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Jean-Lou Charon - Open de France : « Trois ans pour inventer un nouveau modèle »

À quelques jours de l’Amundi Open de France (17-20 octobre), le Président de la ffgolf affiche ses ambitions pour l’épreuve phare du golf en France.

Le Tour Européen vient d’annoncer un retour de l’Open de France en juillet (du 2 au 5 juillet) pour la saison 2020. Quelle est la réaction de la Fédération française de golf ?

Il s’agit d’une bonne avancée en comparaison de la date au calendrier 2019 qui présente des inconvénients. Parmi les spectateurs qui aiment le golf et qui apprécient chaque année d'assister au défi entre les meilleurs joueurs européens et l’Albatros, personne ne se plaindra de ce retour au début de l’été. La météo sera plus favorable et l’expérience forcément meilleure. Les jours seront plus longs et les fans pourront voir plus de joueurs s’illustrer.

Par ailleurs, nous sommes bien entendu parfaitement lucides sur le fait que nous allons trouver en face de nous une épreuve des World Golf Championship et qu’il paraît dès lors impossible de pouvoir compter sur la présence des meilleurs joueurs du monde. Le Tour Européen, en tant que promoteur de l’événement, en est évidemment conscient. Ils travaillent, avec l’aide de la Fédération française de golf, et le soutien des partenaires fidèles, sur une nouvelle dynamique.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’Open de France a vu sa date fluctuer et sa dotation revue à la baisse ?

Au cours des 15 dernières années, l’Open de France s’est installé parmi les plus grands tournois européens. Nous le devons notamment à l’excellent travail des équipes d’Amaury Sport Organisation qui ont su mobiliser autour de l’épreuve d’importants partenaires économiques. Je pense en particulier à Alstom dont l’investissement en tant que partenaire titre a été déterminant dans la montée en puissance de l’Open avec une date de fin juin qui était également difficile en termes de concurrence avec les autres événements majeurs (Roland-Garros, Tour de France, Coupes du monde etc ...).

Les partenaires comme BMW, Lacoste, Rolex, Accor, Nestlé et Amundi, ont permis de faire grossir la dotation et renforcer le champ des joueurs. L’attractivité de l’Open de France depuis le début des années 2000 s’est ainsi renforcée et le nombre de spectateurs n’a cessé de croître. Tous les voyants étaient au vert jusqu’en 2016. Le non-renouvellement du contrat de sponsor titre d’Alstom, qui est intervenu dans le contexte du rachat de l’entreprise par General Electric, marque un premier tournant. Il place ASO face au défi de maintenir la dotation au-dessus de 3.5 millions d’euros. Dans une économie sous tension, il n’était pas simple à relever. Malgré d’intenses recherches, aucune solution immédiate permettant de garantir au tournoi sa place parmi les grands rendez-vous de la saison ne se dégageait. Plusieurs options étaient alors sur la table.

Lesquelles ?

Certaines imposaient un changement d’opérateur. Le Tour Européen s’est porté candidat pour devenir lui-même le Promoteur de l’Open de France. Mieux encore, dans le cadre de son plan de développement, le Tour Européen proposait de placer le tournoi dans le cercle nouveau des futurs Rolex Series (tournois richement dotés lancés par le tour européen en 2017). Ce projet s’accompagnait de l’arrivée d’un nouveau partenaire titre, le groupe chinois HNA qui avait l’ambition contractuelle d’en faire en 5 ans une épreuve du cercle très fermé des World Golf Championships (uniquement 4 WGC chaque saison). C’est sur cette base-là et dans cet objectif que nous nous sommes engagés de façon pragmatique avec le Tour européen.

Dans le contexte d’incertitudes dans lequel nous étions, cette proposition était la meilleure solution à deux ans de la Ryder Cup. Qui l’aurait refusée ? La transition s’est opérée. ASO a cédé l’organisation du tournoi. Le Tour Européen est donc devenu le nouveau promoteur pour une durée de cinq ans renouvelables. Contraint par son gouvernement, Le groupe HNA se retire après deux éditions. En l’absence d’un nouveau partenaire titre pouvant s’engager sur un Open National à 7 millions de dollars et devant faire face à la réorganisation du Tour Américain (qui « repousse » les épreuves européennes les plus importantes sur la deuxième partie de la saison), la décision du Tour Européen de décaler le tournoi a été imposée.

Le dialogue avec le Tour européen est permanent et constructif.

Un an après la Ryder Cup en France, comment avez-vous accueilli ces décisions ?

Lorsque nous en avons été informés, nous avions regretté le manque de concertation avec le Tour européen, avec lequel, vous le savez, nous entretenons des rapports très étroits. Des discussions ont eu lieu depuis. Je peux vous garantir que le dialogue avec le Tour est permanent et constructif.

Depuis toujours, la France est fortement contributrice aux activités du Tour. Notre pays accueille une épreuve du circuit européen (l’Amundi Open de France), quatre épreuves du Challenge Tour (Hauts-de-France-Pas-de-Calais Golf Open, le Vaudreuil Golf Challenge, l’Open de Bretagne et le Hopps Open de Provence) et deux épreuves désormais du Senior tour (Senior Open Hauts de France by Jean Van de Velde et le Druh Belts presents Paris Legends Championship by Renault Z.E.). Ces épreuves sont organisées par des promoteurs indépendants mais elles reçoivent toutes un soutien significatif de la Fédération française de golf. Et cela n’a échappé à personne que notre relation avec le Tour Européen s’est renforcée considérablement depuis 2009 et la désignation de notre nation comme hôte de la Ryder Cup.

La France est un bon partenaire pour le Tour européen. Un très bon même. Leurs dirigeants rappellent souvent que notre collaboration autour de la Ryder Cup est un modèle de réussite à reproduire. Nous étions en droit, pour toutes ces raisons, d’espérer des décisions un peu différentes. C’est le passé. Nous regardons devant désormais. 

Parlons-en. Quel visage aura l’Open de France en 2019 ?

Grâce au soutien des fidèles partenaires de l’Open de France (Amundi, BMW, Lacoste, Rolex, Nestlé, Accor…) et à l’engagement de Groupama, qui vient de les rejoindre, le tournoi reste un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui aiment le golf. Nous avons, avec l’Albatros, un parcours de championnat exceptionnel qui offre un vrai test de golf. Il est dur mais juste et fait de l’Open de France un tournoi spectaculaire par le jeu qui y est pratiqué. Les fans ne seront pas déçus. Ils verront d’excellents joueurs défier l’Albatros.

Alexander Noren sera là pour défendre son titre. D’anciens vainqueurs de majeurs seront également du déplacement. Je pense à l’Allemand et ex-numéro 1 mondial Martin Kaymer. Des vainqueurs de tournoi sur le tour en 2019 seront au Golf National. Enfin, et c’est certainement là le plus important, il y aura des joueurs français à soutenir. C’est la seule occasion dans l’année de les voir à l’œuvre. C’est aussi cela qui fait de l’Open de France un tournoi à ne pas manquer. À l’issue du Dunhill Links Championship marquée par la très belle victoire de Victor Perez, quatre Français sont classés dans le top 25 européen. Et d’ici 2022, le Tour Européen est le seul, en tant que régulateur du circuit, capable de trouver la bonne adéquation selon leur modèle entre la date, le lieu et la dotation pour rassembler les meilleurs joueurs européens.

Nous avons déjà prouvé que la France pouvait être une terre de grands événements de golf.

Et l’Open de France après 2022 ?

Nous sommes convaincus qu’il y a certainement un nouveau modèle à inventer. En ayant pérennisé l’Open de France jusqu’en 2022, nous avons trois ans devant nous pour tester des idées novatrices et travailler sur des concepts qui sont déjà en gestation chez nous afin d’offrir dès 2023 une nouvelle expérience correspondant aux attentes du public, des joueurs et des sponsors tel que nous l’avons réalisé pendant la Ryder Cup. Ce que nous avons vécu en 2018 influence fortement nos réflexions. Nous avons déjà prouvé que la France pouvait être une terre d’accueil de grands événements de golf.

De quelle manière l’expérience de la Ryder Cup 2018 influence vos réflexions ?

Fort de notre expérience Ryder Cup, toutes les options sont sur la table. Notre réseau international, qui bénéfice des dix dernières années à préparer l’accueil de la Ryder Cup, peut nous ouvrir des perspectives nouvelles. Nous avons des échéances à moyen terme qui sont autant d’enjeux de médiatisation de notre discipline que de rayonnement du golf français à l’international. Je fais ici référence à l’accueil de l’épreuve de golf olympique en 2024 qui sera précédé par l’accueil des championnats du monde amateur en 2022. La préparation de ces événements et leur organisation auront pour objectif principal de servir de levier au développement du golf, comme ce fut le cas pour la Ryder Cup (+2% de licenciés en 2019).

Dans les faits, seuls des événements de cette taille, d’envergure planétaire, peuvent servir efficacement le développement d’une discipline sportive. C’est la raison pour laquelle nous voulons travailler aux côtés des instances nationales et des tours dans le but de bâtir un nouveau projet qui pourrait s’inscrire dans un cycle pluriannuel et qui nous donnerait l’assurance d’attirer de manière certaine les meilleurs joueurs du monde. C’est aussi ce que les partenaires potentiels de ce type d’événement en attendent. Qu’il s’agisse d’Amundi (nouveau partenaire titre en 2019), BMW, Rolex, Lacoste, Nestlé, Novotel ou Groupama, je suis convaincu que tous seraient enthousiastes à l’idée de s’engager dans un tournoi de cette dimension à la veille des Jeux Olympique de 2024 au Golf National.


Par La rédaction
4 octobre 2019