Passé professionnel fin 2010, l’ancien champion du monde par équipe amateur en est à sa deuxième saison sur le Tour Européen. Avec plus de 274 000 euros de gains, il occupe la 57e place de l’ordre du mérite. Sa carte est pratiquement déjà assurée et surtout il justifie les attentes du public français.
Comment vivez-vous cette deuxième saison sur le Tour ?
J’ai fait des bons résultats jusqu’à présent, des bons top 15 (cinq). C’est beaucoup plus régulier que l’année passée, mais j’ai loupé un peu trop de cuts (quatre), je n’ai pas été assez présent sur certains tournois. Mais c’est normal, c’est l’apprentissage. A 21 ans, je ne vais pas jouer comme un vieux routier de 35 ans, je fais encore des petites erreurs.
Quel genre d’erreurs commettez-vous ?
Des petites erreurs plus tactiques que stratégiques, dans certaines situations. Par exemple tenter des coups plus compliqués que nécessaire qui coûtent souvent un point. Mais chaque jour j’en apprends un peu plus sur moi, sur ma façon de jouer, sur les tournois, les autres joueurs, c’est ce qui me fait avancer. Des erreurs, j’en ferai tout le temps, mais il faut que je ne les reproduise pas le lendemain. Je dois apprendre de mes erreurs pour arriver à grappiller un point par ci, un point par là , c’est ce qui fera la différence sur un tournoi. Au lieu de finir 15e, prendre la 10e place, et ainsi de suite. Grignoter un petit peu jusqu’à la victoire. Et ne pas faire deux fois la même erreur.
Sont-elles dues à une forme d’orgueil ?
On est obligé d’essayer de dominer les parcours. Si on le laisse vous dominer, surtout dans des conditions difficiles, on est mort. Si on n’a pas un peu d’orgueil en se disant intérieurement qu’on va le battre, qu’on va être fort, on est foutu. Il faut essayer de se motiver pour réussir à battre le parcours. Je ne crois pas que ce soit une faute d’orgueil de se dire ça, c’est au contraire la bonne façon d’aborder les choses. Mais ça peut arriver de faire des fautes d’orgueil, tout le monde en fait. J’essaie de ne pas trop en faire parce que ça m‘énerve vraiment
Pourquoi se produisent-elles ?
Parfois on ne devrait pas attaquer un drapeau et on le fait quand même parce qu’on a fait bogey sur le trou précédent et qu’on a envie de se rattraper. Ou alors on joue le drive sans besoin parce qu’on a envie de se laisser un wedge en second coup pour aller chercher le birdie, alors que si on pose le jeu, le birdie va venir tout seul.
Vous êtes-vous fixé des objectifs cette saison ?
Des objectifs de résultat, non. J’essaie de faire de mon mieux et on verra à la fin de l’année. Mon grand objectif au début de cette saison était d’être beaucoup plus régulier, donc forcément d’être en position de gagner beaucoup plus souvent. Si j’arrive en position de gagner plus souvent que la saison précédente, la victoire arrivera beaucoup plus vite que si par exemple je fais un top 5 sur un tournoi et que je ne passe pas le cut sur le suivant. C’est difficile de construire une victoire avec ce genre de résultats irréguliers, en tout cas pour la confiance.
L’Alstom Open de France marque-t-il une date importante dans votre saison ?
C’est le seul tournoi qu’on dispute en France, donc forcément ça a une connotation particulière. On a envie de bien faire parce que la famille est là, les amis vous suivent, on a pas mal de supporteurs, les sponsors sont là aussi. Donc on a envie de faire un bon résultat. Mais ce n’est pas un tournoi facile, le parcours est peut-être le plus dur de la saison. C’est un gros test pour nous. Il faut trouver le juste milieu entre l’envie de bien faire et les sollicitations, rester concentré sur notre jeu. C’est une longue semaine.
Comment ressentez-vous les attentes du public français ?
Ça ne me pose pas de problème. Depuis toujours je suis parmi les meilleurs français, en tout cas à mon âge. Je ne me ferme pas les yeux, je ne vis pas enfermé dans une boîte, je suis conscient de cela. Je vois bien que tout le monde a des attentes sur Victor (Dubuisson) ou moi, sur tous les jeunes joueurs, ce qui est normal. Nous aussi on a de grandes attentes envers nous-mêmes.
Cela ne vous procure-t-il pas une pression particulière ?
Non, parce que je me dis que si je veux être parmi les meilleurs joueurs du monde, il faut que je travailles dur, que j’obtienne de bons résultats. Je ne prête pas d’attention à ce qu’il y a autour du golf. Ça correspond à ce que je veux et c’est plutôt bon signe que les gens attendent beaucoup de moi. Après, il ne faut pas se perdre, trop prêter d’attention à ces attentes.
Vous entretenez d’excellentes relations avec les joueurs plus anciens, notamment Thomas Levet…
Il est super parce qu’il nous apporte beaucoup. Chaque fois que je lui pose une question, il répond avec plaisir, et il n’hésite pas à passer du temps avec nous pour nous expliquer des choses. Mais il n’est pas le seul. Greg Bourdy, avec qui je m’entraîne presque tous les jours, m’apporte aussi beaucoup, comme Greg Havret. Nous sommes du même club (Bussy Saint Georges), je jouais avec lui quand j’étais tout petit. Tous m’apportent beaucoup. Ils ne sont vraiment pas radins sur les conseils et ils sont très disponibles.
Souvent les jeunes ont du mal à accepter les conseils des plus âgés. Comment vous comportez-vous par rapport à ça ?
Au contraire, j’adore demander conseil. Leur poser des questions, savoir ce qu’ils ont vécu, ça ne peut que me faire gagner du temps. C’est super de les interroger sur les petits problèmes que je peux avoir dans mon jeu ou dans ma vision des parcours.
Suivez-vous encore les tournois amateurs ?
Beaucoup moins, je ne regarde plus trop. Je regarde quand même un peu parce que j’ai un bon copain qui est encore amateur, Edouard España, qui joue les tournois que je jouais auparavant. C’est normal, quand j’étais amateur, je ne regardais pas trop les tournois pro. Le Tour européen, les tournois majeurs, mais ce n’était pas démentiel. Quand on change de monde, on regarde plus ce qui est devant nous que ce qui est derrière. On suit surtout les résultats des très bons joueurs.
Prenez-vous autant de plaisir dans le monde pro qu’amateur ?
Bien plus. On joue des tournois qui sont parfaits, sur des parcours très bien préparés. Et puis c’est un autre niveau, ça n’a rien à voir, le niveau amateur est bien en dessous. J’adore la compétition, alors plus c’est dur, plus je prends de plaisir. Je ne peux pas dire que je me sens plus à l’aise, mais en tout cas ça m’aide à me concentrer et à donner le meilleur de moi-même. J’adore la difficulté et sur le Tour européen, je me sens vraiment bien à ce niveau-là.
Le plaisir naît-il de la difficulté ?
Le golf n’a jamais été quelque chose de facile. Chaque journée on est obligé de donner le meilleur de nous-mêmes. Il y a tout le temps des passages un peu compliqués, des journées où on joue mieux que d’autres. Mais un parcours de golf c’est quand même un combat. Finalement, la compétition se rapproche vraiment du sport en lui-même. J’adore jouer au golf, mais j’adore la compétition.
Comment différenciez-vous le plaisir du jeu et celui de la compétition ?
Je pense que je ne les différencie pas. Je trouve mon compte dans les deux aspects. J’adore jouer avec mes amis, à l’entraînement, sans pression, mais la compétition me manque dans ces moments-là. J’aime avoir cette tension, cette part de doute qu’il faut arriver à vaincre pour faire un bon coup. C’est ça qui est motivant aussi.
Où concrètement trouve-t-on le plaisir ?
Quand je tape un bon coup de fer, le plaisir est instantané, c’est pareil au putting. J’arrive à trouver du plaisir dans tous les compartiments du jeu, dans tout ce que je fais. Quand je fais un bon score, je prends du plaisir aussi. Dans le golf, on peut trouver du plaisir de plein de façon différentes.
Comment le ressent-on ?
On le sent dans nos mains, quand le coup est bien tapé. Là, c’est physique. Mais c’est vrai que c’est jouissif de mettre autant d’attention dans un coup et de le réussir : d’une part on tape bien la balle, dans ce cas il y a le plaisir du corps, mais il y a aussi le plaisir intellectuel de se dire que c’est exactement le coup que l’on voulait faire.
Ressent-on de l’euphorie ?
Oui, si c’est un coup incroyable, qui finit tout près du drapeau ou dans le trou.
Avez-vous des souvenirs précis de coups qui vous ont procuré cette euphorie ?
Quand j’ai gagné le tournoi du Challenge Tour, à Strasbourg (septembre 2010). Le 17 est un par 3 avec de l’eau devant le green. Je savais que si je mettais la balle sur le green, c’était quasiment scellé. C’était l’un des coups les plus difficiles du parcours mais je l’ai tapé parfaitement et la balle a fini exactement où je voulais. En même temps, je me rapprochais un peu plus de la victoire. Tout ça était vachement jouissif. Ce n’est pas le meilleur coup de ma carrière, mais il fait partie de ceux qui m’ont apporté beaucoup de plaisir. Ils se produisent souvent à des moments difficiles. Plus il y a de tension, plus l’émotion est forte, plus on sent le cœur battre vite, plus on se sent excité.