Encore une superbe performance des amateurs français, 3emes ex aequo du Mondial 2012 en Turquie (-15) derrière de très belles équipes des Etats-Unis (-24) et du Mexique (-19).
Ce qui est terrible, c’est qu’on va finir par s’y habituer! Championne du monde pour la première fois de son histoire en 2010 et Championne d’Europe en 2011, l’équipe de France messieurs s’offre cette fois la médaille de bronze du Mondial 2012. Trois années consécutives de réussite avec des joueurs différents à chaque fois. Trois années, voire quatre, où tous ont été unis par un même talent et surtout par cet état d’esprit de «winners» insufflé depuis 2008 par le duo d’entraîneurs Renaud Gris et Christophe Pottier. Ce dimanche à Antalya, quand Julien Brun, Edouard Espana et Paul Barjon, se sont accrochés de toute leur âme pour attraper une troisième place de très haut-niveau dans le Championnat du monde par équipes, c’est ce que Patrice Amadieu, le directeur du coaching à la FFGolf, soulignait immédiatement: «Cette médaille, la troisième en trois ans, est presque meilleure que les deux premières, qui étaient pourtant en or. Car elle a un côté confirmation et validation de la philosophie que Renaud et Christophe ont mise en place depuis quatre ans pour leurs équipes. Cela va du stage de préparation cet été aux Arcs au protocole ici en Turquie, qui a été tenu à la minute près, malgré tous les aléas que le programme a connu...»
Des scores d'équipes inférieurs de vingt coups à ceux de 2010!
Comme à Buenos Aires en 2010, lors de la victoire du trio Wattel-Lévy-Lopez Lazaro, le Mondial 2012 à Antalya/Belek se sera en effet joué sur 54 trous, après un deuxième tour perturbé par la météo et donc un bouleversement du programme durant le week-end. Une difficulté à laquelle s’est ajoutée le niveau de jeu de cette année, l’un des plus relevés de l’histoire du tournoi. Même s’il faut être prudent, les paramètres des parcours et des conditions étant importants dans le résultat, impossible de ne pas remarquer qu’en 2010, la France s’était imposée avec un score de 423 sur trois tours, devant le Danemark (427) et les Etats-Unis (428). Cette semaine à Antalya, l’équipe masculine des Etats-Unis triomphe pour la quatorzième fois depuis 1958 mais en pulvérisant tous les records sur un tour (-13), puis sur deux tours (-20), avant de signer un score final sur trois tours de 404! Avec le Mexique deuxième à 409! Et trois 3emes ex aequo, c’est à dire la France, l’Allemagne et la Corée du Sud, à 413! Les chiffres parlent d’eux-mêmes... Il faut ensuite rentrer plus en détail dans les compositions d’équipes et les scores au jour le jour, pour voir, au moins en partie, des individualités exceptionnelles derrière tout cela.
Patrice Amadieu: "Julien Brun a été stratosphérique"
Avec son -8 record du premier tour, l’Américain Chris Williams, numéro 1 mondial amateur, a dynamité la compétition d’entrée. Le tournoi étant ensuite ramené à 54 trous, cet exploit serait ensuite lourd de conséquences pour les équipes parties à la poursuite du Team USA. De son côté, le Mexicain Sebastian Vazquez, avec un parcours aussi éblouissant que consistant (- 6, - 4 et -5, soit -15 sur trois tours!) a fait l’essentiel du travail. On pouvait être surpris que le Mexique, avec -19, fauche la médaille d’argent à d’autre nations plus attendues sur le podium. Mais pas étonnant que ce Vazquez, déjà 4e de l’US Amateur 2012, vole la vedette à Chris Williams en remportant le classement individuel (officieux) de ce Mondial 2012 en Turquie. Un classement où le Français Julien Brun est 4e. Voir le jeune Antibois dans le carré de tête du golf mondial n’est là non plus pas une surprise. Mais «Bruno», ainsi que ses coéquipiers le surnomment, a frappé les imaginations aussi fort que Williams et Vazquez dans ce Championnat du Monde. Son 29 (-6!) sur les neuf premiers trous du troisième tour restera dans les annales. «C’était stratosphérique! s’enthousiasme Patrice Amadieu. Julien jouait de toute façon à ce niveau depuis une dizaine de jours (vainqueur d’un tournoi du Challenge Tour à Toulouse avant le départ pour la Turquie). Mais ce qu’il a sorti à ce moment-là, dans un début de troisième tour disputé le samedi après-midi, dans la foulée du deuxième tour, et qui comptait tant, il fallait le faire!"
La solidité de Paul Barjon, l'attaque d'Edouard Espana!
Admiratif, Patrice Amadieu, d'autant que "Bruno", avant son demi-3e tour en forme d'exploit, avait pas mal bataillé en matinée… "Dans le deuxième tour de samedi matin, il plantait déjà tous les drapeaux mais les putts ne rentraient pas. Il s’est alors un peu frustré et ça s’est transmis à son jeu. Mais à aucun moment il n’a eu la tête dans le seau. Il est resté super lucide, jouant trou par trou pour arriver à finir quand même dans le par et à compléter le super -4 réussi de son côté par Edouard Espana. Julien a produit un golf superbe et il fait vraiment un super mondial.» Au-delà de l’attitude de Mister Brun dans ce qui restera un "Saturday Afternoon" de feu, Patrice Amadieu n’oublie bien sûr pas l’excellent comportement de Paul Barjon (-3 le premier jour et qui assure un +2 important pour la médaille le dimanche) et de Edouard Espana (-3 le premier jour et un -4 splendide dans le deuxième tour, ce qui relançait son camp): «C’était vraiment une belle équipe. Parce que le bronze, même si nous étions bien placés avant la fin du troisième et dernier tour, il fallait aller le chercher ce dimanche. Sous pression et avec 71 équipes en face, on est jamais à l’abri d’une bêtise. Paul (Barjon), qui était le moins expérimenté des trois, a tenu le choc en jouant vraiment très très solide. Quand à Edouard (Espana), ce qu’il a fait dans le deuxième tour était parfait. Il a d’abord joué super sérieux, puis a attaqué pour faire un score. Et ce dimanche, il achève sa carrière chez les amateurs sur un dernier birdie au 18! C’est beau.»
Sur les traces des Woods, Kaymer, Fowler ou Mc Ilroy
Pour le directeur du coaching, ce qui est très important, aussi, c’est de voir ces jeunes joueurs français rester naturels et décomplexés maintenant qu’ils ont les armes pour rivaliser régulièrement avec les meilleurs golfeurs du monde de leur catégorie d’âge: «La sensation que j’ai eue, en les suivant sur le parcours, c’est qu’ils jouent chaque jour à leur niveau normal. C’est juste que leur niveau moyen est très haut maintenant.» Plus qu’une euphorie géante à l’idée d’être sur le podium d’un grand Championnat amateur pour la troisième année de suite, Patrice parle d’une joie profonde et simple pour l’équipe de France masculine: «Encore une fois, c’est une forme d’accomplissement par rapport au message que Renaud (Gris) et Christophe (Pottier) véhiculent depuis quatre ans appuyé par le capitaine Fabrice Stoléar (qui a succédé à Pascal Grizot). Je suis tellement heureux pour eux.» Au moment de quitter l’Antalya Golf Club et ses deux parcours (Sultan et Pasha), là-même où huit des stars du golf mondial (Woods, Mc Ilroy, Rose, Schwartel, etc...) vont disputer, du 9 au 12 octobre, l’inédit et richement doté «Turkish Airlines World Golf Finals», l’équipe de France aura peut-être jeté un coup d’oeil dans le livre des records du Mondial... De Mickelson en 1990 au trio Kaymer/McIlroy/Fowler en 2004-2006-2008 en passant par Tiger Woods en 1994, il n’est quasiment pas un grand du golf actuel qui ne soit passé avec son équipe par ce Championnat. «J’ai eu la chance de le disputer en 1994 en France, expliquait Tiger Woods aux journalistes turcs avant d’arriver ce lundi à Antalya. Et ce fût une expérience grandiose avec mes coéquipiers et les meilleurs étrangers. J’y ai grandi en tant que golfeur...» Nul doute que Paul Barjon, Julien Brun et Edouard Espana auront pris de l’envergure eux-aussi sur les fairways turcs. Et que l’on pourrait bien revoir un jour l’un de leurs noms dans le livre du Mondial à la rubrique: «Joueurs notables ayant participé au Mondial» On parie?
Nathalie Vion pour la Fédération française de golf (avec Patrice Amadieu à Antalya).