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Maïtena Alsuguren : « les curseurs sont au vert »

A la veille du dernier tournoi amateur de l'année en Floride, la Directrice Technique Nationale en charge du haut niveau, Maïtena Alsuguren, dresse le bilan sportif de la saison écoulée et trace les axes de la nouvelle stratégie fédérale pour le golf amateur en 2017.

Quel bilan global tirez-vous de la saison amateur tricolore ?

2016 restera une année mi-figue mi-raisin. C’est à l’image des résultats par équipes avec une énorme satisfaction sur la médaille d’or des Boys au Championnat d’Europe et forcément la déception sur la campagne des Championnats du Monde.
Dans nos objectifs, l’idée de base est de toujours repartir avec une médaille qu’importe la couleur donc de ce point de vue-là l’objectif est atteint. Même s’il y a un peu de frustration sur notre équipe messieurs à Chantilly, première de la qualification mais éliminée dès le premier tour des match play, un scénario connu lors des Championnats d’Europe.
Pour les Championnats du monde, le bilan individuel est insuffisant. Nous sommes en train d’en tirer les enseignements au moment même où nous faisons un bilan sur les quatre dernières années et devons réécrire notre « projet de performance fédérale », figure de style imposée par le Ministère.

Quels sont ces premiers enseignements ?

Ces contre-performances au Mexique mettent en lumière ce que nous pressentions depuis deux ans. Nous sommes à une année charnière où nous devons encore mieux appréhender la façon dont nos joueurs et nos joueuses sont organisés et se préparent, avec de plus en plus de projets individuels complexes à gérer et avec des objectifs forts sur leur carrière professionnelle en toute logique. 
Nous devons bien le prendre en considération dans le cadre des équipes de France, travailler de manière étroite avec les joueurs et joueuses pour les accompagner et fixer des objectifs partagés.

Sur les dix meilleurs Français, six sont passés pro chez les messieurs tandis que Céline Boutier a fait de même chez les dames. Sommes-nous en train de passer à une nouvelle génération de golfeurs de haut niveau ?

Nous sommes clairement dans le creux de la vague générationnelle chez les filles mais nous sommes très enthousiastes sur celles qui arrivent telles que Lucie Malchirand, Candice Mahé ou Mathilde Claisse pour ne citer qu’elles et qui risquent de rejoindre rapidement Mathilda Cappeliez , Agathe Laisné et Pauline Roussin Bouchard dans le haut des classements mondiaux amateurs.
Il faut aussi mettre cela en perspective de nos très bons résultats chez les jeunes pros dont quatre garçons montent sur le Tour européen et six filles sur le LET. Cela fait certes des atouts en moins pour l’équipe de France mais c’est une bonne chose et il faut l’accepter. Si nous prônons une stratégie d’avoir des joueurs et joueuses dans le top 50 mondial, il faut savoir privilégier le passage pro de nos talents. On reconstruit alors une nouvelle génération derrière.

« La transition amateur-pro doit être une continuité » 

Romain Langasque, de par sa transition amateur-pro réussie, et Mathilda Cappeliez, à nouveau demi-finaliste de l’US Women’s Amateur, sont-ils des exemples de cette stratégie ?

Romain a intégré le Pôle Espoir en 4ème donc il est le fruit d’un dispositif fédéral qui fonctionne. Après, nous avons su ensemble aménager la dernière année avant son passage pro où il bénéficiait du Pôle France en ressource et nous avions anticipé le fait qu’il voulait s’entraîner avec Benoît Ducoulombier (entraîneur fédéral ndlr).
Mathilda a également un projet individuel fort que nous accompagnions déjà depuis plusieurs saisons. Elle a effectué en septembre sa rentrée dans une université américaine ce qui a modifié significativement son rythme de travail. Un changement que nous n’avons certainement pas suffisamment anticipé pour les Mondiaux avec elle et qu’il faudra mieux faire à l’avenir. Dans un contexte différent de Romain, c’est aussi un exemple des projets que nous souhaitons accompagner .

L’année 2016 reste néanmoins marquée par de nombreuses performances tricolores.

Nous avons envie de regarder la bouteille à moitié pleine évidemment. De nombreux curseurs sont au vert. Il y a la médaille de bronze à l’Evian Juniors Cup et auparavant les deux en début d’année lors de la Coupe d’Europe des Nations. Vous avez aussi Adrien Pendaries qui dispute la demi-finale du British Boys puis est sélectionné en Junior Ryder Cup aux côtés de Pauline Roussin-Bouchard. Sans oublier nos deux joueurs, Antoine Rozner et Robin Sciot-Siegrist, appelés pour l’Arnold Palmer Cup.
Il faut d’abord analyser ces résultats en tant que tels mais aussi ne plus stigmatiser sur la transition amateur-pro qui doit devenir une continuité à l’image de Romain Langasque. Avec lui, nous avons fait le choix de faciliter son passage chez les pros quitte à s’en priver pour les Championnats du monde. Et nous avons eu raison.

« L'équipe de France forge un golfeur » 

Faut-il alors traiter les joueurs au cas par cas ou insister sur la dynamique des collectifs en y appuyant les projets individuels ?

Nous encourageons les joueurs à aller vers l’équipe de France car nous pensons qu’il s’agit d’une expérience importante qui construit non seulement un palmarès mais aussi le joueur ou la joueuse. Cela crée de la confiance car ils se frottent aux meilleurs joueurs du monde à l’instar de Victor Dubuisson qui a affronté à maintes reprises Rory McIlroy lors des Championnats d’Europe.
Donc cette expérience de la sélection doit exister même si elle est plus courte que par le passé. Il n’y a plus aujourd’hui de joueurs ou de joueuses qui vont faire trois campagnes de Championnat du monde comme cela pouvait être le cas auparavant. Les trajectoires sont désormais beaucoup plus rapides ce qui fait que le pilier d’aujourd’hui n’est plus celui demain car il est déjà passé pro.
Malgré ce paramètre, nous souhaitons mobiliser les jeunes avec l’équipe de France pour créer cette identité qui est propre à la sélection et générer ses valeurs, indispensable au parcours d’un sportif et d’un golfeur. C’est pourquoi nous faisons cela dès le plus jeune âge via les collectifs avec les U14 par exemple. Pour autant, il y a aussi des individualités qu’il faut savoir gérer de manière adaptée tout en respectant le groupe. Cela veut dire qu’ils joueront en équipe de France mais auront un programme sur mesure à un moment ou à un autre.

Cela est-il plus facile à mettre en place au sein des filières fédérales (Pôles et facultés US) que sur des cellules extérieures ?

Cela génère un peu de complexité quand les joueurs sont un peu plus éloignés physiquement. Ces individualités-là ont aussi besoin de s’exprimer en dehors du groupe. Donc l’enjeu est de parvenir à fédérer tous ces joueurs. Romain Langasque et Victor Dubuisson ont autant performé avec l’équipe de France qu’ils ont apprécié d’y être. Leur deuxième place en équipes à la Coupe du monde n’est en cela pas anodine.

La filière des universités américaines est au beau fixe avec plus de 80 joueurs et joueuses sur le sol américain, de nombreuses victoires françaises lors des championnats universitaires ainsi que la médaille d’or au Championnat du monde à Brive. Que faudrait-il faire pour la renforcer davantage ?

Nous sommes en train d’évaluer à l’heure actuelle le bénéfice du système et ses limites. La seule limite, comme en attestent certaines trajectoires bonnes ou moins bonnes, est que le renforcement doit passer par l’accès à un réseau d’intervenants ressources, de type « swing coach », sur lesquelles les joueurs français vont pouvoir s’appuyer sachant que leur référent en université ne sont pas des « swing coachs ».
Quand nous parlons de renforcement, il s’agit de mieux structurer ces ressources pour que les joueurs ne soient pas perdus à un moment de leurs études aux Etats-Unis. Le bénéfice de l’université américaine est celui d’offrir un système compétitif où vous jouez régulièrement. Mais les Français, tout comme les étrangers, ne rentrent pas régulièrement chez eux comme les Américains pour aller voir leur « swing coach ». Donc il faut que nous essayions d’identifier un réseau de correspondants vers lesquelles ils vont pouvoir se tourner, en qui nous avons confiance, que nous avons vu travailler et qui vont pouvoir accompagner les joueurs sur le plan technique.
Cela sera plus facile que de faire déplacer un entraîneur français plusieurs fois sur l’année. Nous devons gagner en efficacité. Encore plus si nous souhaitons que les joueurs restent sur place et puissent profiter d’un réseau d’intervenants en qui ils ont confiance et qui leur permettent de progresser. Des visites d’entraîneurs fédéraux sont bien sûr prévues et les stages de fin d’année comme celui de Thanksgiving sont maintenus. Patricia Meunier-Lebouc est également présente sur place pour la filière féminine.
Après, la « filière US » n’est pas adaptée à tous les profils et c’est pourquoi nous pouvons parfois la déconseiller. Pour Alexander Levy, Perrine Delacour ou Romain Langasque par exemple, leur choix de ne pas aller en faculté américaine nous a semblé adapté.

« Faire des Pôles des plateformes ressources et centres d'expertise » 

Face au développement croissant de cellules individuelles, comment vont s’adapter les structures collectives des Pôles ?

Comme je disais précédemment, nous avons beaucoup plus de jeunes qui se structurent dans des cellules individuelles, ce qui est une bonne chose.  Si un jeune de 13 ans s’organise de manière à s’entraîner en qualité et en quantité en appréhendant tous les facteurs de la performance et qu’il y arrive en local près de chez lui, il y sera plus épanoui en terme d’équilibre que loin de chez lui.
La raison de la mise en place des Pôles était de créer un standard sur l’entraînement et la préparation au « sport golf » car le golf est un sport où on s’entraîne comme dans toutes les autres disciplines. De nos jours, les jeunes se comparent avec ceux des Pôles et tentent de s’organiser individuellement sous le même modèle, ce qui ne peut être que bénéfique.
Dans notre recrutement, nous cherchons évidemment un niveau sportif minimum. Nous avons de très bons joueurs mais nous ne les avons pas forcément tous ou à certaines étapes seulement de leur parcours, ce qui n’est pas un problème. Nous voulons maintenir cette organisation car elle donne le ton. C’est pourquoi nous voudrions nous appuyer sur les structures des Pôles pour en faire des plateformes ressources et centres d’expertise. L’idée est de développer des cellules puissance et putting à l’intérieur desquelles joueurs ou joueuses viendraient prendre de l’expertise qu’ils soient en structure ou pas. Cela apporterait une vraie valeur ajoutée pour ceux qui y sont mais proposerait aussi à ceux de l’extérieur des sessions d’expertise sur des sujets spécifiques. Des sujets que nous avons identifiés comme étant nos futurs points d’amélioration par rapport à ce que nous avons observé au très haut niveau.

En amont de ses structures, quel rôle joue la Fédération auprès des écoles de golf ?

Un travail a été fait sur la notion des labels par la Commission Jeunes. Une volonté par ailleurs existe de rendre plus ludique les écoles de golf. Un premier travail a été réalisé par un groupe composé de cadres techniques, sur l’élaboration d’un support pédagogique en collaboration avec la PGA France. Nous souhaitons améliorer la qualité de l’apprentissage dans les écoles de golf pour que les enfants reçoivent les bons messages et que les entraîneurs soient en phase avec les messages que nous voulons délivrer pour les enfants qui veulent faire du haut niveau. Même s’ils n’en feront pas tous, nous pensons que nous parviendrons dans tous les cas à mieux les fidéliser avec une dimension plus ludique car les enfants sont courtisés par d’autres disciplines.

Depuis deux ans, les animations tournées vers les jeunes et notamment les Grands Prix Jeunes rencontrent un fort succès et sont en plein essor.

Les jeunes sont à bloc ! Nous allons avoir en 2017 plus d’une quarantaine de Grand Prix Jeunes bien qu’il faudra réguler le système à un moment donné. Nous pensons que cela va contribuer à la préparation de la suite. Mais il faut être vigilant aussi à ce que les jeunes ne s’engagent pas trop tôt dans un système compétitif car le golf ne s’arrête pas à 30 ans.
Cela nous permet certes d’identifier des potentialités mais il faut rester prudent sur la caricature du « jeune champion ». Il serait contre-productif d’avoir des championnats pour les moins de 9 ans par exemple. S’inscrire dans un cercle compétitif très tôt ne serait pas pertinent surtout pour une discipline où vous pouvez, en pratique, jouer très tard.


Par Propos recueillis par Pierre-François Yves
26 décembre 2016