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Julien Brun : « J'ai dû travailler énormément pour revenir à ce niveau »

En remportant ce dimanche l'open de Bretagne à Pléneuf-Val-André, Julien Brun a fait un grand pas vers son objectif de début de saison : la montée sur le Tour européen. Un but désormais à portée de main grâce au travail considérable accompli ces deux dernières années notamment.

Julien Brun
L'Antibois succède au palmarès français de l'open de Bretagne à Benjamin Hébert, vainqueur en 2014. Aurelien Meunier / GETTY IMAGES EUROPE - AFP
24-27
juin
OPEN DE BRETAGNE
LIEU : Golf Bluegreen de Pléneuf-Val-André, France
CIRCUIT : Challenge Tour

Comment s'est déroulée cette semaine ?
Ça a été éprouvant, déjà parce que le parcours est compliqué. Il requiert beaucoup d'attention : il faut être concentré tout le temps, sur chaque coup. Et au-delà de ça, les conditions météo ont été très compliquées tout au long de la semaine : vendredi après-midi il y a eu beaucoup d'averses, et ce n'est jamais évident de jouer sous la pluie. Samedi ça a été un peu mieux, mais dimanche on a eu un gros break d'une heure et quart. Donc il y a eu beaucoup de paramètres à gérer, ce qui a rendu le tournoi vraiment difficile. Je suis d'autant plus content et fier d'avoir réussi à finir le boulot.

Votre jeu a été aussi bon que vous le souhaitiez ?
Oui, mon jeu a été bon. Je pense que j'ai bien fait de breaker la semaine précédente, ça m'a permis de bien travailler à Arcangues avec mon coach Olivier Léglise et d'arriver à Pléneuf-Val-André avec les idées assez claires sur ce que je devais faire. Et j'ai réussi à le mettre en place sur le terrain. Le timing a été bon, et c'est toujours agréable quand ça se passe comme ça. Et je dirai que mon jeu a une nouvelle fois été en place, dans la continuité de ce que je fais depuis le début de l'année.

Pléneuf est un parcours assez différent de ce que vous avez l'habitude de jouer sur le Challenge Tour ?
Oui, complètement, c'est un parcours qui met vraiment l'accent sur la précision, car on peut perdre des balles quasiment à chaque trou. Et encore, il n'y a pas eu trop de vent cette semaine, mais là-bas en fonction des conditions météo il y a toujours des éléments extérieurs à gérer en plus du jeu. C'est un parcours compliqué, visuellement difficile. Ce n'est pas un tracé qui convient très bien à mon jeu, golfiquement parlant, et je n'y allais pas forcément avec des attentes très élevées compte tenu de mes expériences passées là-bas. C'est donc d'autant plus satisfaisant d'avoir réussi à jouer mon jeu, d'avoir scoré sous le par les quatre tours, et d'être allé chercher cette victoire !

Le samedi, où vous avez pris quatre coups d'avance en compagnie de Jérôme Lando-Casanova, a été un moment clé du tournoi ?
C'est clair que cette journée a joué un rôle important. On s'est bien tirés la bourre, on a fait tous les deux une belle partie, et ça nous a mis en position idéale pour le dimanche. Mais le vendredi a aussi été clé pour moi : j'ai eu un peu de mal à démarrer, mais j'ai très bien joué à partir du 7, et j'ai fait un super retour sous la pluie, dans des conditions très dures. Ça m'a permis de capitaliser sur mon très bon premier tour et de poursuivre ma marche en avant.

Co-leader le dimanche matin en compagnie d'un copain, la situation devait être spéciale ?
Forcément, mais le parcours te ramène vite dans le moment présent et t'oblige à te concentrer sur ce que tu dois faire. Je dois vraiment me concentrer et m'appliquer fort pour arriver à jouer mon jeu ici, donc ça m'a peut-être aidé au final. Après, je crois que c'était ma troisième dernière partie le dimanche sur les cinq dernières semaines, donc cette expérience emmagasinée m'a bien aidé à me sentir un peu plus à l'aise aussi. Ça s'est plutôt bien engagé, j'ai été très bon au début et j'ai eu beaucoup d'occasions de birdie. L'arrêt de jeu, alors que j'étais sur une bonne dynamique et que j'avais trois coups d'avance, a été compliqué à négocier. Redémarrer après ça a été dur, et j'ai eu un passage difficile du 10 au 12. Je n'ai pas tapé de si mauvais coups de ça, mais les sensations n'étaient pas excellentes. En revanche j'ai retrouvé mon élan sur la fin et j'ai joué très solide sur les derniers trous.

Comment s'est déroulé votre face-à-face avec Jérôme ?
On jouait avec l'Autrichien Niklas Regner qui a fait une belle partie et s'est vite retrouvé pas si loin. De mon côté, j'étais vraiment concentré sur moi, à essayer de gérer toutes les pensées et émotions qui pouvaient me traverser l'esprit, donc je n'ai pas vraiment eu la sensation de livrer un duel. Même si au 17 Jérôme est revenu à deux coups, puisqu'il a fait birdie au 15 et au 16. Mais j'ai réussi à me focaliser sur mon boulot et à me dire qu'on compterait les scores à la fin.

Ces émotions que vous évoquez, c'était quoi ?
Il y a eu pas mal de projections liées au fait d'être en tête, proche de gagner. Déjà, dès le 6 où j'ai eu trois coups d'avance, ça a commencé. Ensuite il y a eu l'heure et quart d'arrêt de jeu, puis la reprise. Donc beaucoup de projections sur le fait de gagner, et des émotions par rapport à ce que j'ai vécu ces dernières années. À la fin, c'est beaucoup de soulagement, et beaucoup de fierté aussi. Concrétiser par une victoire une semaine aussi pleine en termes de travail accompli, c'est super agréable.

L'émotion de la victoire est-elle comparable à celle de votre succès à Toulouse en 2012 ?
Je dirais qu'il a un peu plus de fierté, dans le sens où j'ai vécu des moments difficiles et j'ai dû faire énormément de travail pour revenir à ce niveau-là. À Toulouse, j'étais jeune, il y avait un petit d'insouciance, et je ne me rendais pas forcément compte de ce que ça représentait de gagner sur le Challenge Tour. C'était venu un peu plus naturellement, alors que là, en sortant d'une période difficile non seulement pour moi mais aussi pour tout le monde par rapport au Covid, je me rends un peu mieux compte de la valeur que ça a de gagner un tournoi. J'ai joué les deux premiers tours avec Matteo Manassero, que je connais depuis qu'on a 13 ou 14 ans et qui est un bon copain, et qui me disait exactement la même chose. Avec quelques années en plus, on se rend compte à quel point c'est dur de gagner, et ça rend la satisfaction un peu plus profonde.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur vos années difficiles ?
Ça fait partie de mon chemin, de mon expérience, et on verra où ça va me mener. Mais je pense que toutes ces années de galères, et ce que j'ai pu mettre en place avec mes coachs à l'époque, m'ont servi à arriver où j'en suis aujourd'hui, et vont encore me servir dans le futur. Ça me permet de mieux me connaître, et je pense que c'est un peu grâce à ça que je suis un meilleur golfeur aujourd'hui qu'il y a quelques années.

C'est une victoire qui récompense votre travail, bien sûr, mais aussi celui de toute une équipe autour de vous ?
Évidemment ! Il y a eu beaucoup de changements effectués ces dernières années, déjà au niveau personnel par mon installation à Prague avec ma fiancée. C'est aussi une victoire pour elle et pour notre couple, car elle fait beaucoup de sacrifices au quotidien, et elle est très impliquée dans mon projet. Et après bien sûr il y a toute l'équipe que j'ai constitué ces deux dernières années autour de moi : Olivier Léglise, Mathieu David, Robin Cocq et Adrien Leurent. Ils sont en grande partie responsables de cette progression.

Il y a une place à prendre pour le British Open cette semaine à Kaskáda et une dans quinze jours au Vaudreuil, ça me donne un petit objectif supplémentaire sympa sur les deux tournois à venir.

Avez-vous un caddie attitré cette saison sur le Challenge Tour ?
Jusqu'à présent, on n'a pas eu le droit d'en avoir, donc ça règle la question ! Mais cette semaine en République tchèque, on va avoir le droit pour la première fois d'avoir un invité, qui pourra être notre caddie. Donc je vais être accompagné par un ancien joueur pro, Baptiste Courtachon, qui sera au sac. Il a envie de se lancer là-dedans, et dans le coaching aussi, donc ça va être pour lui l'occasion de voir comment ça se passe à ce niveau-là. On a prévu de faire au moins trois tournois ensemble ces prochaines semaines, et peut-être plus d'ici la fin de la saison. Même si je suis seul sur le parcours, l'essentiel du travail de reconnaissance et de définition de la stratégie est fait en amont, avec l'aide de mon staff justement. Une fois sur le terrain, en théorie je n'ai qu'à mettre tout cela à exécution. Ça ne me dérange pas d'être tout seul, je dirais même que par rapport à la moyenne des joueurs ça m'avantage plus que ça ne me pénalise.

Vous avez reçu beaucoup de messages de félicitations d'un peu partout en France et dans le monde, on imagine que c'est touchant de constater que les gens vous soutiennent autant après ces années difficiles ?
C'est clair ! J'ai reçu beaucoup de messages en direct ou sur les réseaux sociaux, et ça fait vraiment plaisir. Surtout après avoir eu une période difficile, c'est chouette de voir qu'on est encore soutenu et que ça fait plaisir à d'autres. Certes, le golf est un sport individuel, mais c'est quand même mieux de pouvoir partager les bons moments comme celui-ci avec les gens qui m'entourent et qui me suivent.

Vous êtes désormais deuxième de la Road to Mallorca, avec quasiment un pied sur le Tour européen. L'objectif est-il déjà rempli ?
Ce serait mentir de dire que je ne pense pas au Tour, car c'était l'objectif de début de saison. Mais ce n'est pas encore fait même si j'ai fait une grande partie du chemin. Je ne suis pas dans le calcul, je n'ai pas réfléchi à combien de points il fallait pour être mathématiquement assuré de monter. Ce qui est important à mes yeux, c'est de continuer à bien faire mon travail, et on verra en fin d'année la place que ça me donnera. Mais c'est clair qu'avec cette victoire je suis bien parti pour remplir mon objectif.

Quelle est la suite du programme ?
Je joue cette semaine le tournoi en République tchèque, quasiment à domicile même si c'est à deux heures et demie de route de Prague, mais ça reste chez moi ! J'avais joué là-bas il y a deux ans et j'en garde plutôt des bons souvenirs. Ça devrait me convenir, je pense. On verra sur place comment je me sens par rapport aux premières impressions visuelles, mais en tous cas j'y vais sans trop d'appréhension. Après ça j'irai jouer le Vaudreuil Golf Challenge, et peut-être l'Autriche derrière sur un parcours que j'aime bien également. À moins que je ne me qualifie pour le British Open, puisqu'il y a une place à prendre cette semaine à Kaskáda et une dans quinze jours au Vaudreuil ! Je viens de gagner, donc ça me donne un petit objectif supplémentaire sympa sur les deux tournois à venir, et surtout ça va me permettre de bien me reconcentrer. Ce serait une belle cerise sur le gâteau, car ça voudrait dire qu'il y aura une deuxième victoire à la clé, puisqu'il n'y a qu'une seule place à prendre à chaque fois, et ça ferait encore de gros points marqués au classement du Challenge Tour.

Pour finir, vous avez eu la joie de gagner non seulement en France, mais aussi devant du public. Ça ne rend la victoire que plus belle ?
Oui, c'était vraiment chouette de jouer à nouveau devant des spectateurs cette semaine ! J'ai eu une belle partie lors des deux premiers tours avec Manassero et Hurly Long, un autre très bon joueur, et il y avait déjà du monde pour nous suivre. Et ensuite, pendant le week-end, ça a été très sympa pour Jérôme et moi d'évoluer devant le public français en dernière partie, d'être soutenu malgré le temps capricieux, et de pouvoir partager ça avec eux.

Julien Brun et Jérôme Lando-Casanova
Julien Brun et Jérôme Lando-Casanova (Aurélien Meunier / GETTY IMAGES EUROPE - AFP)

Par Alexandre MAZAS
28 juin 2021