme Justin Rose, qui se réfère aux joueurs français à la carrière la plus connue, Grégory Bourdy n’hésite pas pour le choix de son joueur anglais préféré: «Lee Westwood». Et le Bordelais de justifier son choix avant tout par le palmarès de Westwood. Tant qu’à avoir un repère, autant prendre le meilleur! Assez classique chez les sportifs qui ont eux-mêmes un fort potentiel, un potentiel pour se rapprocher à leur tour du top un jour. Ce qui est sans aucun doute le cas de Grégory. «Mais je le choisis aussi parce que c’est l’un des plus sympas des Anglais», ajoute le Français. Appartenant à une autre génération de joueurs français puisqu’il a évolué sur le tour entre 1972 et 1984, Bernard Pascassio a un choix dicté par la même double considération: d’abord le rayonnement sportif, puis la personnalité. «Mon Anglais de référence, c’est Tony Jacklin. Après sa victoire à l’Open britannique en 1969, il fut le premier Européen «moderne» à remporter l’US Open (le premier depuis 1920). C’était la superstar à l’époque. Mais il restait très accessible avec nous. Un type normal. Jamais excessif. Il était au juste milieu entre un Nick Faldo et un Seve Ballesteros. Ou à mi-chemin aussi entre un Bernhard Langer et un John Daly. Nous sommes restés en contact. Il était de ce voyage golfique que j’avais organisé à Acapulco avec ma société, Kalika, quand nous avions affrété deux Concorde pour le Mexique et réuni avec lui José Maria Olazabal et Johnny Miller. Cela dit, quand il fallait faire la fête, nous, Français, nous entendions toujours mieux avec les Irlandais ou les Ecossais, beaucoup plus fêtards que les Anglais et que Tony en particulier!»
Patrice Barquez : «Tout est anglais dans le golf»
Avec les hommes de la Rose, le golf est donc avant tout une affaire sérieuse, une affaire de business national jalousement défendue depuis des générations. Si quelqu’un est bien placé pour en parler, c’est Patrick Barquez. Ancien joueur, depuis douze ans directeur de IMG France (groupe Mc Cormack), consultant golf pour Canal + et agent de Thomas Levet, Patrice a dû apprivoiser le «territoire britannique»: «Pas si simple à mes débuts, avec mon accent un peu rocailleux du Sud-Ouest et un anglais qui était encore hésitant!» Mais le Basque s’est fait un nom et une légitimité depuis. Et son bilan est clair: «Travailler dans le golf avec les Anglais est à la fois enrichissant et particulier. Ce sont eux qui mènent les affaires. Tout est anglais dans le golf: grands joueurs, instances dirigeantes, caddies, agents... Il faut s’adapter à cela quand on vient de la France qui est un pays mineur du golf. Accepter l’idée que les Anglais ont raison. Enfin... Pas toujours, mais souvent! Selon eux, ils sont les plus forts. Les chiffres l’attestent de toute façon. Donc, ils font leur job et se préoccupent peu du reste. Il faut leur prouver qu’on sait faire des choses, qu’on tient la route de notre côté. C’est un beau challenge.» Challenge que Barquez a réussi au moment de convaincre le staff directeur d’IMG Europe, «mes Anglais à moi» de soutenir la candidature de la France à l’organisation de la Ryder Cup 2018. Face à quarante personnes, qui ne parlent pas la même langue que nous et qui ont cette culture si forte du golf, il fallait une vraie opération de séduction. Ce n’était pas gagné... « Et si! Ce fut gagné! Avec, à la clé, un Open de France 2012 placé sous le signe cette Ryder Cup 2018, avec toutes les stars anglaises présentes à l’exception de Luke Donald, le n°1 mondial. Et avec 25 Français face à 33 Anglais pour tenter d’égaliser le score sur les dix dernières années. En cas de victoire d’un des Bleus, ce serait donc quatre victoires à quatre lors des onze dernières éditions. De quoi faire rougir les Roses (de léger agacement) tout comme les Bleus (de légère fierté) !
Nathalie Vion pour la ffgolf
LES 10 DERNIERS VAINQUEURS
(4 pour l’Angleterre, 3 pour la France!)
2011 : Thomas Levet (FRA)
2010 : Miguel Angel Jimenez (ESP)
2009 : Martin Kaymer (ALL)
2008 : Pablo Larrazabal (ESP)
2007 : Graeme Storm (ANG)
2006 : John Bickerton (ANG)
2005 : Jean-François Remésy (FRA)
2004 : Jean-François Remésy (FRA)
2003 : Philip Golding (ANG)
2002 : Malcom Mackenzie (ANG)