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Alain de Soultrait : « Le Challenge Tour a vocation à ouvrir les yeux aux joueurs »

Artisan de la création du Challenge Tour en 1989, aux commandes depuis 1994, Alain de Soultrait s'apprête à vivre son dernier tournoi en tant que directeur du circuit de promotion du Tour européen. Retour sur trente ans d'une passionnante carrière, à la veille la grande finale à Majorque.

Alain de Soultrait
La grande finale 2019 à Majorque sera son dernier tournoi en tant que directeur du Challenge Tour... Alexis Orloff / ffgolf
07-10
novembre
CHALLENGE TOUR GRAND FINAL
LIEU : Club de Golf Alcanada, Espagne
CIRCUIT : Challenge Tour

Comment est né le Challenge Tour ?
Entre 1987 et 1988, à quelques-uns représentant plusieurs pays qui partagions les mêmes idées, nous avons travaillé sur ce dossier, et j'ai fait partie dès le début du comité du circuit, de 1989 à 1994. Puis, Ken Schofield, à l'époque directeur de l'European Tour, m'a proposé de prendre la suite d'Andy Stubbs, parti sur le Senior Tour, comme directeur du Challenge Tour, poste que j'occupe pour quelques jours encore. Je suis donc au Challenge Tour depuis le début, je baigne dedans depuis trente ans...

D'où est venue l'idée de créer ce circuit ?
À l'époque, il n'existait qu'une seule manière de monter sur le circuit européen : les cartes. On connaît tous l'aspect aléatoire de cette épreuve. Si un joueur n'était pas en forme à ce moment-là, il devait patienter une année de plus pour espérer monter. L'idée du Challenge Tour était donc de fédérer les nombreux tournois qui existaient sur les circuits nationaux et d'établir un ordre du mérite commun par lequel les cinq premiers – au début – pourraient accéder à l'échelon supérieur. Nous avons donc ouvert une deuxième voie d'accès au Tour en réunissant les meilleurs tournois des circuits nationaux. Le Tour n'a rien demandé, c'est bien nous qui sommes arrivés avec ce projet. Le Tour l'a étudié, accepté, et a créé en son sein une commission Challenge Tour – ça s'appelait « Satellite Tour » la première année – pour harmoniser les règlements.

Alain de Soultrait
Alain de Soultrait en 2009 (Alexis Orloff / ffgolf)

Quelles sont les étapes marquantes de l'évolution du circuit ?
À nos débuts, la première difficulté qui s'est présentée a été de constituer un calendrier qui tienne la route. Il y avait certaines semaines trois ou quatre tournois en concurrence dans différents pays d'Europe, donc il a fallu composer avec cette réalité pendant plusieurs années. On a donc travaillé à harmoniser les règlements et arriver doucement à un ou deux tournois maximum par semaine, chose acquise en 1995 environ. Les grandes étapes suivantes ont été l'ouverture au golf de pays ou territoires tels que l'Amérique du Sud, la Russie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Kazakhstan, etc. On a toujours eu un caractère un peu pionnier ! La Jordanie, que nous avons visité pour la première fois début 2019, était le cinquantième pays à accueillir un de nos tournois... Et j'ai eu la chance d'en visiter quarante-neuf !

Quels sont les moyens humains dont disposent aujourd'hui le Challenge Tour ?
Nous étions deux au début, Sally Stewart et moi-même, et aujourd'hui nous sommes cinq pour gérer les tournois, les règlements, les contacts avec les promoteurs et les partenaires. Nous nous reposons évidemment sur les services opérationnels du Tour, qui sont communs à l'European Tour, au Staysure Tour et au Challenge Tour, et qui fournissent les arbitres, les directeurs de tournois, etc. Même chose pour le service de presse, l'administration et les inscriptions.

Quels sont les joueurs qui vous ont le plus marqué ?
Tout le monde sait que des garçons comme Brooks Koepka, Justin Rose, Martin Kaymer ou encore Henrik Stenson sont passés, avec succès, par le Challenge Tour. On voyait déjà qu'ils étaient différents des autres. Ce sont aujourd'hui de grands noms du golf mondial, auxquels on peut ajouter des joueurs plus jeunes comme Tommy Fleetwood ou Tyrrell Hatton, et sans doute d'autres dans un futur proche. Il y avait sept anciens joueurs du Challenge Tour à la dernière Ryder Cup, six dans l'équipe européenne et Koepka côté américain ! Et quand on voit que onze des quinze promus de l'an dernier ont réussi à conserver leur carte du Tour cette année, avec trois victoires au passage (David Law, Sebastian Söderberg et Victor Perez), on peut penser que ce n'est pas fini...

En quoi les champions évoqués ci-dessus incarnent-ils l'esprit du Challenge Tour, si une telle chose existe ?
Je pense que le Challenge Tour est une excellente formation pour devenir non seulement un meilleur golfeur, mais aussi un vrai touring pro. Et un touring pro, c'est quelqu'un qui voyage et qui est donc amené à rencontrer différentes cultures, différentes habitudes, différentes langues. Au-delà de l'aspect purement sportif, je crois que le Challenge Tour a vocation à ouvrir les yeux aux joueurs, et peut les aider à ce qu'ils soient meilleurs au sens large, en particulier sur le plan humain.

Alain de Soultrait
Alain de Soultrait en 2003 (Alexis Orloff / ffgolf)

La France est un des pays forts du Challenge Tour, avec quatre tournois cette année par exemple. Comment décririez-vous la relation qui vous unit ?
La Fédération française de golf a toujours cru au Challenge Tour, même dans les périodes un peu compliquées. D'ailleurs, si l'on regarde les joueurs français qui évoluent aujourd'hui sur le Tour, ils sont quasiment tous passés par le Challenge Tour, à l'exception de Victor Dubuisson et Romain Wattel – qui a néanmoins gagné un de nos tournois en tant qu'amateur. La France a très vite compris en quoi ce circuit était nécessaire pour ses meilleurs amateurs lorsqu'ils avaient décidé de passer pro, mais aussi au développement du golf dans le pays. Avoir un, deux, trois ou quatre tournois du Challenge Tour, ça représente autant d'occasions de faire parler du sport en dehors de l'open de France.

La grande finale à Majorque la semaine prochaine étant votre dernier tournoi en tant que directeur du Challenge Tour, comment voyez-vous l'avenir du circuit ?
Je vais passer le relais à mon adjoint Jamie Hodges, qui a travaillé avec moi ces quatre dernières années, et qui est donc tout à fait au courant de tous les aspects à gérer. Je ne suis pas inquiet de ce côté-là. Plus largement, j'espère que le Challenge Tour va rester un circuit fort, car le Tour européen en a besoin. Il faut que les jeunes golfeurs européens puissent continuer à bien se former dans les meilleures conditions pour rivaliser ensuite au plus haut niveau mondial – et battre le plus souvent possible les Américains en Ryder Cup ! (rires) Ça passe donc par des dotations un peu plus étoffées, car il faut que les joueurs puissent vivre, sans pour autant faire du Challenge Tour un circuit ou l'on gagne trop bien sa vie, car le but reste de monter sur l'European Tour. Des dotations de 250 000 euros permettraient à un plus grand nombre de rentrer dans leurs frais à la fin de la saison. Mais ça passe aussi par des parcours plus sélectifs et encore mieux préparés, plus proches de ce que l'on peut trouver sur le Tour. Tout cela suppose évidemment des investissements, donc ce ne sera pas chose facile. Il y a encore beaucoup de travail...

Au-delà de l'aspect purement sportif, je crois que le Challenge Tour a vocation à ouvrir les yeux aux joueurs, et peut les aider à ce qu'ils soient meilleurs au sens large, en particulier sur le plan humain.


Par Alexandre MAZAS
2 novembre 2019