27/06/2012 - Petits équipements

Entretien avec Pierre Lasfargue, directeur du service territoires et développement, l'une des chevilles ouvrières du développement de petits équipements censés favoriser l’accessibilité au golf.

Quelle est l’origine de ce programme de développement de petites structures ?

Nous avons créé un schéma directeur de développement d’équipements structurants quelques années avant que l’organisation de la Ryder Cup ne soit accordée à la France. Il était important d’établir cette stratégie, notamment par rapport au CNDS (Centre National pour le Développement du Sport) qui est susceptible d’accorder des subventions aux différents projets publics d’équipements sportifs. Ce plan de développement des petites structures a ensuite été intégré au dossier Ryder Cup défendu par la Fédération et il a été l’un des éléments qui ont joué en faveur de la candidature française.

Quel rôle joue le CNDS dans ce programme ?

Aux côtés de la ffgolf pour la candidature à la Ryder Cup, cette dernière devant susciter une forte demande de la part de nouveaux golfeurs, il était logique que le CNDS, qui subventionne les projets de création d’équipements sportifs, signe une convention avec la ffgolf visant à promouvoir une nouvelle offre d’équipements golfiques pour tous, conformes à sa stratégie de développement 2009-2018.

Quel est précisément l’état des lieux ?

Pour ce qui concerne les "grands golfs", de 9 et surtout 18 trous, le besoin semble être satisfait. Il existe peu de possibilités de nouveaux parcours de ce type sauf pour les très grandes villes ou les zones très touristiques. Nous manquons surtout de petites structures, des parcours pitch and putt ou compacts, dans des zones de proximité urbaine. Lors des opérations découverte, nous nous apercevons que beaucoup de personnes manifestent leur intérêt pour le golf mais qu’elles sont confrontées à des freins (difficulté, coût, temps) auxquels les "grands" golfs n’apportent pas toujours la réponse. La clef est donc de créer des petites structures pertinentes, faciles et rapides à jouer, et surtout bon marché (avec des greens fees à 10 ou 15 euros).

Quelles conclusions pratiques tirez-vous de cet état des lieux ?

Les études que nous avons réalisées nous ont permis de nous rendre compte qu’il existait certes des centaines d’équipements, dont beaucoup (près de 400) ont été créés entre 1985 et 1995, soit en dix ans pour les deux tiers de nos golfs, mais que plus de 30 % se trouvent en dehors des bassins de vie de grande agglomération. Ce constat nous a conduit à élaborer un dispositif de prospection pour l’avenir, de façon à pouvoir jauger la viabilité d’un projet porté d’équipement golfique. Ce faisant, la ffgolf peut ainsi désormais jouer un double rôle de conseil et de régulation.

Sur quels domaines porte ce dispositif de prospection ?

Nous avons listé toutes les communes susceptibles d’accueillir des équipements, grands ou petits, grâce à une cartographie très précise de l’ensemble du territoire où figurent les golfs existants, le nombre de licenciés, le nombre d’habitants, l’analyse des foyers fiscaux, les CSP+…
Cela nous permet d’obtenir un chiffre correspondant aux personnes potentiellement intéressées par la pratique du golf, en sachant que le ratio entre les
éventuels amateurs et la population est, en simplifi ant, de 0,6 pour 1000. Nous réutilisons toutes ces données, en les enrichissant, dans le cadre d’études
de potentiel de golfeurs dans une zone que nous proposons aux porteurs de projet.
Les différentes ligues sont impliquées dans ce plan… Nous avons partagé notre objectifs avec tous nos Présidents de Ligue et listé un nombre de communes
à prospecter et de projets à lancer pour arriver à notre objectif de 100 nouvelles structures. La cartographie que nous avons établie leur permet de prendre contact précisément avec les élus des communes des zones en question et de repérer ainsi la présence de terrains aptes à recevoir des équipements.

Quel est le bilan de ce plan en termes de projets ?

Il existe actuellement 120 projets de petites structures dont la majorité sont des projets privés. Sur ce nombre assez important, on peut cependant estimer que seul un quart d’entre eux verra le jour à moyen terme. Il faut préciser que, en ce qui concerne les projets publics, les délais de décision peuvent être assez longs, notamment en fonction des périodes électorales, et nous aurons des élections municipales en 2014. Les municipalités peuvent hésiter à se lancer dans
ce type de projets à l’approche de ces périodes. Mais, depuis que le plan existe, déjà 29 structures ont été construites ou sont en cours de construction.

L’aide de la Fédération se poursuit-elle une fois les projets définis ?

Nous les orientons en effet vers des experts, des architectes de golf, qui peuvent dire si les terrains prévus se prêtent au projet, tant sur le plan architectural que
réglementaire, en fonction des règles d’urbanisme. Ces experts établissent aussi, en général, un premier modèle économique sommaire. La Fédération prend
en charge une partie du coût de ces études complémentaires.
L’étape suivante consiste pour la ffgolf, s’il s’agit de projets publics, émanant d’une commune ou d’une inter-communalité, de les défendre auprès du CNDS.
Nous convions aussi, des élus et tous porteurs de projets, à des journées techniques comportant des tables rondes portant sur la construction des équipements et  leur gestion. Lors de la dernière journée organisée à Lyon, fin mai, soixante personnes étaient présentes.

De plus en plus de "grands" golfs créent en leur sein des parcours compacts ou des pitch and putt. Est-ce une conséquence du plan que vous avez mis en place ?

En créant ce plan, et grâce à la cartographie détaillée que nous avons élaborée, nous nous sommes aperçus que beaucoup de golfs, comprenant un parcours et un practice, avaient tout à gagner à ajouter une petite structure à leur offre. Les études de potentiels que nous réalisons ont beaucoup de succès. Elles stimulent certains golfs à se pourvoir de petites structures et permettent à certaines chaînes de golf de savoir assez précisément où elles en sont par rapport
à leurs possibilités de développement.

Pouvez-vous estimer le prix de revient d’une petite structure ?

Un petit équipement coûte environ un million d’euros, soit environ le même prix qu’un terrain de foot synthétique avec éclairage. Le lancement d’un projet
ne pose donc pas de problèmes financiers majeurs pour les collectivités. D’autant moins que, depuis deux ans environ, des matériaux synthétiques de très
bonne qualité, pour les zones de départ mais aussi et surtout pour les greens, font leur apparition. Dans ces conditions, les besoins en personnel sont réduits.
Du coup, des communes se disent qu’elles pourraient gérer ces structures directement, en régie. Tondre les parties intermédiaires ne demande pas de matériel et de compétences particulières. Mais au fond, décider de construire une petite structure golfique pour tous pourrait s’assimiler à une sorte de décision politique.

Vous aviez un stand au dernier salon des maires. Cette présence est-elle efficace ?

Certainement et de nombreux maires ont manifesté un véritable intérêt en venant sur le stand ffgolf. Des arguments tels que la création de lien social, l’attractivité touristique, la création d’emplois ou la valorisation de terrains inconstructibles (friche industrielle, zone inondable, décharge) stimulent fortement leur intérêt.

Savez-vous estimer le nombre de nouveaux licenciés que peuvent apporter les petites structures ?

Elles créent forcément plus de nouveaux golfeurs que les golfs traditionnels. Une petite structure est un équipement qui a en effet vocation à créer des golfeurs mais ces derniers vont passer à terme sur des golfs de 9 ou 18 trous. Elles créent un effet d’aspiration, de vivier. Leur fréquentation peut aller de 200 à 1200 licenciés.

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