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Christophe Muniesa : « Le haut niveau français n'a jamais été en aussi bonne santé »

Le Directeur Technique National, Christophe Muniesa, revient sur l'année écoulée et ses nombreuses satisfactions qui auront vu l'éclosion de talents des deux côtés de l'Atlantique ainsi que la confirmation de la bonne forme du golf professionnel tricolore. Le tout les yeux rivés vers 2017.

Christophe Muniesa Directeur technique national fédération française de golf

Lors de votre bilan l'année passée, vous avez qualifié 2015 de prometteuse. Qu'en est-il de 2016 ?

Il y a un certain nombre de satisfactions et en même temps un goût d’inachevé car il y a beaucoup de signes très positifs que nous aimerions voir se confirmer. Pour citer des exemples, Karine Icher fait cette année la meilleure saison de sa carrière sur le LPGA Tour même si elle ne dépasse pas sa meilleure marque au classement mondial obtenue il y a trois ans. Alexander Levy gagne de nouveau sur le Tour européen et Romain Langasque fait une formidable transition amateur-pro.
Dans le même temps, nous éprouvons des difficultés à gagner au plus haut niveau. En 2016, il n’y pas eu de vainqueurs français lors des Majeurs (malgré les excellents résultats de l’été de Gregory BOURDY à l’US Open ou à l’USPGA), des Championnats du monde ou encore des Jeux Olympiques. Donc cela vient tempérer cet enthousiasme.
Après, chez les garçons comme chez les filles, il y a une vraie pépinière de joueuses et joueurs qui peuvent en 2017 faire parler d’eux au plus haut niveau. A commencer par ceux qui sont issus du Challenge Tour et qui montent sur le Tour européen (Romain Langasque, Joël Stalter, Damien Perrier et Matthieu Pavon ndlr). Côté féminin, il y a une forte densité de joueuses qui passent pro en fin d’année avec un réel potentiel. Et puis, sur une période de 24 à 36 mois, il va aussi y avoir des joueuses amateurs très fortes qui vont les imiter.
Il n’y a pas de quoi crier victoire bien sûr. Mais le golf français de haut niveau est en très bonne santé, comme il n’a jamais été dans son histoire. C’est enthousiasmant et encourageant car cela donne de l’espoir. Même si l’espoir ne fait pas tout.

« Les joueurs qui passent pro sont plus forts et mieux préparés »

Comment analyser la déception des cartes européennes malgré la forte présence tricolore en finale ?

Ce sont les deux faces d’une même pièce. Quand nous avons quatre joueurs qui passent par le Challenge Tour, cela veut dire que les meilleurs joueurs français qui avaient une chance de gagner leur carte la saison suivante ont réussi à le faire à travers leurs résultats tout au long de l’année sur le Challenge Tour. Donc même d’un point de vue statistique, ce n’est pas étonnant que nous ayons moins de joueurs que d’habitude qui passent à travers les cartes, bien que le contingent fût important.
Il faut vraiment regarder ces deux statistiques de manière globale et les agréger. Nous ne pouvons pas dissocier l’analyse de ces statistiques sachant que gagner sa carte sur le Challenge Tour est la voie royale par rapport aux cartes parce que vous avez une meilleure catégorie et plus d'opportunités de jeu.

Depuis quatre ans, douze Français ont accédé au Tour européen via le Challenge Tour avec de nombreuses victoires à la clé. A quoi est-dû ce succès croissant des Tricolores au sein de la deuxième division européenne ?

Le premier élément évident est que les Français sont plus forts quand ils passent pro qu’il y a plusieurs années. Et aussi mieux préparés. Tant par les dispositifs nationaux que par celui des facultés américaines qui préparent de manière performante les joueurs à tenter leur aventure sur les tours professionnels. Le travail est mieux en fait en amont, que ce soit dans les clubs, les CD ou dans les ligues, dans le suivi des collectifs France ou dans les pôles de haut niveau. C’est l’ensemble du dispositif qui a progressé. Le Challenge Tour étant un circuit "école", ils y sont compétitifs d’entrée.
Le deuxième élément est structurel. Grâce à notre forte présence historique sur le Challenge Tour, y compris dans l’organisation de tournoi, nous sommes en capacité de troquer des invitations avec d’autres pays qui donnent ainsi des opportunités de jeu aux joueurs français. D’un point de vue mécanique, les invitations sont proportionnelles au nombre de tournois que nous organisons.

« Créer les conditions du possible en mettant des moyens à disposition »

De l'autre côté de l'Atlantique, d'autres Français brillent à l'image de Paul Barjon, sorti d'université l'année dernière et qui, après une saison aboutie sur le Mackenzie Tour canadien, a décroché une catégorie partielle sur le Web.com Tour. Est-ce un exemple à suivre pour les joueurs inscrits dans les universités américaines ?

Nous avons toujours dit que nous devions avoir un pied de chaque côté de l’Atlantique, bien qu'il ne s'agisse pas d’ériger la participation des Français sur le circuit américain comme un dogme. Cela fait partie du champ des possibles et il n’y avait aucune raison valable de considérer que tous les Français devaient impérativement passer par la voie européenne pour accéder aux meilleures places mondiales qui reste l’objectif ultime. 
Nous nous sommes lancés dans ce dispositif US pour deux raisons. La première, sur un plan sportif, était de permettre à des joueurs français d’aller tenter leur chance sur le circuit américain. Puis, sur un plan culturel et éducatif, nous nous sommes rendu compte de l'existence d'une barrière psychologique, même auprès des très bons joueurs du circuit européen, quand venait la question de disputer des tournois sur le PGA Tour.
Même si les joueurs français universitaires souhaitent revenir en Europe après leurs études, c'est une bonne chose qu'ils aient vécu aux Etats-Unis car ils acquièrent un très bon niveau d'anglais et obtiennent un diplôme de bonne qualité. Malheureusement le suivi de ce type de cursus permettant de gérer un double projet "sportif et académique" n’est pas possible en France.
Et Paul Barjon symbolise parfaitement cela. Lui a fait le choix de rester outre-Atlantique et cela fonctionne très bien. C’est l’un des premiers Français à avoir ce type de trajectoire en passant par le tour canadien pour arriver en deuxième division américaine donc c’est extrêmement positif.

Afin de développer et renforcer cette filière universitaire américaine, faire appel à des " swing coachs " sur place est une nécessité ?

Nous agissons sur le principe d'inciter les joueurs à trouver un "swing coach". Selon les cas de figure, il peut s'agir d'une prise charge partielle ou totale. La démarche appartient exclusivement aux joueurs. La Fédération doit créer les conditions du possible en mettant des moyens à disposition mais nous ne sommes pas là pour imposer. Imposer un entraîneur à un joueur (qui ne l’aurait pas choisi lui-même) ne donne jamais de bons résultats…

Les fins de saison très réussies d'Alexander Levy, Victor Dubuisson, Romain Langasque ou encore Karine Icher ont suscité beaucoup d'espoir et d'enthousiasme.

Le fait qu’Alexander Levy, Victor Dubuisson et Karine Icher aient connu de bons résultats en fin de saison va, ipso facto, leur donner plus d’opportunités de jeu sur les gros tournois l’année prochaine donc c’est extrêmement positif.
Si nous regardons dans le rétroviseur, les deux premiers ont chacun eu des saisons difficiles à gérer et ce pour des raisons fondamentalement différentes. Victor a peut-être eu du mal à digérer son statut de star du golf français d'où ce besoin de prendre un petit peu de recul. Alexander lui s’est blessé dans la dernière ligne droite pour les Jeux. Nous leur souhaitons de faire une saison pleine au plus haut niveau l'an prochain. Sans oublier Romain Langasque dont l'année à venir est porteuse d’espoir puisqu’il va pouvoir disputer une saison pleine sur le Tour européen, d’autant qu’il a montré lors de la Coupe du monde que sa présence n'y est pas usurpée.

« 2018 se prépare en 2017 » 

Quatre mois après le retour du golf aux Jeux Olympiques, quel premier bilan faites-vous de Rio ?

Nous avons interrogé les joueurs, bien que nous ne sommes pas encore au bout du débriefing. Tokyo, c’est dans 4 ans, donc il n’y a pas lieu de confondre vitesse et précipitation. Pour cette première édition, nous avons un peu essuyé les plâtres, en étant un petit peu trop « bons élèves ». 
Nous avons suivi les recommandations pratiques du CIO et du CNOSF, qui en soi sont parfaitement valables. Mais elles nous ont amené, parce que tout est contingenté, à éclater le dispositif. Chez les garçons, les deux personnes que Julien Quesne et Grégory Bourdy avaient choisi d’emmener avec eux, n’étaient pas logées au même endroit. Les joueurs étaient au village olympique tandis que leurs préparateurs physiques bénéficiaient d’un dispositif d’hébergement distinct, avec en plus les innombrables problèmes de transport et d’accréditation. Donc c’était compliqué de se retrouver et de travailler dans de bonnes conditions. 
Pour Tokyo en 2020, nous allons vraisemblablement nous orienter vers un dispositif qui sera plus intégré, quand bien même les joueurs passeront du temps au village parce que cela fait partie de l’aventure olympique et contribue même à la motivation. Il faut que nous réussissions à créer une unité au sein du camp France qui nous a manqué cette année pour ces raisons logistiques. Les dames, qui logeaient la dernière semaine au village, ont eu à subir le décalage de calendrier avec bons nombres d’athlètes qui eux avaient fini leurs épreuves et donc faisaient la fête ou du bruit, tard dans la nuit. Un contexte qui a raccourci leur période de sommeil et de récupération, d’autant plus que les départs des deux premiers tours étaient très matinaux. Pour y remédier, nous agirons sur le dispositif pour les mettre dans les meilleures dispositions afin qu'elles réussissent en 2020.

Hormis la Solheim Cup chez les dames, nous rentrons dans une année creuse sans Jeux Olympiques ni Ryder Cup. 2017 ne risque-t-elle pas alors d'être, côté masculin, une saison de transition en vue de 2018 et de la Ryder Cup au Golf National ?

Je ne pense pas car les joueurs ont tous à cœur, pour ceux qui l’ont touché du doigt, de rentrer dans le top 50 mondial et de faire de très bonnes performances dès 2017. Donc je ne crains absolument pas une forme de démotivation ou de motivation peu intense l’année prochaine. Cela aurait pu être un risque s’ils étaient déjà dans le top 50 et assurés de jouer tous les gros tournois. Il va donc falloir qu’ils débutent la saison le couteau entre les dents. 2017-2018 est un cycle à part entière avec un vrai prolongement. 2018 se prépare en 2017.

Un message pour les licenciés et golfeurs ?

Je saisis l’occasion de cette belle fin d’année ponctuée de très bons résultats pour le golf français pour adresser aux joueurs de tous niveaux, hommes et femmes, quelle que soit leur catégorie d’âge, une formidable saison sportive 2017 et d’excellents résultats sur tous les fronts !


Par Pierre-François Yves
20 décembre 2016