27/06/2012 - Alstom Open de France - interview

Première partie d’un entretien avec le tenant du titre de l’Alstom Open de France qui vit une mauvaise passe depuis le début de cette saison. Il n’a pas passé un seul cut en sept tournois. Mais ce n’est qu’une question de patience.

Vous évoquez un manque de réussite pour expliquer votre manque de résultats…
Depuis le début de l’année, il n’y a pas un coup où je puisse dire que j’ai eu de la chance. Des huit ou dix derniers parcours, je ne me rappelle pas un seul coup où j’ai bénéficié d’un bon rebond. Il faut que ça s’arrête. Ça fait deux mois que je rame comme un taré pour passer le cut, ce n’est pas intéressant. Je ne suis pas là pour ça, mais pour être dans le haut du tableau et être là de temps en temps pour la gagne. Là, je m’embête carrément. Il n’y a rien qui se passe, je ne peux pas scorer. Je suis tout le temps dos au mur, je ne vois pas le bout du tunnel.
 
Vous ennuyez-vous ?
Faire aucun résultat, ce n’est vraiment pas intéressant, terminer au-delà de la 60e place ça n’a aucun intérêt, pour personne.
 
Etes-vous vraiment découragé ?
Au bout d’un moment, tu commences à t ‘exciter, tu te dis que ce n’est pas possible de manquer les cuts comme ça. Au practice, je tape bien la balle, il y a de bons trucs. Mais sur le parcours, j’en ai marre que les copains me disent « pas de chance », « pas de chance ». Ça suffit ! Dans les tirages des parties aussi je manque de chance, je tombe souvent dans de très mauvaises conditions. En ce moment c’est la mauvaise main. En probabilité, ce qui m’arrive n’est pas possible. Mon cadet n’en peut plus lui non plus. Il faut attendre.
 
Vous, les joueurs, dites souvent que la réussite se provoque...  
Oui, je ne joue pas assez bien. Si tu joues un tout petit peu mieux, tu n’as pas besoin d’y penser. Ça dépend de moi, bien sûr, sinon je ne ferais pas un 70 à Wentworth par exemple. Si je savais comment sortir de ça, je n’en serais pas là. Personne ne sait. Je joue comme depuis 20 ans mais il n’y a rien qui sort. Mais on a tous des passages comme ça. Il suffit d’un tout petit peu de réussite pour que ça passe.
 
Cette situation doit être épuisante mentalement…
Oui, c’est épuisant, puisque tous les week-ends je m’entraîne au lieu d’être sur le parcours. J’essaie de trouver une solution, mais il n’y en a pas vraiment, il faut juste que la chance tourne. Je ne demande par l’impossible, juste de ne pas me retrouver aussi souvent dans des situations injouables.
 
Votre confiance semble un peu émoussée alors que c’est l’un de vos points forts…
Tu regardes les résultats et tu vois que tu n’es pas dans le coup. Comment voulez-vous être en confiance quand vous loupez tous les cuts ? C’est le septième ou huitième de suite. Tu fais ton boulot, t’attends, tu rames comme tous les mecs de fond de court, et tu attends que ça tombe. Il y a bien un jour où ça va tomber.
 
Vous n’êtes pas du genre fataliste, pourtant…
Non, j’attends que ça tombe mais que voulez-vous que je fasse ? Que je prenne mes gaules et que je m’en aille en disant que le Tour ce n’est pas pour moi ? Que j’aille m’entraîner au practice pendant 20 heures chaque jour pour le même résultat ? Ça, je l’ai déjà fait, les heures de practice elles sont déjà là et je continue à m’entraîner.
 
Avez-vous déjà vécu des périodes semblables dans votre carrière ?
Oui, en 1996, je jouais très mal. Je loupais les cuts de 10 ou 12 points. Là c’est juste de 2 ou 3 points. Ce n’est pas alarmant mais il faut continuer à travailler.
 
Depuis quelque temps, vous avez fait appel à un coach…
Oui, l’année dernière je ne jouais vraiment pas bien et j’ai demandé à Philippe Allain de s’occuper un peu de ce que je fais. Je tape bien la balle, ça se passe plutôt pas mal mais il faudrait que j’ai des résultats pour savoir ce que ça fait sous pression. Là je ne peux pas dire si c’est bien ou pas, si ce sera efficace à la fin. J’ai travaillé un mois avec lui en décembre, et les deux derniers mois. Je vais poursuivre mais j’aimerais bien voir les résultats.
 
Vous dites-vous que vous êtes à un point charnière de votre carrière ?
Non, je suis exempté jusqu’en 2014 (grâce à la victoire à l’Alstom Open de France), je continue. Pour l’instant je suis bien, je suis sur le circuit, je suis encore compétitif. J’ai toujours l’envie de jouer les tournois, sinon ça ne servirait à rien d’être là.
 
Vous posez-vous la question de faire appel à une aide mentale ?
Sur le plan psychologique, je reste hyper positif. Sur les parcours, je tape des bons coups, quand je prends trois putts c’est parce que j’attaque trop. Bref, là dessus, je n’ai pas trop changé par rapport à ce que je faisais l’an dernier et qui marchait. Au niveau technique, mon jeu est aussi dans le même état. Je reste calme, ça ne servirait à rien de s’exciter.
 
Vous n’envisagez pas d’autres solutions ?
On peut essayer plusieurs choses pour sortir de ça. J’ai tout essayé, être plus agressif sur le parcours, être plus calme, s’en foutre complètement. Le truc c’est que j’ai fait un peu le tour. Il faut être patient, ça va tomber. Avec les blessures que j’ai eues aux côtes, je suis revenu en Andalousie, et j’ai seulement quatre ou cinq semaines d’entraînement sous le pied depuis novembre. Donc, c’est aussi normal que je n’aie pas plus de feeling. Le problème est que les autres joueurs ne t’attendent pas. Je suis en ce moment au stade où j’aurais dû être au mois de janvier. C’et normal qu’il y ait un décalage.
 
Physiquement vous sentez-vous bien ?
Je n’ai aucun problème sur ce plan-là. Je tape fort la balle, je n’ai pas de pépins physiques, ma jambe ne me fait pas mal, les côtes c’est fini. Les voyages ne me fatiguent pas, je dors bien.
 
Avez-vous le sentiment d’être en deçà des attentes du public ?
Non, les attentes du public, je n’y ai jamais pensé, ce sont juste les miennes qui m’intéressent pour pouvoir lancer ma saison. Heureusement, il reste quelques gros tournois.
 
L’Alstom Open de France arrive justement. L’attendez-vous particulièrement ?
Il y aura beaucoup de monde sur ma partie, donc ce sera marrant, on va bien rigoler. Mais je ne l’attends pas particulièrement. Pas plus que les autres tournois. Il est au programme chaque année. Penser à l’Open de France dès le début de la saison, ce serait mettre la charrue avant les bœufs, et comme ça on n’arrive à rien.
 
A votre niveau, a-t-on des progrès à faire ?
On a toujours des progrès à faire. On ne peut pas gagner si on ne cherche pas à progresser, il y a toujours des choses à améliorer. Le seul joueur qui pourrait se dire qu’il n’a rien à améliorer en ce moment c’est Luke Donald qui est numéro un mondial. Tous les autres nous sommes à des années lumière de lui. Il y a toujours quelque chose qui ne marche pas bien dans ton jeu même si tu gagnes le tournoi.
 
Que peut-on améliorer précisément ?
Des trucs tout bêtes, des trucs techniques ou mentaux dont tu ne te rends pas comte sur le moment. Tu as l’impression d’être bien aligné et en fait tu es aligné 20 mètres à gauche, par exemple. Une technique de golf, un swing, c’et un chantier permanent. Il faut toujours revenir sur les acquis. Si tu t’endors dessus, tu réussis pendant quelque temps mais ça ne dure pas. On revient toujours dans ses travers et il faut donc les corriger. Tout le monde est comme ça. Un gars comme Harrington a dû changer 25 fois de swing dans sa carrière.
 
Jean-Louis Aragon
 
Demain, retrouvez la suite de l’entretien avec un éclairage sur quelques facettes de la personnalité du tenant du titre de l’Alstom Open de France.

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