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Exposition virtuelle 18 - les légendes du golf : éternel Bobby JONES

Dans le cadre de l’exposition virtuelle Tiger Woods, 18, les légendes du Golf, présentée depuis le 24 avril dernier, un hommage est rendu ce weekend à Bobby Jones, l’homme du Grand Chelem réalisé en 1930. Parmi les personnalités qui ont inspiré le jeune Tiger, le Mozart du golf figure sans nul doute en tête.

Exposition virtuelle 18 - les légendes du golf : éternel Bobby JONES
« J’ai toujours joué là où ma balle était posée » : Bobby Jones. Bobby Jones & Oscar Keeler 1930. DR

Après sa victoire inespérée le 23 septembre 2018, sur les fairways somptueux d’East Lake Golf Club, Tiger Woods reçut la réplique de son fameux putter, le « Calamity Jane ». Pour la nouvelle génération de golfeurs en France, Bobby Jones incarne les valeurs de ce sport. Que celle-ci ne puisse jamais l’oublier… 

Robert Tyres Jones Jr nait à 7h35 le 17 mars 1902, jour de la Saint Patrick, au sein d’une famille aisée d’Atlanta.  Le futur prodige commence la pratique du golf sous les encouragements de son père, surnommé le Colonel par les membres d’East Lake Golf Club dont le parcours borde la maison familiale. Son fils souffre d’allergies. Son estomac est si fragile que les médecins ont annoncé à Clara Jones : « chaque jour de plus sur cette terre est un miracle. »

Le patriarche voit dans la pratique du golf une occasion pour son fils de se refaire une santé. L’un des plus talentueux enseignants au monde (dixit Butch Harmon et David Leadbetter), Stewart Maiden, fabrique une demi-série pour cet enfant souffreteux, aux yeux bleu-gris, qui semble ne s’épanouir que sur les fairways.

A six ans, il remporte son premier tournoi. A onze ans, il joue 80 sur ce parcours de 6500 yards. Ses drives atteignent 250 yards. Sa priorité absolue est de ne jamais faire trois putts.

En 1916, il participe à l’US Amateurs puis remporte le Georgia Amateurs. Dans ses colonnes, la presse cite l’extraordinaire qualité de son jeu mais également son caractère coléreux.

En 1921, à 19 ans, il se rend sur les terres venteuses de Saint Andrews pour disputer le 56e Open Britannique. Au practice, il fait la rencontre de Walter Hagen, de Ted Ray, de George Ducan, du français Arnaud Massy et de Percer Aliss. Face aux éléments naturels et à la cruauté des bunkers, le jeune américain finit par déchirer sa carte puis s’effondre en larmes sur le lit de sa chambre d’hôtel. Harry Vardon frappe à sa porte : « Quoique vous fassiez dans votre vie, n’abandonnez pas le golf… »

Au cours de ce même été, après avoir balancé de rage son fer, il blesse un spectateur. Cette fois, le président de l’USPA lui adresse un courrier officiel lui exigeant une conduite irréprochable « Sinon les portes des prochaines compétitions amateurs vous seront closes. Vous devez contrôler vos nerfs. » Jones retient la leçon. 

En 1923, il remporte son premier Majeur lors de la 27e édition de l’US Amateurs. On lui propose de passer professionnel, il refuse poliment : « Amator en latin signifie l’amour. J’aime ce sport pour ce qu’il représente et ne veux pas jouer au golf pour le moindre dollar. »

Il a à sa coupe l’un des journalistes les plus influents de la presse sportive. Oscar Bane Keeler. Ensemble, ils parcourront 150 000 miles. Il est de ceux à savoir que le champion perd jusqu’à six kilos par tournoi, qu’il souffre de varices profondes gâchant un sommeil réparateur. Qu’il lui est interdit de manger une longue série d’aliments au risque de vomir et que ses nerfs sont à vif avant chaque départ.

Le 17 juin 1924, Jones épouse la ravissante Mary Malone Rice qui lui donnera trois enfants : Clara, Robert Tyre III et Mary Ellen.

Hors des fairways, il se distingue dans ses études. Il obtient un diplôme de génie mécanique et à Harvard réussit l’examen de littérature britannique. Après seulement une année de droit, il décroche le barreau rejoignant le cabinet familial qui défend entre autres les intérêts de la firme Coca Cola.

En 1925, à deux doigts de remporter l’US Open, il s’inflige une pénalité en déclarant aux arbitres que sa balle a bougé en se mettant à l’adresse. « En êtes-vous sûr Mr Jones ? ». « Bien sûr. ». Les arbitres saluent son honnêteté. « Il n’y a pour moi aucune autre façon de jouer à ce jeu … »  Le soir, Walter Hagen lui offre des boutons de manchette, « en l’honneur de notre amitié. »

En 1930, Jones les porte lors de sa tentative de signer un Grand Chelem et décroche les quatre Majeurs de la saison. Exploit unique. La ville de New-York est à ses pieds, comme elle l’a été pour l’aviateur Charles Lindbergh. Emu, le maire l’accueille sous la clameur des dizaines de milliers de new-yorkais : « Le plus mauvais golfeur du monde reçoit le meilleur du monde ».  En pleine dépression depuis le crash de 1929, l’Amérique, se cherchait une raison de croire encore à son rêve. Bobby Jones a répondu à ses espoirs.

Mais la fête dure peu. Quelques semaines plus tard, il déclare qu’il ne participera désormais plus à aucune autre compétition : « Je vais consacrer du temps à ma famille, à mon métier d’avocat et à Dieu ».

La gueule de bois, le pays pleure son absence sur les tournois. Le président des Etats-Unis, Franklin D Roosevelt, est désespéré. Malgré leur immense complicité, Walter Hagen ne parvient pas à le raisonner.

Quant à Oscar Bane Keeler, lui, n’insiste pas. Il connaît la vérité de cet adieu.

Son fils spirituel est atteint de la Syringomyélie. Six médecins ont été formels : il finira ses jours en chaise roulante et ne célébrera sans doute pas ses 50 ans. Apprenant le diagnostic, refusant que son humour se perde dans le dégout de l’injustice,  son protégé avait tiré sur l’une de ses nombreuses cigarettes : « Ah quoi bon se tourmenter Oscar, il nous reste du bon temps non ? »

Jones a en effet un projet : celui de bâtir son propre golf.

Il s’associe pour cela avec l’habile banquier de l’Iowa, Clifford Roberts, et obtient pour 70 000 dollars le titre de propriété d’une ancienne pépinière située à Augusta. Il propose à Alister MacKenzie de concevoir le dessin des 18 trous. Ce dernier, dépassé par ses nombreuses commandes à l’étranger, ne peut se résoudre cependant à dire non à Bobby Jones. Le parcours d’Augusta National Golf Club voit ainsi le jour

En 1934, Jones créé le Tournoi des Maîtres qui sera rapidement le Majeur incontournable de la saison professionnelle. Il insiste pour que les amateurs aient un dortoir sur place à leur disposition, à chacune des éditions.  Le Nid des Corbeaux évoque aussitôt le St Graal pour les meilleurs d’entre eux.

Invité officiellement par le Comité des Jeux Olympiques, Jones se doit de se rendre à Berlin le 1er août 1936. Comme tant d’autres, il assiste, impuissant, à une démonstration inappropriée du régime nazi.  

Avant de retourner à Atlanta, il fait escale à Saint Andrews et prie son caddie local de lui réserver un départ. « Très tôt s’il vous plait. Je ne veux pas qu’ils me voient ainsi… ». Ses mains tremblent désormais, ses jambes lui font déjà défaut. Le lendemain matin, se rendant au départ du Tee 1, il découvre cinq milliers d’écossais tassés les uns contre les autres. Le vieil homme, qui porte ses clubs depuis sa première venue en 1921, lui murmure : « J’avais simplement donné le nom de Jones au Club House. » Les yeux de l’unique détenteur du Grand Chelem sont embués de larmes. « Je vais faire de mon mieux pour ne pas les décevoir… ». Le soleil timide touche son visage. Le vent se tait. Sa balle fend le fairway en deux. Avant de jouer son second coup, il se retourne vers la foule : « Amusons-nous. »

Après l’attaque japonaise sur la base de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, les Etats-Unis entrent en guerre contre le Japon, l’Italie et l’Allemagne. Augusta met de côté les Masters et offre ses fairways au bétail de l’armée.

A l’automne 1943, le général Ike Eisenhower, passionné de golf, propose à son héros de se rendre en Europe afin de préparer le débarquement des troupes alliés. Gravement affaibli par la maladie, le lieutenant-colonel Jones accepte pourtant la mission et sera l’un des piliers majeurs de la réussite du 6 juin 1944.

Six ans plus tard, le 15 octobre 1950, Oscar Bane Keeler, le témoin privilégié de ses 13 victoires en Majeur, s’éteint. A ses funérailles, Jones se souvient du poème favori de son ami.

 

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils

 

Une époque vient de tourner la page. 

En octobre 1958, la ville de Saint-Andrews veut lui remettre la médaille de la Liberté. Sa femme l’accompagne pour ce long voyage. L’avion perd un moteur et manque de s’écraser. Finalement, le couple entre dans la salle principale de la municipalité. Jones a rédigé un discours et son papier est dans l’une des poches de son costume. Mais il décide au dernier moment de ne pas s’en servir et parvient à se lever de sa chaise sans l’aide de sa canne. « On pourrait retirer tout ce qui s’est passé dans ma vie et me laisser seulement les parties jouées ici, ma vie serait encore riche et pleine. » Les 1700 invités, en larmes, entonnent aussitôt Reviendrez-vous un jour, chant suivi d’un long silence. Jones a du mal à dissimuler son émotion avant de retrouver son fauteuil. Il sait qu’il ne pourra revoir ses amis ni ce parcours tant aimé.

En 1965, Alistair Cooke se rend chez lui. Son épouse lui ouvre la porte et le fait attendre dans le salon. C’est un homme, poussé sur une chaise roulante qui lui sourit. Jones lui raconte dans les moindres détails son « parcours ». Pour conclure l’entrevue, le journaliste ose :

« Vous croyez en Dieu … Vous avez toujours été bon, comment votre foi ne peut faillir avec cette maladie si injuste ? ».

« Cher ami, j’ai toujours joué la balle où elle était posée ».

Le 6 octobre 1969, invalide, il ne peut se rendre aux obsèques d’un autre ami cher, Walter Hagen. Le soir, devant la cheminée du salon, il garde entre ses mains la boite où sont conservés ses boutons de manchettes. Il s’endort là. 

Le 18 décembre 1971, à 69 ans, Bobby Jones rejoint Oscar B. Keeler, Walter Hagen et tant d’autres. Deux jours plus tard, il est inhumé au cimetière d’Oakland, à Atlanta. Une ville que, malgré les victoires, les honneurs et les voyages, il n’a jamais quittée. Sa tombe est située à quelques pas de celle de Margaret Mitchell, l’auteur d’Autant en emporte le Vent : « Gardez toujours quelque chose à craindre, exactement comme vous gardez quelque chose à aimer... » 

Depuis, certains racontent qu’à Saint Andrews, lorsque les hivers sont plus rudes que ceux des Highlands, on aperçoit le jeune Bobby Jones et Walter Hagen disputer un match-play, sous le regard bienveillant d’un certain Oscar B. Keeler.

 

Sur le site www.tgw18.com retrouvez les photographies et anecdotes sur Bobby Jones pendant ce week-end. 

Retrouvez dès le 10 juillet, ETERNEL BOBBY JONES, pour le 90e anniversaire de son Grand Chelem, album composé de 100 photographies accompagnées de textes signés par David Lawrence. Impression sur un format carré 23 cm x 23 cm. Couverture luxe, en vente 55 euros TTC. Tirage limité à 1000 exemplaires.

 

Réservation conseillée.

Edition privée Templar Presse.

Contact :pascale@templarpresse.com


Par La rédaction
20 mai 2020