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Hubert Chesneau visionnaire avant tout (III)

A l’occasion des 25 ans de l’inauguration du Golf National (le 5 octobre 1990), nous avons demandé à Hubert Chesneau, son architecte, de revenir sur la genèse d’un projet particulièrement ambitieux.

Celui qui fut un bon joueur de golf, arbitre, capitaine des Équipes de France (1975- 79),  président de la Commission Sportive de la ffgolf (jusqu’en 1984), puis directeur général de la ffgolf (jusqu’en 2006), nous parle de l’Albatros, comme l’œuvre ayant couronné l’ensemble d’une carrière (presque) entièrement dédiée au golf.
Avec son franc-parler et son sens de l’anecdote, il nous invite à revisiter le parcours à ses côtés, depuis la naissance d’un rêve - son rêve et celui de Claude Roger Cartier (Président de la ffgolf de 1981 à 1997) -  jusqu’au couronnement de cette folle entreprise, par l’attribution de la Ryder Cup 2018 à la France, sur le Golf National.    
Un témoignage, haut en couleur, en trois parties.

Troisième  partie

«  Le Golf National, c’est un peu l’œuvre de ma vie, donc j’y tiens un peu plus que d’autres. »

Avant le premier Open de France, vous aviez fait une petite inauguration avec Greg Norman. Vous souvenez- vous de ce qu’il avait dit à propose du parcours?
Oui, oui, je me souviens très bien. Greg avait trouvé le parcours amusant, il avait dit que c’était un beau parcours mais il était en exhibition et n’avait donc pas tout à fait la même pression qu’en tournoi. Il m’avait cependant fait un reproche en me glissant après les premiers 18 trous que le 17 était trop long et qu’il n’y avait « pas de parcours où il ne pouvait attraper  le green en 2 ». Il faut dire qu’il y avait un très fort vent dans le nez. Je lui ai dit : «  Greg, selon moi, à votre niveau, il faut regarder le 17 ET le 18. Quand vous avez le vent dans le nez au 17, vous l’aurez dans le dos au 18, et le total des deux (à l’époque par 4 & 5) ça devrait faire 8 au maximum ». Coup de chance, le lendemain le vent avait tourné de 180°, Greg avait bien entendu pris le 17, mais au 18, il n’avait même pas tenté le green en 2, et avec un bel éclat de rire, en sortant du green, m’avait dit: « OK, ça marche, on est d’accord ». Ce n’est qu’une petite anecdote, mais cet échange est resté bien frais dans ma mémoire.

Assistez-vous tous les ans à l’Open de France ?
Oui, presque tous les ans. Depuis que j’ai quitté la ffgolf  il y a maintenant 8 ou 9 ans, je n’y viens plus systématiquement, mais ça m’a permis, en tous cas les deux premières années, de voir enfin ce que je n’avais jamais vu en direct : l’Open à la télévision. Et c’est très instructif, il y a des angles de caméra qui obligent à changer l’arrière-plan par exemple, il y a toujours des tas d’améliorations à faire. Certaines choses ont ét changées, on en modifiera certainement d’autres pour qu’il n’y ait pas de « pollution » d’arrière plan amplifiée par les télé-objectifs. Quand on est sur le terrain, on ne les voit pas forcement. 

Quand le spectateur se ballade d’un point A à un point B, de B en C, etc. avez-vous identifié son itinéraire? Est-il toujours à l’aise dans ce qu’il a envie de faire ou de voir ? Ou bien avez-vous remarqué des moments de difficulté que l’on pourrait lui éviter, à l’avenir ?
Il y a toujours des choses à rectifier, on en rectifiera encore et encore, c’est sans fin. Un chemin montant-descendant tout le temps et surtout avec une pente en travers, c’est fatiguant. Le spectateur n’est pas un « dahu » (rire) ! Et il y a des endroits où il faudrait qu’on établisse des cheminements engazonnés, plus larges et un peu plus horizontaux en travers. Il y a des endroits où il faut les rapprocher des joueurs ou au contraire, les en éloigner un petit peu. Il y a aussi des choses qui ont beaucoup changé. J’avais planté beaucoup de genets dès l’origine. L’Open de France ayant lieu au mois de juin/juillet, c’était assez joli : les genets étaient en fleurs. Mais là pour les 70 000 spectateurs attendus, on a enlevé pratiquement les trois quarts des genets qu’on avait plantés. Ils avaient un peu vieilli, ils étaient très hauts et cachaient la visibilité, ce que nous n’avions pas prévu dans les objectifs originaux. Tout ça, ça évolue, ce n’est jamais figé.

Vous trouvez que votre « bébé » est devenu un bel adolescent et que l’adolescent est aujourd’hui un beau jeune homme ?
Oui, je pense que, comme un bon vin, un parcours de golf doit se faire un peu en vieillissant. C’est vivant un golf, ne serait-ce que par les joueurs, leurs techniques et leurs capacités qui augmentent d’année en année, amateurs ou pros. Les parcours sont devenus très courts pour eux maintenant, ils tapent des balles à 290 mètres, alors qu’à l’époque, ils arrivaient à peine à 250 mètres.

Ça vous ne pouviez pas le prévoir ?
Non, pas autant, et cela oblige à modifier les choses, à allonger quelques trous. Le 18 est devenu un par 4 et ce n’est pas fini. A un moment donné, on est limité par les clôtures, c’est le problème, alors il faut trouver d’autres astuces pour compliquer un peu le jeu.

Etes-vous toujours maître à bord ?
C’est un bien grand mot... L’Open, la Ryder, les Championnats, le Golf National  c’est le gros bateau de la ffgolf. Le parcours est l’un des ses « ponts ». J’en suis l’architecte toujours vivant et usage et déontologie veulent qu’en pareil cas on le consulte pour des modifications. La ffgolf m’interroge sur les améliorations à venir, que bien sur, nous échangeons avec le Tour, Alejandro Reyes, l’intendant de terrain et quelques joueurs potentiels ou déjà expérimentés dont la plupart souhaiteraient d’ailleurs que l’on ne change rien ! Et puis, le Golf National, c’est un peu l’œuvre de ma vie donc j’y tiens un peu plus que d’autres.

Oui, c’est vraiment l’œuvre de votre vie ?
En tous cas dans ce domaine, oui. J’étais architecte bâtiment et, dans le domaine du golf, c’est en effet, sans aucun doute, l’œuvre de ma vie, d’autant plus l’œuvre de ma vie qu’à partir du moment où je suis devenu Directeur de la fédération, j’ai arrêté toute architecture de golf parce que je ne voulais pas que l’on me reproche ma position dans la fédération et les  « affaires ». Donc j’ai cessé de faire de l’architecture de golf. Il n’y a rien eu après le Golf National.

Alors, ça doit être très émouvant pour vous, à chaque fois que revient l’Open de France et tout son « barnum »?
Ah oui ! J’ai toujours un pincement au cœur au premier drive du jeudi matin.

« Quand j’ai amené Robert Von Hagge, sur le terrain la première fois, il a eu un choc : « Tu voudrais faire jouer un Open là-dessus ! ! »

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec le très fameux architecte, Robert Von Hagge. Elle a fait couler beaucoup d’encre…
De l’encre certainement mais un peu trop sans fondement solide. Quand j’ai lancé et étudié le projet, j’ai souhaité pouvoir profiter d’un œil frais et compétent pendant son élaboration et le chantier. Je connaissais Bob Von Hagge, qui après les Bordes, réalisait Seignosse et souhait développer son activité en France. Je lui ai demandé d’être consultant sur le projet du Golf National ce qu’il a accepté. Pas de problème, sauf que… quand je lui ai montré le terrain encore nu il a été surpris: « Tu voudrais faire jouer un Open là-dessus ! » m’a-t-il dit. Mais si, moi j’avais mon idée : les camions, les terrassements, la mise en forme… Il a tout de même accepté de m’aider et nous avons échangé les premiers croquis, il est passé plusieurs fois pendant le chantier pour me conseiller sur des mises en forme. Et puis quand le terrain a commencé à avoir un peu de succès, avec le premier Open et ceux qui ont suivi, on a eu un peu tendance à me « débarquer ». Il a été dit dans tout un tas de publications, que l’Albatros était une oeuvre de Von Hagge. Mon nom a même disparu de certains écrits, ici ou ailleurs. Les choses ont été mises au point avec Bob : « D’accord, on en reste là, comme c’était prévu à l’origine. ». 
Mon Maitre d’ouvrage (la ffgolf), les entreprises, ceux qui ont suivi la naissance et mes proches savent. C’est le principal et aujourd’hui l’important c’est l’Open de France, la Ryder, peut être les JO et beaucoup d’autres évènements sur le Golf National de la Fédération.

Revenons sur le parcours, et parlons des tribunes. Vous n’aimez pas du tout les trous entourés de tribunes démontables ? Pour quelles raisons, car parfois, ça rend de superbes ambiances quand même…
Oui, ça crée une ambiance, mais vous pouvez avoir une très belle ambiance aussi sans gradins. Cela dit il ne faut pas être excessif, on peut faire les deux. Au 18, par exemple, il y en aura surement un jour d’importantes, mais pour l’Open ou d’autres épreuves. On pourrait les estimer moins nécessaires pour la Ryder Cup …

Ca peut se finir avant, en effet…
Je me suis amusé à faire les statistiques depuis la création de la Ryder Cup : il n’y a qu’entre 32 et 46% des parties qui vont jusqu’au 18. Mais on pourrait faire des tribunes autour du 15, du 16, dans ces coins-là, ça oui. Avec de l’ambiance, avec tout ce qu’il faut. C’était aussi un peu l’objectif, d’essayer de terminer par ce cirque final, où au départ du 15 tout peut encore arriver.
Je profite de l’occasion pour préciser qu’on ne peut pas parler de l’Amen corner du National au trou n°15. L’Amen Corner, c’est à Augusta. Les quatre derniers trous de l’Albatros forment ce que j’ai appelé le Tribunal. Quand j’ai ouvert le parcours, j’ai donné u nom à tous les trous, un peu comme sur les vieux  parcours écossais. Le 15 est « le juge », le 16 « l’appel », le 17 « le verdict » et le 18 « la Foule ». Le 14 n’est pas un de ces derniers trous, mais c’est le seul que j’ai adapté aux circonstances. Je l’ai appelé « Les collines de Colin », puisque c’est là que Colin Montgomerie a gagné l’Open en 2000, en faisant 3 sur ce trou 14. Ceux qui connaissent l’histoire de l’Open savent pourquoi ce trou s’appelle ainsi et c’est pour moi une manière de partager ce clin d’œil avec eux.

Dominique Bonnot


Par Dominique Bonnot
1 juillet 2015