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Joël Stalter : « On est les grands oubliés du golf européen »

De retour à la compétition le 9 juillet en Autriche sur un double-badges après quatre mois et demi d’arrêt forcé en raison de la pandémie liée au Covid-19, l’ancien diplômé de Berkeley n’est guère optimiste sur l’avenir à court terme du golf professionnel en Europe.

09-12
juillet
AUSTRIAN OPEN
LIEU : Diamond Country Club, Autriche
CIRCUIT : European Tour

Joël Stalter se trouvait en début de semaine en Suisse quand nous l’avons joint par téléphone. Il venait de disputer la veille un tournoi sur dix-huit trous. Le Lorrain se prépare à rejoindre l’Autriche toute proche pour y disputer les deux tournois de reprise co-sanctionnés par l’European Tour et le Challenge Tour, la deuxième division européenne. Même s’il a hâte de reprendre la compétition, les prévisions pour les prochains mois ne sont franchement pas réjouissantes pour les membres, comme lui, du Challenge Tour. Explications. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous alors que votre dernière compétition remonte à la mi-février, en Afrique du Sud, sur le Challenge Tour ?
Cela fait un peu bizarre. On n’a plus joué depuis très longtemps… Il faut le temps de se remettre dans le bain. Quand on reprend, le plus difficile c’est de se réadapter aux distances sur le parcours, avoir les bons repères, gérer le vent, etc. Toutes les choses qu’il faut appréhender sur le terrain. 

Où avez-vous passé votre confinement ?
Dans le sud de la France, dans le département du Var. Comme tout le monde, je n’ai pas pu jouer. J’ai fait un break total. Ainsi, je n’ai pas installé de filet sur mon balcon, ni utiliser de tapis de putting… Je trouvais que ça n’avait pas grand intérêt. J’ai fait autre chose en prenant mon mal en patience. 

Vous êtes-vous entretenu physiquement ?
Je faisais le minimum pour garder la forme. Mais bon… Cela a été compliqué. Je n’ai pas pu aller dans une salle pour m’entretenir. Je suis un peu old school à ce niveau. J’aime bien avoir des barres, faire du squad, etc. A la maison, à part aller courir et faire un peu poids du corps, c’était difficile. Bref, je n’ai pas touché les clubs pendant quelques temps. Je faisais des swings à vide mais pendant deux mois de confinement, je n’ai touché à aucun club. 

Que va alors devenir le Challenge Tour ? Je crois que même les responsables n’en savent rien

Comment appréhendez-vous cette reprise en Autriche à partir du 9 juillet ?
Honnêtement, je ne savais pas si j’allais pouvoir entrer dans le tournoi. Avec les protocoles sanitaires et les inscriptions, je n’avais aucune idée de qui pouvait y aller ou pas. Cela reste une superbe opportunité puisqu’il y a deux places à prendre sur le Tour européen pour les deux vainqueurs des étapes autrichiennes, co-sanctionnées avec le Challenge Tour. J’aime beaucoup l’Autriche, je connais bien les deux parcours (Diamond Country Club à Atzenbrugg et Golf Club Adamstal à Ramsau), ça va être deux belles semaines… Mais on sait que ce ne sera pas comme d’habitude ! 

Par rapport au long confinement, tout le monde sera sur le même pied d’égalité selon vous ?
Je pense que personne n’a pu avoir une préparation idéale. Bref, il ne va pas falloir trop se poser de questions. 

Que savez-vous des protocoles sanitaires qui seront mis en place en Autriche ?
On a reçu par la poste un test. Une fois qu’on sera sur place, il faudra de nouveau se faire tester, ainsi que le caddie. Une fois que le test est négatif, on a accès au parcours en respectant évidemment les distanciations sociales. A l’issue du premier tournoi, le vendredi pour ceux qui ratent le cut et le dimanche pour les autres, on est encore testé avant d’avoir l’autorisation de se rendre sur l’autre site. Personnellement, je vais me déplacer en voiture. Ce n’est pas très loin, huit-neuf heures de route… Le retour sera un peu plus long. Mais je ne le ferai pas en une fois. Je pense que je m’arrêterai en Allemagne (avant de rejoindre le Luxembourg, son lieu de résidence, Ndlr). 

Comment vivez-vous le flou total qui existe encore aujourd’hui sur le calendrier 2020 du Challenge Tour ?
C’est catastrophique ! Et je ne parle même pas des gars qui évoluent sur les tours satellites comme l’Alps Tour ou le Pro Golf Tour. Ni des filles sur le Ladies European Tour (LET). On est les grands oubliés du golf européen. A partir de septembre, on aura trois ou quatre tournois au programme, grand maximum. Ils seront très peu dotés… Ce n’est franchement pas très motivant d’aller sur ces événements. Il y a un paquet de joueurs qui vont rester sur le tapis sans avoir l’occasion de jouer le moindre tournoi. Le pire, c’est que nous n’avons aucune vision arrêtée sur 2021. On sait que le Tour européen va aller mal, les dotations seront plus faibles… Que va alors devenir le Challenge Tour ? Je crois que même les responsables n’en savent rien. Avec les conditions de voyages, d’un pays à l’autre, et des législations différentes, c’est un véritable casse-tête. Ils font tout pour que le Tour européen reste en vie, et nous, sur le Challenge Tour, on passe après. C’est compliqué ! 

L’avenir golfique professionnel est chamboulé pour les trois ou quatre prochaines années

Vous en sortez-vous financièrement ?
C’est très très dur ! J’espère qu’il y aura des événements qui vont peut-être se créer mais il faut se préparer à vivre des moments difficiles. Les dotations que nous avons eues lors des dix dernières années n’auront rien à voir avec les cinq prochaines années. Aux Etats-Unis, ils vont s’en sortir car tout est plus simple. En Europe, je ne sais pas. J’espère juste que l’European Tour se fera racheter par le PGA Tour, pour avoir enfin un Tour juste. Ici, le Tour européen n’est pas du tout équilibré. Il n’a plus beaucoup d’argent. Il fonctionne d’abord aux dotations. On organise les calendriers en fonction des meilleurs joueurs. Une année sur l’autre, on ne joue pas du tout le même calendrier. On peut se retrouver une année à jouer pour beaucoup plus de points que l’année précédente, ou l’année suivante. Rien n’est jamais linéaire. Clairement, il y a beaucoup plus d’inégalités. Ceux qui ont fini dans les 25 premiers des Cartes européennes ont un an et demi d’exemption sur le Tour alors que celui qui a fini 25e sur le Challenge Tour n’a rien du tout. Il va peut-être jouer deux tournois… 

Ce n’est pas un décor très réjouissant que vous nous dressez là…
Et non, hélas. J’essaie d’être le plus réaliste possible quant à l’avenir du golf. Et c’est vrai que je ne suis pas très optimiste. Personnellement, je m’en tire plutôt bien puisque je vais pouvoir jouer les deux tournois en Autriche. Ma catégorie me permet de jouer tous les tournois que je veux. S’il y en a… Et l’an prochain, je pourrais jouer un calendrier complet mais, qu’est-ce qu’on va avoir ? Cette année, on n’a quasiment pas la possibilité de gagner de l’argent. C’est une situation à la fois inédite et complexe. En plus, je ne suis pas certain que l’on soit sorti d’affaire par rapport au Covid-19. Attention cet automne ! Je pense qu’on va prendre une deuxième vague… J’espère me tromper. Après, ça ne veut pas dire non plus qu’il n’y aura pas de belles opportunités, que les choses vont changer… Mais c’est vrai que l’avenir golfique professionnel est chamboulé pour les trois ou quatre prochaines années. Ce sera une période transitoire où le modèle va, pour moi, grandement changer.  

L’idée de repartir aux Etats-Unis, y avez-vous songé ?
Non, pas vraiment. Ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Pour le moment, en tout cas.


Par Lionel VELLA
2 juillet 2020