22/06/2012 - En direct du British Amateur, 18 23 juin

Le seul français avec Philippe Ploujoux à avoir remporté le British Amateur, en 2006, revient sur les circonstances de sa victoire et les difficultés de ce type de tournoi qui n’a pas réussi cette année à ses compatriotes.

Qu’est-ce qui caractérise pour vous le British Amateur ?
C’est tout simplement le plus gros tournoi du monde pour les amateurs, avec l’Us amateur. Il n’y a pas un seul joueur qui ne rêve d’y participer, de bien y figurer et de le gagner.
 
C’est une épreuve particulièrement éprouvante…
Quand on m’interrogeait, l’année où j’ai gagné, je pense que j’étais le seul à dire que ça me paraissait long et fatigant alors que j’entendais les autres joueurs déclarer qu’ils étaient en forme, qu’ils tapaient bien. Eux aussi étaient fatigués, même s’ils ne se l’avouaient pas. En même temps ça se comprend parce qu’on est concentré sur le tournoi, on sait qu’on aura d’autres matchs à jouer et, comme c’est du match play, on joue coup par coup.
 
Combien de fois avez-vous joué le parcours lorsque vous avez gagné ?
En tout, j’ai joué onze parcours en huit jours, neuf fois celui du Royal St George’s et deux fois l’autre parcours sur lequel avait lieu les qualifications. En détail ça fait deux parcours de reconnaissance, les deux tours de qualification, puis les 32e, les 16e et 8e le même jour, les quarts et la demi-finale en une journée et la finale sur 36 trous.
 
Les qualités physiques sont-elles les principales pour réussir cette épreuve ?
Il faut bien sûr tenir le coup physiquement. Depuis la génération de Tiger Woods, la condition physique est devenu primordiale même s’il reste encore quelques golfeurs "bedonnants". Comme maintenant la plupart des golfeurs sont très bien préparés sur le plan physique, ce qui fait la différence le plus souvent, et surtout dans une épreuve comme le British Amateur est l’endurance mentale.
 
Le groupe France était encadré cette année par Renaud Gris, son entraineur, et par un kiné. Etait-ce le cas lorsque vous avez joué le British amateur ?
Ça n’a pas été toujours comme ça. La première fois que j’ai joué le British Amateur, en 2005 à Birkdale, j’avais fini 3e des qualifs puis j’avais perdu en quart de finale mais je m’étais retrouvé tout seul. Ce sont les Espagnols qui m’avaient récupéré. Rien n’avait été prévu pour accompagner les joueurs sur la durée de l’épreuve. J’en avais parlé à la Fédération et demandé qu’il y ait pour les fois suivantes quelqu’un du staff tant que des joueurs restent qualifiés. Ça n’avait pas été complètement entendu. Mais je n’ai rien à dire contre la Fédé parce qu’elle fait un super boulot depuis quelques années. Je me réjouis en tout cas que les jeunes amateurs de ces dernières années soient si bien entourés.
 
Vous souvenez-vous du moment précis de votre victoire ?
Oui, parfaitement. J’étais 3 up au départ du 15, un des trous les plus compliqués du parcours, surtout avec du vent. Il fallait mettre le drive pile poil au milieu, sinon ça devenait encore plus compliqué. J’ai tapé mon drive, j’étais sur la piste mais mon adversaire s’est mis dans un bunker de fairway avec une grosse lèvre de 2 mètres de haut. Il ne pouvait faire qu’une toute petite sortie. Moi j’étais 30 mètres au-delà de ce bunker, donc c’était encore à lui de jouer. Il est resté court du green et moi j’ai tapé un magnifique coup de fer 4, plein green. C’était un green aussi grand qu’un timbre-poste. Mon adversaire n’a pas rentré son approche et moi j’ai fait deux putts pour gagner.  
 
Y avait-il beaucoup de spectateurs ?
Il devait y avoir entre 50 et 100 personnes, mais je ne me souviens pas très bien de ça. Il y a en tout cas pas mal de monde chez les Britanniques qui s’intéresse au monde amateur. Par exemple, quand j’ai gagné, j’avais comme caddy un monsieur qui m’avait déjà caddayé l’année précédente et qui me disait qu’il préférait venir au British amateur plutôt qu’à l’Open britannique où on ne voit rien parce qu’il y a trop de monde, on ne peut pas approcher les joueurs, alors que chez les amateurs, c’est tout le contraire.
 
Quelles sensations gardez-vous en mémoire de ces instants de triomphe ?
On surfe sur la vague, on croit qu’on domine tout mais en fait on ne gère rien du tout. Je vois ça avec le recul maintenant. Ça donne un gros coup de boost médiatique, du coup on apprend le métier, on vit un peu ce que les stars professionnelles doivent vivre tout le temps.
 
Est-ce une victoire dure à digérer, notamment avec les invitations à jouer l’Open britannique et le Masters d’Augusta ?
Non, j’espère pouvoir digérer plein de victoires comme celle-là. Ça donne une grande confiance. J’accorde beaucoup d’importance à la modestie, donc je me disais qu’il fallait que je reste le plus humble possible. Je me disais que je devais penser, « Oui, tu as gagné le British, c’est bien, mais… » alors que j’avais envie de dire « Gagner le British, c’est fantastique » sans rajouter de "mais" derrière. Il aurait fallu que je me débarrasse de ma fausse modestie. Et, quelque part, comme tout s’enchaînait, j’essayais de me persuader que la page était tournée. Mais elle ne se tourne pas comme ça.
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