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La politique sportive de haut niveau évolue

Lors d’une conférence de presse organisée ce jeudi, la Fédération Française de Golf a annoncé une évolution de sa politique sportive de haut niveau. Axée sur l’excellence, elle vise à faire grimper les joueurs professionnels français vers les sommets mondiaux.

La Fédération Française de Golf tenait ce jeudi une conférence de presse pour annoncer des changements en cours et à venir dans sa politique sportive de haut niveau. Intitulée sobrement « vers plus de performances », la conférence énonçait les moyens mis en place afin d’obtenir de meilleurs résultats dans les rangs des joueuses et joueurs professionnels français. Président du nouveau Comité de Performance voulu par Jean-Lou Charon, Président de la ffgolf, Pascal Grizot résume l’état des lieux établi par la ffgolf : « Depuis longtemps, notre ambition est de placer des Français parmi les meilleurs mondiaux. Certains y sont parvenus ponctuellement, mais jamais de façon pérenne. Le travail de la Fédération, amorcé dans les années 2000, a porté ses fruits avec d’importants succès de l’équipe de France amateur et un nombre en net croissance de joueurs membres du Tour européen et du LPGA Tour. Nous avons une densité, désormais nous souhaitons l’excellence. »

Un état des lieux encourageant

Depuis 2005, date à laquelle la Fédération française de golf a investi fortement le haut niveau, les résultats des golfeurs tricolores sont en net progrès. À commencer par l’élite du golf amateur représentée à merveille par l’équipe de France Messieurs, championne du monde en 2010, puis Championne d’Europe et lauréate de la Nations Coup l’année suivante. Chez les dames comme chez les messieurs, la France a ces dernières années compté un numéro 1 mondial amateur (Céline Boutier et Victor Dubuisson). Du côté des joueurs professionnels, l’évolution a elle aussi été positive avec 62 succès sur les principaux circuit européens. Depuis 2006, la France compte en moyenne treize représentants ayant une catégorie pleine sur le Tour européen chaque année (contre 9 entre 2000 et 2005). En 2018, cinq de nos joueuses évoluent même à temps plein sur le LPGA Tour, contre deux en 2006. L’année 2014 fut la plus belle avec la présence de Victor Dubuisson, 17e au classement mondial, dans l’équipe européenne de Ryder Cup, et les résultats probants de Karine Icher aux Etats-Unis.

« Nous voulons avoir des joueurs dans le Top 30 mondial »

Malgré ces progrès, le golf tricolore « se heurte à un plafond de verre que nous n’arrivons pas encore à briser, » selon Maitena Alsuguren, directrice technique nationale adjointe. Concrètement, les Bleus ne sont pas assez présents dans les plus grands rendez-vous planétaires, que ce soit en terme de nombre ou de résultats. C’est pour remédier à cela qu’a été créé le Comité de Performance de la ffgolf, afin de lancer cette nouvelle politique sportive de haut niveau. Elle ne remettra pas fondamentalement en cause le travail effectué depuis 2005. Conformément à ses convictions, la ffgolf continuera d’accompagner les meilleurs espoirs tricolores, mais n’aidera que les joueuses et joueurs partageant son ambition. « Nous voulons avoir des joueurs dans le Top 30 mondial, affirme Pascal Grizot. Nous apporterons toute notre aide à ceux qui ont cette volonté et la capacité d’y parvenir. » En pratique, la Fédération concentrera son soutien aux joueurs deux ans avant leur passage chez les professionnels et trois après afin de faciliter la délicate transition amateur-pro. Les principaux intéressés devront présenter leur projet individuel qui sera validé et dont l’application sera ensuite contrôlée par la Fédération avec l’aide d’experts que sont Patricia Meunier-Lebouc, Gwladys Nocera et Thomas Levet.

Un rôle de transmission pour les anciens

Ces anciens champions auront pour rôle de partager leur expérience, de délivrer des messages forts afin de faire gagner du temps aux jeunes joueurs. « Au début de notre carrière, nous n’avions pas de référence sur le circuit, explique Thomas Levet. Gagner un tournoi, cela n’existait pas à l’époque. Nous avons mis des années pour apprendre à le faire. On peut aider les plus jeunes à franchir plus vite ces obstacles en transmettant nos connaissances et en utilisant notre réseau. » Depuis deux ans, Patricia Meunier-Lebouc suit les joueuses françaises lors de tournois en France ou aux Etats-Unis. Elle a été rejointe depuis peu par Gwladys Nocera. La toute jeune retraitée a déjà entamé son travail avec les jeunes proettes françaises au Golf National ou lors de la Lalla Meryem Cup, et le poursuivra lors d’un stage avec l’équipe de France girls à Évian à la fin du mois. Thomas Levet entamera lui sa mission auprès des hommes dès la semaine prochaine et participera également à des stages à l’automne.

Le sextuple vainqueur sur le Tour européen aura aussi la mission d’aider à établir une base française aux Etats-Unis, un site d’accueil intégrant hébergement, un réseau de coachs et d’experts et des partenariats avec les parcours locaux. Les Etats-Unis sont en effet une des cibles de la Fédération. « Pour être parmi les meilleurs mondiaux, il faut jouer là-bas, » confirme Maitena Alsuguren. La ffgolf, qui souhaite renforcer la filière universitaire américaine, espère aussi réduire le réflexe territorial, cette tentation pour les jeunes formés aux Etats-Unis de rentrer en Europe pour effectuer leur passage pro en comptant sur le soutien fédéral. L’une des habitudes que le nouveau Comité de performance souhaite bousculer pour voir les joueurs français atteindre le plus haut niveau.

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Le mot des experts :

Gwladys Nocera : « Je suis ravie d’aider les filles. Je souhaite faire passer un message aux jeunes joueuses. Leur dire qu’elles doivent avoir un projet clair et l’envie de faire quelque chose et de savoir pourquoi elles le font. Toutes les joueuses que j’ai rencontrées sont volontaires, travailleuses, mais il manque parfois un petit quelque chose. Elles ne se demandent parfois pas assez : « pourquoi je fais ça et où vais-je ? » J’essaie de leur dire d’être plus conscientes de ce qu’elles veulent et de s’investir à fond dans le jeu. Il faut avoir une envie débordante sur chaque coup. »

Thomas Levet : « J’ai pu constater chez certains joueurs qu’il n’y avait pas de projet s’appuyant sur des objectifs clairs. Certains passent pro pour passer pro, sans savoir où ils vont. Nous pouvons les aider car au fil de notre carrière, nous avons appris à franchir des obstacles, à nous organiser, à choisir un caddie, à gérer une blessure, à trouver qui aller voir… Il nous manque des joueurs sur le PGA Tour. Nous sommes une nation forte en Europe, mais aux Etats-Unis ils ne nous connaissent pas. Avec un joueur pour commencer, je suis sûr que cela lancerait le mouvement, comme Greg Norman a pu le faire pour l’Australie à l’époque. »


Par Sébastien CACHARD-BERGER
17 mai 2018