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Golf amateur : Le classement mondial modifié

Le World Amateur Golf Ranking (WAGR) a subi des changements entrés en vigueur au 1er janvier 2023. Parmi les principaux figure la baisse des points attribués lors des tournois professionnels, afin de ramener les meilleurs vers les grandes compétitions amateurs.

L'Américaine Rose Zhang, ici lors des Mondiaux à Saint-Nom-la-Bretèche, est l'actuelle n°1 mondiale amateur. Lucas Hélin / ffgolf

De quoi parle-t-on ?

Tout comme leurs homologues professionnels, les golfeurs amateurs ont leur propre classement mondial. Ce dernier se nomme le World Amateur Golf Ranking, est abrégé la plupart du temps en WAGR, et concerne aussi bien les messieurs que les dames. Même s’il ne s’agit pas du seul classement établissant une hiérarchie entre les meilleurs amateurs du monde, il est celui qui est le plus souvent cité comme référence.

En tout cas, beaucoup de tournois s’y réfèrent pour attribuer ou pas des invitations, et pas seulement les tournois amateurs. En effet, bon nombre de tournois professionnels offrent la possibilité à des joueurs amateurs de rentrer dans leur champ. Par ailleurs, le WAGR est également une référence pour les universités américaines, qui le consultent au moment de faire leur recrutement. Bref, en résumé, lorsque vous êtes parmi les meilleurs amateurs de la planète, l’une de vos missions (même si ce n’est pas la seule) est de soigner votre classement au WAGR.

Pourquoi fallait-il changer ?

Au 1er janvier 2023, le barème d’attribution des points au WAGR a subi des changements. Ce système, avant comme après la réforme, a pour base un coefficient attribué à chaque tournoi, et qui se nomme le power. En résumé, il reflète la force du champ de joueurs ou de joueuses présent à cette compétition, et fait varier le nombre de points en conséquence. Typiquement, une victoire lors d’un championnat d’Europe individuel rapportera systématiquement plus de points qu’une victoire dans un grand prix français comptant pour le WAGR, car le power du championnat d’Europe sera mécaniquement plus élevé.

Le problème constaté par le Royal & Ancient (R&A) et la United States Golf Association (USGA), qui régulent conjointement le WAGR, vient essentiellement de la participation croissante des meilleurs amateurs à des tournois professionnels, qui pose, selon les deux organismes, un problème double.

Tout d’abord, les meilleurs amateurs construisent de plus en plus le calendrier de leur saison en priorisant les tournois professionnels, y compris de circuits satellites, par rapport aux grandes épreuves amateurs. Mais surtout, ils le font en ayant, dans la plupart des cas, un intérêt à le faire en vue de leur classement au WAGR.

Michael Thorbjornsen, ici lors des Mondiaux 2022 au Golf National, est actuellement 2e du WAGR chez les messieurs.

Pour bien comprendre, prenons l’exemple de l’Américain Michael Thorbjornsen, actuel deuxième du WAGR messieurs. Il a participé, sous la Bannière étoilée, aux Championnats du monde par équipes amateurs, début septembre dernier, au Golf National et à Saint-Nom-la-Bretèche. Une épreuve dont le classement individuel, bien que ne donnant lieu à aucune distinction particulière, est en revanche pris en compte pour le WAGR.

Dans ce classement, l’homme du Massachussetts a pris la 11e place finale. Avec un power d’environ 966 attribué aux Mondiaux, cela lui a permis de récolter précisément 10,9676 points au WAGR. Sauf qu’un mois auparavant, il a pris part au Rocket Mortgage Classic, tournoi de saison régulière du PGA Tour. Dans un champ de joueurs remplis de professionnels aguerris, le power du tournoi a été fixé à 2 787,7. Michael Thorbjornsen a ainsi pu inscrire 11,1517 points, soit plus que lors des Mondiaux amateurs. Tout cela en prenant une… 134e place. Donc en ratant très largement le cut.

Qu’est-ce qui a changé ?

Face à ce constat (Thorbjornsen n’étant qu’un exemple parmi d’autres), le comité chargé du WAGR a pris principalement deux décisions. Tout d’abord, les joueurs et joueuses terminant dans la deuxième partie de tableau d’un tournoi, que celui-ci soit professionnel ou amateur, recevront systématiquement moins de points. Une disposition qui s’appliquera « particulièrement [à] ceux terminant à proximité de la dernière place, précise le comité. Nous sommes devenus de plus en plus préoccupés par le fait que les joueurs, quelle que soit leur position au WAGR, opèrent une sélection en délaissant les tournois locaux au power peu élevé pour se concentrer uniquement sur des événements régionaux, nationaux et internationaux au power élevé. »

Deuxième mesure, imaginée comme complémentaire de la première : les points distribués aux joueurs amateurs lors d’événements ouverts aux professionnels vont être diminués d’un facteur oscillant entre 20 et 35 %. Et ce indépendamment du résultat final décroché par l’amateur. Cela sera réalisé en diminuant directement le power de ces événements. En effet, jusqu’à maintenant, le calcul du power d’un événement variait en fonction de son caractère professionnel ou amateur. Ce ne sera plus le cas.

Deux autres mesures, qui auront sans doute moins d’impact mais qui demeurent intéressantes à noter, sont entrées en vigueur le 1er janvier. Tout d’abord, les formats de tournois acceptés pour entrer dans le système du WAGR ont été élargis. Désormais, l’attribution de points au classement mondial ne sera plus réservée aux tournois en stroke play ou en match play éliminatoire. Cela ouvre par exemple la porte à des formats avec des matches de poule, comme lors du WGC match play, chez les pros. Toutefois, une limite basse demeure : le vainqueur final devra avoir disputé l’équivalent de trois tours de 18 trous pour que le tournoi puisse compter au WAGR.

Enfin, le comité a annoncé qu’aucune raison d’aucune sorte ne sera désormais acceptée pour retirer un événement de la fiche WAGR d’un joueur. Le nombre de points est en effet calculé en prenant en considération tous les tournois homologués joués lors des deux dernières années, et en y appliquant un diviseur égal au nombre de tournois joués. Désormais, plus aucune stratégie ne fonctionnera pour "économiser" un diviseur en faisant disparaître un événement.

Comment cela se traduira-t-il ?

Sur la physionomie des classements proprement dite, le changement, s’il intervient, ne devrait pas être brutal. En effet, il faudra deux ans pour que tous les joueurs et toutes les joueuses aient un total de points WAGR issu entièrement du nouveau barème. En revanche, dès la saison 2023, deux choses seront intéressantes à observer, pour voir si ces mesures parviennent à ramener les meilleurs joueurs vers les grands événements amateurs. Tout d’abord leur présence proprement dite, surtout en cas d’événement professionnel important se déroulant la même semaine ; et puis ensuite le power des grands événements amateurs, comparé à celui des dernières années pour le même tournoi. Ça tombe bien : la saison amateur 2023 est sur le point de commencer.


Par William LECOQ
20 janvier 2023