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CFJ Minimes garçons : Jean Bekirian arrache une finale complètement dingue

Le joueur de Nîmes Campagne a remporté au 19e trou une finale où lui et Paul Beauvy se sont rendu coup pour coup. Il a notamment remonté un déficit de deux trous au départ du 16, pour envoyer le match en prolongation. Il remporte son deuxième titre de champion de France des Jeunes, après celui des benjamins en 2016.

Jean Bekirian, flanqué de Paul Beauvy et Baptiste Labeyrie, sur le podium. Frederic Stevens / ffgolf
27-31
juillet
CHAMPIONNAT DE FRANCE DES JEUNES - MINIMES GARÇONS COUPE YAN LE QUELLEC
LIEU : Bordeaux Lac, France
CATÉGORIE : Minimes (15-16 ans)

Qui aurait parié sur Paul Beauvy, lorsque Jean Bekirian a rentré son deuxième birdie du jour dès le 3, après avoir planté deux mâts, pour passer 2 up ? Et pourtant, qui aurait parié sur le même Jean Bekirian, lorsque Paul Beauvy, sans aucun bogey au compteur, se présentait à son tour 2 up au départ du 16, avec trois trous à jouer ? Les deux questions résument une finale durant laquelle le trophée Yan Le Quellec a passé son temps à se balader d’un camp à l’autre, au gré des coups de chaud et des légers trous d’air des deux joueurs.

Bekirian part le couteau entre les dents

Le premier à se mettre en évidence a donc été le joueur de Nîmes Campagne. Dès le 2, son coup de fer depuis le rough de gauche a gentiment glissé à hauteur du trou, perché en haut du green (1 up). Rebelote au 3, où son coup de fer se bloquait à portée de putter du godet (2 up).

Paul Beauvy réagissait avec un birdie au 5, mais sur le par 5 du 6, après un avion au drive et un deuxième coup filant derrière le green, Jean Bekirian rentrait directement son chip pour eagle.

La vainqueur de la qualification était lancé et réglé sur sa vitesse de croisière, pensait-on. « Je me suis vite retrouvé 2 down, et là, je me suis dit que je n’étais vraiment pas bien », avoue Paul Beauvy. Et pourtant, au 7, un bogey de Bekirian a permis à Paul Beauvy de revenir à une longueur, avant qu’un autre bogey du Provençal, au 8, ne remette le match à égalité.

Sur le par 5 du 9, Bekirian a dû à nouveau s’employer. Alors que le pensionnaire de Pléneuf Val André assurait le birdie après avoir pris le green en deux, son adversaire devait rentrer un solide putt après une sortie de bunker pour rester à hauteur.

Beauvy solide sur le retour

Au 10, la ficelle rentrée pour birdie par Beauvy, qui prenait ainsi l’avantage pour la première fois du match, était annonciatrice d’un retour à dominante bretonne. « Je me faisais marcher dessus, car il faisait des birdies », reconnaît Jean Bekirian. Et en effet, un nouveau volatile sur le 11 permettait à Paul Beauvy de passer 2 up.

Le par 3 du 12 restera comme le moment le plus étrange de cette finale par ailleurs étincelante. Sur son putt pour birdie, Paul Beauvy restait une quarantaine de centimètres court du trou, et demandait alors à son adversaire si le putt était donné. « J’ai cru qu’il avait dit oui, mais j’insiste bien sur le "j’ai cru". C’est un peu de ma faute, j’ai ramassé trop vite », explique-t-il. Confiant, il relevait alors sa balle, déclenchant la réaction d’un Jean Bekirian certifiant qu’il avait en réalité répondu « non ». La scène a pu ressembler brièvement à un incident, mais après la partie, les deux acteurs principaux étaient d’accord pour plaider l’erreur de compréhension. Toujours est-il que le trou était perdu séance tenante par Beauvy, qui n’était plus alors que 1 up.

Qu’à cela ne tienne, il repartait à la charge sur le 13, profitant, là encore, d’un bogey de Bekirian après une mise en jeu au milieu des peupliers de droite. Après notamment le partage du 14 au birdie, cet avantage de 2 up durait jusqu’au départ du 16.

Au 16, le missile salvateur de Bekirian

Sur ce court par 4 en dog-leg gauche, Jean Bekirian, qui avait perdu une balle sur ce même genre de tentative la veille, a expédié un drive tout droit vers le bord du green. Un coup très bien venu, dans un moment où l’obligation de tenter des choses avait fini de se transformer en obligation de les réussir. « Si je sortais ma balle, je rentrais à la maison », souligne-t-il.

Un bon chip et un putt plus tard, il récoltait le birdie tant attendu pour revenir à une longueur. Paul Beauvy n’avait pas dit son dernier mot pour autant. Le 17 et le 18 ont servi de cadre à une passe d’armes où chaque joueur a eu l’occasion de tuer l’affaire.

Sur le par 5 du 17, Paul Beauvy parvenait à caler son deuxième coup sur le fond du green, avec un drapeau à l’entrée. De son côté, Jean Bekirian, nettement plus près, tapait une canne de moins que nécessaire. « Je voulais la faire tomber juste devant le green, et j’ai cru qu’elle ferait la distance avec l’adrénaline », narre-t-il. Sauf que la balle tombait 15 m avant le green, sur une zone bien arrosée qui l’arrêtait presque immédiatement.

À son tour, Paul Beauvy commettait lui aussi une petite erreur, en laissant son premier putt dépasser allègrement le trou. « J’ai eu un petit saute de lucidité, concède-t-il. Au moment de taper, j’ai eu comme une absence, et j’ai mis une charge. » Après le deuxième putt manqué, la main repassait dans le camp Bekirian, mais lui aussi manquait une courte tentative de birdie pour revenir square.

Un ultime birdie pour arracher la prolongation

Le 18 s’est résumé à une histoire de putting beaucoup plus classique, après que les deux joueurs eurent déposé leur balle a quelques mètres à peine du mât. Classique certes, mais absolument fondamentale dans le dénouement du match, puisqu’après la tentative infructueuse de Beauvy, Bekirian envoyait le match en prolongation d’un putt impeccable et d’un poing rageur. « Je pense que mon autre sport, la boxe, m’a aidé à aller puiser les ressources tout au fond de moi-même », analyse-t-il.

Sur le 1, de nouveau, Paul Beauvy envoyait un premier putt très tonique depuis le bord du green. Après l’échec de Bekirian dans sa tentative de birdie, il loupait le putt de retour pour prolonger le match. Quelques secondes plus tard, Jean Bekirian se faisait soulever de terre par son père, à la joie encore plus expressive que celle de son fils.

Une petite heure plus tard, il montait sur la plus haute marche d’un podium inchangé par rapport à celui des qualifications, flanqué de Paul Beauvy et de Baptiste Labeyrie, qui a battu Hugo Ledouble lors de la finale pour la troisième place, 2&1.

« Si on m’avait dit avant le tournoi que je serais en finale, j’aurais signé tout de suite, relativisait Paul Beauvy après le protocole. Ça me donne totalement confiance pour la suite, d’autant que j’ai eu un moment compliqué jusqu’au grand prix de Chiberta. Depuis, je remets vraiment à jouer. »

« Sur ce championnat de France, j’ai eu la lune avec moi. Je me suis prouvé qu’il n’y avait pas de règle : j’avais perdu quatre matches en prolongation dans ma vie, et j’ai mis fin à la série. Je dédie cette victoire à mon entraîneur, Frédéric Fogeron, et à mon père. Sans lui, ce ne serait pas possible. Dans les huit derniers mois, ça a été difficile, et il a été là », livre Jean Bekirian, avant de rendre hommage à son dauphin : « L’an prochain, celui qui gagnera, ce sera lui. »


Par William LECOQ, à Bordeaux
31 juillet 2018