L’Allemand Marcel Siem, avec un coup d’avance sur Francesco Molinari, remporte une édition 2012 marquée par la grande 3e place de Raphaël Jacquelin. Du côté des autres Français, Grégory Havret et Jean-François Lucquin sont 40emes, Damien Perrier 54e et Julien Guerrier 61e.
Sur le coup des 14 heures, tout le Golf National commençait à retenir son souffle. Et un, et deux et trois birdies de suite pour Raphaël Jacquelin aux trous 5, 6 et 7! Parti dans son dimanche en 4e position, à deux coups des co-leaders Hansen et Howell, le Français réchauffait le public et la météo «grisounette» de ce dimanche d’Alstom Open de France. Leader! Leader avec -7. Ou plutôt, à cet instant T, co-leader à -7 aux côtés de l’Italien Francesco Molinari, de l’Anglais Ian Poulter et de l’Allemand Marcel Siem. Une sorte de G4 européen du golf et le début d’un suspense merveilleusement insoutenable pour le public français. Raphaël Jacquelin, déjà trois victoires sur le circuit européen, allait-il rejoindre les Massy, Gassiat, Dallemagne, Cavalo, Garaialde, Remésy et Levet dans la grande famille des vainqueurs français de l’Alstom Open de France? Et l’année du Centenaire de la Fédération Française de Golf en plus. Avant d’ouvrir les vieux grimoires à statistiques et de chercher d’heureux présages partout, mieux valait se concentrer sur le jeu. Car tout restait à venir. Et tout restait à faire pour Raphaël comme pour chacun des hommes encore dans la course au titre.
Le 64 de Molinari malgré un double bogey au n°1
D’ailleurs, au moment où Francesco Molinari rentrait au port -c’est à dire à la «marina» du n°18 de l’Albatros- avec un extraordinaire 64 (un double bogey au 1 mais 9 birdies à suivre!) pour conclure sur un -7 final, les positions des leaders encore sur le terrain commençaient à méchamment se fragiliser. Seul Marcel Siem résistait à -7. Mais Ian Poulter reculait 3e à -6. Et Raphaël Jacquelin, avec deux bogeys au 9 et au 12, repartait provisoirement à la 4e place à -5. Qui irait chercher Francesco Molinari en haut du leaderboard final? Qui saurait même dépasser l’Italien joueur de Ryder Cup en bridant ses nerfs et en libérant tous ses talents sur la fin d’un tournoi de plus en plus incertain, de plus en plus ouvert à toutes les hypothèses? Et si Molinari, parti sur le parcours à 11h05 en compagnie de son jeune compatriote star Matteo Manassero (les deux hommes étaient 22emes à six coups des leaders après le 3e tour), avait déjà remporté l’Alstom Open de France, plus de deux heures avant le retour des dernières parties, celle des Jacquelin/Coetzer (départ à 13h10) et des Hansen/Howell (13h20)? Comme pour couper court aux interrogations, Marcel Siem agitait le bout de son chignon blond au n°14, avec un birdie pour passer seul leader provisoire à -8...
La maestria de Siem quand «les cannes se rebiffent»
C’est alors que dans un bel ensemble qu’on aurait pu appeler «Les cannes se rebiffent», le peloton parti à la poursuite de Marcel commença à s’agiter: Birdie de Ian Poulter, l’Anglais aux pantalon «carreautés», sur le par trois du n°16 pour repasser à -7. Et birdie à nouveau, le quatrième du jour, pour Raphaël Jacquelin au 14, avec réintégration du carré de tête en -6. Alors, tel un Ian Ullrich des fairways, Siem ripostait à l’attaque des hommes placés dans sa roue en sortant un contre magistral au n°15. Un deuxième coup fabuleux au drapeau sur ce trou cerclé d’eau qui a fait couler tant d’encre, de sang et de larmes depuis toujours, mais particulièrement cette année. Et -7, et -8, et -9 pour Marcel au score total! Deux coups de marge pour l’homme de Cologne sur Francesco Molinari (et sur Stenson, -7 lui-aussi à cet instant de sa partie). Francesco l’Italien qui pouvait donc presque envisager d’arrêter de se maintenir chaud et bouillant en tapant des balles au practice dans l’éventualité d’un play off avec «Marcelo» l’Allemand. Autant aller tout de suite boire un ristretto au Players’ Lounge.
Les deux birdies de l’espoir de Jacquelin aux trous 14 et 16
Sur le terrain, les autres joueurs se devaient d’y croire encore malgré la maestria de Marcel Siem. Et qui sait, après tout, comment l’Allemand allait gérer son finish au n°18 de l’Albatros? Les plongeons dans le lac final de l’Alstom Open de France n’étant pas réservés aux seuls vainqueurs de la Coupe mais bien plus souvent aux balles de tous les golfeurs du champ, y compris les meilleurs, tout était encore envisageable. Il fallait garder l’espoir de victoire. Il fallait y croire jusqu’au bout. Alors, malgré un bogey au n°15, Raphaël Jacquelin sortait un long putt d’école au n°16 pour son cinquième birdie de la journée. Retour à - 6, 4e à trois coups de Siem, pour «Jack»... Mais Siem l’Allemand, même égaré dans un bunker de fairway au drive du 18, gardait le chignon fier. Un petit coup de recentrage, une caresse avec son wedge, et il était en trois coups sur le green, n’ayant plus que deux putts tranquilles pour finir seul à -8. Et déjà vainqueur à 99%. Plus de victoire possible pour Raphaël Jacquelin mais un magnifique «podium» à jouer dans son Open national.
Le finish réussi de Raphaël, la fierté de «Marcel l’héritier»
Un podium possible pour Jacquelin, oui. D’autant que Henrik Stenson, partenaire de jeu de Siem, venait, lui, de mettre sa balle à l’eau au 18 (+3 sur le trou). De 2e ex aequo avec Molinari, le Suédois reculait à la 7e place, perdant, au passage, près de 250 000 euros sur un seul trou! Raphaël Jacquelin sortait alors un troisième coup de rêve pour aller au green de ce par quatre n° 18, avec un backspin d’école qui ramenait sa balle à un souffle du trou. Approche, putt et par! Avec un score final de -6! Seul 3e! A deux coups de Marcel Siem et à un coup de Francesco Molinari. Même si le vent de la victoire n’est pas passé loin, tout le golf français aurait signé pour ça avant le début du tournoi. Tout comme «Herr» Siem aurait signé pour devenir le troisième Allemand de l’histoire à graver son nom au palmarès du «Französiche Open». Marcel qui devient l’héritier du grand Bernhard Langer, héros de l’édition de 1984 au Golf de Saint-Cloud. Marcel qui succède à son compatriote star, Martin Kaymer, vainqueur de l’édition 2009 de l’Alstom de France et qui, ce dimanche, terminait 70e et dernier, à +16 (!), meurtri par un Albatros qui prend dans ses griffes tous les joueurs arrivés en petite forme. Et d’ici à la Ryder Cup 2018, il y aura bien d’autres héros et bien d’autres «zéros» au Golf National...
Nathalie Vion pour la Fédération française de golf.