
Voilà sans doute ce que l’on appelle une liesse collective..
Quoi qu’il puisse arriver, Julien Quesne était déjà aux anges, comblé, une fois son dernier tour terminé avec un score de 8 coups sous le par, record du parcours égalé. Restaient encore quatre parties sur le golf d’Aloha, sous le chaud soleil de Marbella, mais seulement deux joueurs en mesure d’atténuer son exploit : le très redoutable Italien Matteo Manassero et l’inattendu Espagnol Eduardo De La Riva.
Réfugié sous la tente de recording en compagnie de Yann Vandaele, son caddy, les yeux rivés sur un écran de télévision, Julien se détendait peu à peu à mesure que ses adversaires progressaient sur le parcours. Lorsqu’il fallut se rendre à l’évidence que l’Italien et l’Espagnol devaient faire un eagle sur le 18 pour forcer le barrage, un grand soulagement se faisait sentir. Prudent jusqu’au bout, Julien attendait l’évidence absolue pour passer une tête très réjouie entre les pans de la tente.
Là l’attendait la colonie des Français, joueurs et caddys, qui trépignaient d’impatience depuis une bonne demi-heure, bouteilles de champagne à la main, pour célébrer enfin le héros du jour et le soumettre à la traditionnelle douche nationale et pétillante. La joie du clan tricolore, manifestée sans retenue, se communiquait à l’ensemble de l’assistance. Un bonheur intense pouvait alors enfin se lire à livre ouvert sur le visage de Julien Quesne.
On n’ose imaginer le degré de félicité atteint par le Tourangeau quand on sait que le bonheur en question était déjà bien installé en lui avant qu’il ne débute son quatrième tour. « Je me régale, je prends énormément de plaisir à jouer et je joue de mieux en mieux depuis trois ou quatre mois, c’est que du bonheur », confiait-il dimanche matin sur un coin du putting green où il devait quelques heures plus tard prendre sa douche forcée au champagne.
« J’ai passé le cut des quatre tournois que j’ai joué depuis le début de cette saison et avec des places qui évoluent vers le haut, poursuivait-il. J’ai à cœur cette année de faire une très belle saison sur le Tour européen. Et cette semaine, j’espère faire mieux qu’en Inde, où j’avais fait 17e. Là, je suis à 3 points du leader et si je joue comme les trois premiers tours, ça devrait bien se passer. Je sais très bien que si je donne le meilleur de moi-même je vais bien figurer ce soir. » Oui, mais encore ! Avait-il quelque chose de précis en tête ? Certes oui ! « J’ai envie de gagner , clairement ! Je joue bien et je ne vais pas m’en priver si je peux. Il faut un peu de réussite aussi, mais je ferai de mon mieux. »
Réussite ou pas, c’est effectivement ce qu’il fit. Et de quelle façon ! Il fallait le voir pour le croire : tout au long de son parcours, Julien Quesne a enchaîné les attitudes positives, concentration extrême, détente absolue, décisions claires et fermes. A ses côtés, l’Allemand Marcel Siem, dans le coup jusqu’à mi-parcours, avait l’air d’un débutant, brinqueballé entre les prises de risques inconsidérées et les moments de désespoir.
Le plus incroyable est que plus le dénouement approchait, plus Julien semblait radieux, plongé dans une sorte de béatitude, notamment lorsqu’il longeait le chemin conduisant du green du 15, où il venait de faire birdie, au tee du 16 où il allait en réussir un autre (voir photo). Incroyable encore, cette paix intérieure se communiquait à l’ensemble des suiveurs de cette partie, strictement allemands, devenus insensibles et indifférents aux énervements de leur joueur favori.
Ce n’était qu’à partir du 17e trou que le public se diversifiait un peu et que les équipes de télévision accourraient pour voir à quoi donc pouvait ressembler l’incongru et insolent inconnu qui se permettait de marcher sur les plates-bandes normalement réservées aux Jiménez, Simon Khan, Manassero, Hennie Otto, Phillip Price ou Raphaël Jacquelin, peloton des favoris à l’issue du troisième tour.
Personne n’a été déçu du voyage : pas rancunier, Julien Quesne gratifiait le public d’un extraordinaire coup de fer 4 de plus de 200 mètres qui laissait sa balle à moins de deux mètres du trou du 18. Pas bégueule, le public honorait le futur vainqueur d’une belle salve d’applaudissements.
Quelques interviews et une fameuse douche plus tard, c’était l’heure de la cérémonie officielle, menée de main de maître par Miguel Angel Jiménez, local de l’étape, favori incontesté du public et promoteur du tournoi. Entre ses responsabilités d’organisateur et ses devoirs de joueur, l’ancien vainqueur de l’Open de France n’avait pas vraiment eu le temps de s’affranchir sur l’identité du vainqueur : il devait s’y prendre à plusieurs reprises pour prononcer le nom de Julien, commençant par un « Queen » (comme Steve Mc), poursuivant par un « Kin » jusqu’à ce que le Français ne joue le rôle de souffleur, avec un grand sourire, pour rectifier le tir.
Toujours pas rancunier, Julien Quesne (à propos, prononcer quène) avouait lors de son petit discours toute l’admiration qu’il porte à Miguel Angel, son joueur favori, lequel acceptait même de poser entouré de Julien et de son heureux de père, présent toute la semaine à Marbella. S’ensuivait une savoureuse discussion entre papa Quesne et Jiménez ; le premier expliquant, dans un mélange d’anglais, français et espagnol, qu’il avait mis un club de golf entre les mains de son fils et que depuis sa passion pour ce jeu n’avait fait que s’amplifier ; le second, fort poli, opinant de la queue de cheval sans rien comprendre à l’avalanche d’informations qui lui tombaient dessus.
Tout n’a cependant pas été complètement positif pour Julien Quesne, victime d’une double malchance : la première est que le hasard a voulu qu’il s’octroie l’un des tournois les moins bien dotés de la saison, bien que très relevé. Crise oblige, Jiménez a même dû recourir à ses fonds propres pour boucler le budget du tournoi. Laissons le soin à Julien de révéler la deuxième : « Quand Miguel Angel a su que je vivais à Bordeaux, il m’a fait promettre de lui faire cadeau d’une bonne bouteille de vin ! » Sacré Jiménez ! Bienheureux Julien !