A Lytham, rares devaient être ceux qui s’attendaient à une victoire du Sud-Africain Ernie Els, déjà vainqueur de l’Open à Muirfield, en 2002, devant Thomas Levet. A pas feutrés mais sûrs, « Big Easy » a été le seul à jouer les quatre tours dans le par ou sous le par.
Décidément, Adam Scott est véritablement entré dans le rôle du lièvre de la fable selon laquelle rien ne sert de courir. Largement en tête après le troisième tour, l’Australien, totalement à découvert dans le grand bush qu’est devenu pour lui le parcours de Lytham, a été tiré à vue par le grand expert en balistique qu’est le Sud-Africain Ernie Els.
Thomas Levet, lui aussi victime du géant de Johannesburg en 2002, traçait dimanche matin le portrait en ombre chinoise du futur vainqueur : « Lytham est un parcours très difficile qui pousse les joueurs à se brider. On ne peut pas attaquer toute la journée parce qu’on sait que les bunkers sont en jeu, on ne peut pas non plus rester en dedans parce le parcours est très long. C’est un parcours où il faut beaucoup mixer entre la prudence et l’attaque. »
C’est sans doute ce qu’a fait Ernie Els, avec un aller prudent à deux coups au-dessus du par, et un retour nettement plus agressif, toutes proportions gardées eu égard à la suavité de son geste, avec un superbe 4 en dessous du par. A peu de chose près le contraire de la démarche d’Adam Scott qui s’est peut-être montré trop prudent jusqu’à se rendre compte qu’il aurait fallu se montrer un peu plus osé.
A sa décharge, il faut reconnaître que la plupart des chasseurs qui l’avaient en ligne de mire ont bien vite enrayé leurs armes. Woods comme McDowell ont accumulé les catastrophes, s’engouffrant dans certains des pièges du parcours. « Les bunkers de fairway, poursuit Thomas Levet, sont à éviter absolument parce qu’ils sont la garantie d’un coup perdu. » Certains autres bunkers de green, notamment celui de gauche du green du 6 a été fatal à Woods qui s’en sortait avec un triple bogey.
Ces dégringolades successives des principaux prétendants ont contribué à réveiller la magie de l’Open qui en manquait singulièrement cette année. Sans avoir à bouger le moindre petit doigt de pied, Ian Poulter, Geoff Ogilvie et Miguel Angel Jiménez, qui se trouvaient à peu de chose près dans le ventre mou du classement lorsqu’ils terminaient leur parcours, sont remontés jusqu’à la 9e place.
Mieux, le seul francophone du champ de joueurs présents cette fin de semaine, le Belge Nicolas Colsaerts, a réussi dans les mêmes conditions un saut de trapéziste de haut vol. 18e à l’heure de finir ses 18 trous, il termine cet Open à une magnifique 7e place. Ceci n’est pas sans donner encore plus de regret que les deux Français en lice cette semaine, Raphaël Jacquelin et Grégory Havret, n’aient pu franchir le cut.
« Raph et Greg ont la qualité de jeu pour bien faire dans un Majeur, c’est certain, assure Thomas Levet. Mais dans les passages où ils ont très bien joué sur les deux premiers tours, ils n’ont pas eu la réussite nécessaire pour assurer la qualification. Pour Raph, c’est rageant d’avoir manqué le cut d’un point. Sa réaction à sa sortie du parcours est tout à fait compréhensible. Il n’y a rien de pire pour un pro que de se battre juste pour passer le cut, ce n’est pas vraiment intéressant. Mais ce qu’on dit en sortant du parcours est surtout l’expression de la déception. Je suis sûr qu’une heure après, il pensait tout à fait différemment. »
Thomas Levet, lui, est complètement remis en selle après sa cinquième place obtenue la semaine dernière à l’Open d’Ecosse, qui mettait fin à un régime très sec à base de cuts manqués depuis le début de la saison. « Je retrouve le moral et je me dis qu’en plus je n’étais pas très loin de la victoire à Aberdeen. Il va falloir que dans les prochaines semaines je m’entraîne bien pour faire une deuxième partie de saison intéressante. Mais au moins ce retour me redonne le moral. »