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Covid-19 : les pôles France confinés mais mobilisés

Si la situation sanitaire se maintient, le retour sur les golfs devrait pouvoir se faire bientôt. Mais depuis le début du confinement, comment s’organisent les pôles et les joueurs des équipes de France pour continuer leurs entraînements ? La réponse avec les encadrants de nos futurs champions.

Tous les moyens sont bons pour continuer à s'entraîner. Crédit / Instagram Cernousek / WellPutt / Couvra

Depuis le début de l’isolement en France, la vie en communauté au sein des différents pôles golf a été mise de côté. Le suivi habituel que ce soit au niveau scolaire ou golfique a donc été chamboulé, ce qui peut effrayer certains jeunes. Les interrogations fusent : vais-je perdre mon swing ? Je n’ai pas de jardin comment je vais faire pour m’entraîner ? Mon niveau de jeu va t-il baisser si je ne pratique pas pendant deux mois ?

En réponse à toutes ces questions, il a fallu s’adapter. Mais pas de quoi paniquer car les coachs et encadrants des pôles ont mis en place des alternatives pour répondre aux demandes des jeunes et ne pas perdre de temps. Cette période ne doit pas marquer un coup d’arrêt dans l’évolution de ces golfeurs et tout a été fait pour combler le manque du terrain et du tapis de practice. Une pause qui a certes été difficile à encaisser mais qui peut aussi se montrer bénéfique dans certains domaines.

Encaisser pour rebondir

Difficile déjà pour un simple amateur de se voir priver de golf pendant plusieurs semaines tant la passion pour ce jeu est dévorante. Alors pour une joueuse amateur de haut niveau qui s’investit totalement dans un projet autour du golf, la pilule peut être dure à avaler.

C’est pourquoi la première étape de ce confinement a été primordiale. Il a fallu relativiser et se dire dans un coin de sa tête que c’était la même chose pour tout le monde : « Au début de cette période on était surtout sur l’acceptation de l’athlète avec l’aide des parents pour comprendre que tu n’as pas le choix de mettre le golf en pause, explique Mickaël Mahéo, Coach de l’équipe de France Girls. Même si c’est difficile, il y a toujours des choses à apprendre de cette situation mais lorsqu’on est ado et habitué à un rythme de golf intense ce n’est pas simple à assimiler. »

Dans le même temps, les pensionnaires de pôles ont aussi du rentrer chez eux et quitter la vie avec les copains et la routine du quotidien. Un chamboulement qui inquiète mais qu’il faut voir d’une manière différente : « Ils passent tellement de temps tous ensemble au quotidien donc je pense qu’ils se manquent et c’est délicat pour eux, ajoute Jean-François Lucquin, coach de l’équipe de France Boys. En réponse à ça, on cherche à donner un discours vraiment positif, il faut retourner la situation et profiter de cette période pour ne pas dépérir dans son coin. »

Confinement et pandémie, ça ne veut pas dire vacances.

Jean-François Lucquin, coach équipe de France Boys.

Merci la technologie

Zoom, FaceTime, Skype, WhatsApp, Facebook… toutes ces applis ont permis la continuité dans l’enseignement, dans l’apprentissage et dans l’échange. Même si tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et ne possède pas forcément de jardin pour y installer un filet, il est très simple d’envoyer son swing à vide en vidéo pour s’attarder sur la technique. La plupart des joueuses et de joueurs travaillent également sur leur putting. Un tapis dans le salon et c’est parti. Certains consultent à distance et reçoivent les conseils techniques des meilleurs, notamment ceux de David Ames, spécialiste du putting, intervenant régulier au sein des pôles et des équipes de France.

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Saturday grind

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« On fait aussi des vérifications en live et ils tapent dans leur filet et on échange aussi par groupe de discussion sur les applications. Tous les jours ils doivent nous dire ce qu’ils ont prévu comme programme. On peut travailler la pure mécanique, et le but est de ressortir prêt sans avoir pris de retard et même en aillant pris de l’avance », raconte Jean-François Lucquin.

Chez les filles c’est la même organisation même si l’encadrement à souhaité accentuer le côté performance en ajoutant un challenge qui s’étend sur la durée entière du confinement avec petite récompense made in Gwladys Nocera, sélectionneuse de l’équipe de France Girls : « On fait des appels en individuel pour caler techniquement deux ou trois choses comme les bases, le grip, la posture. Et puis j’ai mis en  place un challenge de chipping et Édouard Bréchignac en fait de même au putting. C’est la même chose pour le physique. Le tout donne un total général de points et la gagnante du challenge remportera un cadeau offert par mes soins. »

Poursuivre sa préparation physique et mentale

Si le jeu en lui-même est légèrement absent ces derniers temps, la préparation physique ne représente pas un obstacle insurmontable. Les golfeurs se mobilisent et depuis le 15 mars l’ensemble des jeunes est passé en version "Beast Mode". Le running est devenu partie intégrante d’une bonne journée et entre les cours et les occupations à domicile, la séance de sport est immanquable. C’est aussi souvent l’occasion de partager l’expérience avec ses amis et ses coachs. Une fois de plus les applications font des merveilles.

« On a mis en place des séances physiques par vidéo régulièrement dans la semaine, détaille Jeff Lucquin. L’avantage c’est qu’on discute et que tous les coachs aussi participent à la séance. C’est un travail du quotidien et le fait de voir le sourire des autres en vidéo ça fait du bien au moral. Ils bossent bien et sont sérieuxCertains se sont même mis au Yoga. »

« On bosse aussi la dynamique du swing avec la complémentarité de Thomas Bregeon. Par exemple avec le Medecine Ball tu peux travailler sur des sensations. On laisse le club de côté et on trouve des alternatives malgré le fait d’être confiné », explique Mickaël Mahéo.

Les plus jeunes ne sont pas non plus oubliés. Au sein de la filière U14 et même dans les catégories inférieures, le sport au sens large doit perdurer comme l’explique Alexandre Bosseray : « C’est assez difficile pour les plus jeunes. Ils sont très motivés mais ils n’ont pas, dû à leur jeune âge, l’organisation idéale dans la prépa physique et mentale. Leurs entraineurs régionaux et les ligues font un super boulot. Au niveau national Cédric Coquet a abordé la prépa mental. Comment travailler la méditation par exemple. On a également cette page Facebook U14 équipe de France où on fait des lives pour ouvrir le tout à plus de monde et ainsi toucher les jeunes mais aussi les parents. »

Peut-être que ce confinement est un bon point de départ vers la pluridisciplinarité de ce jeu.

Alexandre Bosseray, Conseiller Technique National.

Creuser encore plus loin

Après tout ça le planning est déjà bien chargé que ce soit pour le staff ou pour les pensionnaires des pôles mais il reste toujours du temps à tuer et même du temps à exploiter. Cette pause avec les clubs au garage est aussi l’occasion d’aller encore plus loin dans la préparation vers l’élite. C’est là qu’interviennent des disciplines parfois moins connues, moins populaires mais plus que bénéfiques à la complexité du golf.

Comme tous les grands champions, les jeunes travaillent leur régime alimentaire, dès maintenant. Et en cette période frustrante, on a vite fait de se jeter sur des friandises réconfortantes. Alors pour éviter ça, le diététicien est leur meilleure arme. Comme le dit si bien Jeff Lucquin : « Hors de question de se vautrer dans son canapé et de manger devant des séries », l’alimentation et l’hydratation sont donc régulées et viennent s’inscrire comme de réelles plus-values pour la reprise.

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petite séance de practice de confinement #workingfromhome

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Enfin dernier domaine essentiel abordé durant ce confinement, l’imagerie. On dit souvent que le golf est un sport de projection, d’imagination et de visualisation. Alors en compagnie de Franck Rigole, les joueuses avancent à leur rythme et profitent de ce temps pour améliorer leurs compétences : « On fait appel à Franck Rigole pour travailler l’imagerie, imaginer ses coups et se plonger dans la projection, raconte Mickaël Mahéo. Le but étant de faire 9 trous par semaine en s’imaginant les coups, le parcours, ton lie de balle... Ça sert à mettre ton cerveau en marche et à garder des réflexes avant de retourner jouer. Il y a des filles qui arrivent à s’imaginer au départ du 1 de l’Albatros par exemple et à faire neufs trous en tapant chaque coup dans leur filet pour sortir de ça avec un score final. »

Ajoutez à tout ça un petit questionnaire en Anglais sur les règles de golf proposé par le staff à ses joueuses ; et vous pouvez être sûr qu’au déconfinement tous les membres des pôles seront affûtés pour gagner à nouveau.


Par Romain MURAILLE
2 mai 2020