06/11/2009
Dubuisson numero un mondial amateur
Une première pour un Français. Victor Dubuisson nous parle ici de son exploit, de son cheminement jusque là et de son avenir...
Victor, que représente pour vous cette place de numéro un mondial ?
C’est l’aboutissement de ma carrière chez les amateurs. Je m’étais fixé cet objectif voilà six mois. Ce n’était pas évident d’y arriver parce que le calendrier amateur est très différent selon les pays, et les Européens, à part peut-être les Anglo-Saxons, sont plutôt désavantagés par rapport aux Etats-Unis. A l’arrivée, ça s’est plutôt bien goupillé.
Vous succédez à une belle brochette de joueurs : Rory McIlroy, Danny Willett, Danny Lee, Richie Ramsay…
Oui, ils sont pratiquement tous sur le Tour aujourd’hui, donc c’est un classement qui veut dire quelque chose. Et cette place de numéro un mondial sera quelque chose d’important pour obtenir des invitations les mois qui viennent. Ça facilitera mon passage chez les professionnels et ma quête de sponsors. Le classement mondial est quelque chose de très regardé chez les amateurs.
« Grâce au programme Elite »
Un mot sur les programmes mis en place par la Fédération, et dont vous avez pu bénéficier.
Le programme élite, c’est vraiment ce qui m’a le plus aidé. Grâce à ça, j’ai pu jouer beaucoup de tournois à l’étranger depuis que j’ai quinze ans, et c’est donc grâce au programme élite que j’ai pu engranger autant de points pour le ranking. Je n’aurais jamais pu y arriver seul. On va dire que ce programme est pour 80% dans ma quête de la place de numéro un, au niveau moyens s’entend.
Comment jugez-vous la politique fédérale dans son ensemble ?
En toute franchise, ce que la fédé fait depuis 2005 est parfait, et je ne pense pas qu’elle puisse faire davantage. La seule chose qu’il faut améliorer en France, c’est avoir de meilleurs managers et de meilleurs agents pour obtenir davantage d’invitations dans les tournois. Prenez un gars comme Sam Hutsby. C’est un super joueur anglais, mais il n’est pas meilleur que les dix premiers amateurs. Il a pourtant suffi qu’il décide de passer professionnel à la fin de l’été pour obtenir cinq invitations. A sa place, je n’e aurai obtenu qu’une seule, je pense…
Rory McIlroy expliquait voilà deux ans que son passage amateur-professionnel s’était fait naturellement, puisqu’il était déjà habitué à cette vie-là.
Au niveau des voyages et de la connaissance des aéroports, c’est sûr qu’il a raison. Après, son cas est quand même différent du mien. On a eu à peu près le même parcours chez les amateurs, mais lui a eu la chance de jouer en même temps une quinzaine de tournois du Tour européen, grâce aux invitations. Moi, je n’en ai disputé qu’un seul jusque là, et encore, parce que je me suis qualifié (open de France 2005, ndlr)… Mais il est Irlandais et je suis Français… C’est mon gros regret pour l’instant : je n’ai joué que trois tournois du Challenge Tour. Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend chez les professionnels.
Pouvez-vous nous décrire votre jeu en quelques mots ?
Mes deux points forts, ce sont le driving et le wedging. Après, j’ai des soucis au putting depuis plus d’un an, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs. Je suis allé au centre Scotty Cameron à San Diego voilà deux semaines, où on m’a confirmé que ma technique était bonne. C’est plus un problème de confiance.
LA question récurrente maintenant : qu’en est-il de votre passage chez les professionnels ?
C’est très simple : je dois jouer les PQ2 du 20 au 23 novembre. Si j’en sors et qu’ensuite je finis dans les quinze premiers des PQ3, je passe professionnel parce que ça me donnera une catégorie pleine sur le Tour européen. Si ce n’est pas le cas, je reste amateur jusqu’en juillet prochain, ce qui me permettra de jouer le British Open à Saint Andrews (il est qualifié grâce à son titre de champion d’Europe, ndlr). Je passerai pro derrière.
« Je reviens à Saint-Nom ! »
Ça vous angoisse un peu, les attentes autour de vous ?
Non, je ne me prends pas la tête avec ça. Il n’y a pas de grosse pression sur les golfeurs en France, où les gens sont focalisés sur le foot de toute façon. Même si un gars arrive et remporte les quatre Grand Chelem dans la même année, je ne suis pas sûr que ça change grand chose. Donc je ne me dis pas que les gens attendent des miracles du meilleur joueur amateur. Je joue au golf et je ne fais pas attention aux attentes. Ça ne craint pas de me monter à la tête de toute façon, puisque je ne suis pas encore sur le Tour européen. Peut-être que si un jour je gagne dix tournois, ma réflexion évoluera….
Du changement dans votre organisation sinon ?
Oui, je viens de changer d’entraîneur voilà un mois. J’ai arrêté avec Roger Damiano pour rejoindre Dominique Larretche. Je quitte d’ailleurs Cannes-Mougins pour revenir à Saint-Nom La Bretêche, où je trouverai plus d’émulation. J’avais besoin d’aller vers quelque chose de nouveau, il n’y avait pas énormément d’esprit sportif à Cannes et Saint-Nom me manquait beaucoup. Je continue d’habiter à Cannes, et j’aurai un petit studio sur le golf quand je serai à Paris.
Propos recueillis par Philippe Chassepot pour la FFGolf