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Julien Guerrier : « Je suis quelqu’un qui a des émotions. Ce sont des choses que j'apprends, sur lesquelles je travaille. »

En position de l’emporter à deux reprises en l’espace de trois semaines en Angleterre puis au pays de Galles, Julien Guerrier a terminé deux fois troisième. Entre déception et optimisme, Julien Guerrier ne veut surtout rien lâcher et sait que son heure viendra. Bientôt ?

Julien Guerrier reviendra dans quinze jours à l'Omega European Masters... AFP
04-07
août
CAZOO OPEN
LIEU : Celtic Manor Resort, Pays de Galles
CIRCUIT : DP World Tour

C’est depuis un bateau voguant entre l’Italie et l’île de Corfou que Julien Guerrier nous a gentiment répondu. Son UK Swing entamé au Scottish Open et bouclé le week-end passé sur le très exigeant parcours du Celtic Manor demeure positif avec deux troisièmes places. C’est là-dessus que le Rochelais entend capitaliser avant les gros tournois de la rentrée où il veut, là encore, se distinguer. Impressions. 

Cette troisième place au Cazoo Open alors que la victoire vous tendait les bras est-elle digérée ?
Sur le moment, j’étais un peu déçu. Forcément, je voulais cette victoire. Je n’ai pas encore réussi à la décrocher. Quand je prends un peu plus de recul par rapport à ça, je réalise la meilleure saison de ma carrière sur le DP World Tour. Je fais deux tops 3 en trois semaines. C’est hyper prometteur pour la suite. Plus je frappe à la porte en haut du leaderboard, mieux c’est ! 

Vous en voulez-vous de ne pas avoir mis de pression d’entrée sur Callum Shinkwin, où vous concédez finalement quatre bogeys sur vos cinq premiers trous ?
M’en vouloir ? Non. J’ai essayé de donner le meilleur de moi-même. J’ai fait ce que j’avais à faire. Je suis quelqu’un qui a des émotions. Ce sont des choses que j’apprends, sur lesquelles je travaille. Cela ne se fait pas en un jour… 

J’ai failli de nouveau faire tourner cette partie dans le bon sens aux trous 10 et 11. Je suis hélas resté un peu court en ligne sur le 11 après un birdie au 10. Un birdie à chaque fois aurait pu me permettre de recoller

Y-a-t-il des moments où vous auriez peut-être pu négocier différemment certains endroits du parcours, certains trous importants ?
J’ai eu dans ce dernier tour tendance à faire un peu plus de push que d’habitude (la balle part vers la droite). Du coup, ça me mettait dans des mauvaises zones. Et les drapeaux du début étaient assez compliqués. Quand on assure trop, on assure trop et quand on attaque trop, on attaque trop. Il faut trouver le juste milieu. Quand on est à -10 après trois tours, c’est que forcément, à un moment donné, tu attaques et ça passe. Et quand tu joues +5 un dernier tour, tu attaques mais ça ne passe plus. Tu joues un peu moins bien et tout devient plus dur. J’ai failli de nouveau faire tourner cette partie dans le bon sens aux trous 10 et 11. Je suis hélas resté un peu court en ligne sur le 11 après un birdie au 10. Un birdie à chaque fois aurait pu me permettre de recoller. J’ai encore attaqué au 12 mais je n’ai pas rentré le putt. Et puis au 13, je sors un mauvais coup et la balle finit sa course dans l’eau. C’était terminé ! 

C’est le tournant de ce duel entre vous et Callum Shinkwin ?
Duel, je ne sais pas car j’ai toujours été en retrait dans ce dernier tour. Le seul moment où j’aurais pu recoller, c’est ce passage du 10 au 12. Et puis Shinkwin a, mine de rien, bien géré sa partie. Il a connu lui aussi une bonne galère au 2 où il sauve un bogey. Il a su rebondir ensuite avec quelques birdies. Il a aussi fait quelques bogeys mais il a su gérer sa partie. 

Peut-être que je n’ai pas été aussi endurant sur ma concentration. Des émotions, on en a tous, des pensées négatives, même chose

Il y a trois semaines, au Cazoo Classic, du côté de Southport (Angleterre), vous étiez également en position de gagner sur les derniers trous…
Pour être honnête, là aussi, ça a été dur mais en prenant un peu de recul, je fais une super semaine. Je suis quelqu’un qui met peut-être un peu plus de temps à gagner. Sur le Challenge Tour, j’ai mis du temps à gagner après pas mal d’années sur ce circuit. Après pas mal de bonnes places. Pareil dans ma carrière en amateur. Ce n’était pas mon heure ! 

Et si c’était à refaire sur ce dernier tour au Cazoo Classic, que changeriez-vous ?
Je me reproche une seule chose, c’est la concentration. C’est d’avoir tapé un coup au 17 avec le driver où je pense ne pas être bien installé et où je ne me retire pas en disant que ça va passer. Sur ma stratégie en revanche, je ne changerai rien. C’est plus une question de concentration jusqu’au bout, jusqu’au dernier coup de golf… Peut-être que je n’ai pas été aussi endurant sur ma concentration. Des émotions, on en a tous, des pensées négatives, même chose. C’est la discipline qui fait que l’on passe au-delà. Comme je n’ai pas encore gagné, je ne peux pas en dire plus mais tout athlète de haut niveau est un peu dans ce processus… 

L’objectif, c’est de réussir à me qualifier pour la finale à Dubaï. Cela veut dire marquer des gros points dans les gros tournois

Vous avez évidemment débriefé tout cela avec Meriem Salmi, votre psychologue psychothérapeute. Qu’en est-il ressorti ?
Il en est ressorti énormément de positif… Qu’il y a aussi encore beaucoup de travail à faire, que je suis sur le bon chemin et qu’il faut travailler un peu plus encore la fraîcheur, le planning, ne pas trop faire de tournois… C’est tout un équilibre à trouver entre l’entraînement et fraîcheur physique et mentale pour justement tenir et faire de bons scores… 

Et maintenant, qu’allez-vous faire ?
J’ai besoin de repos. Pendant une dizaine de jours, je ne vais pas toucher les clubs. J’ai besoin de couper un peu avec le golf car la rentrée va être très importante. A partir de Crans-sur-Sierre (Omega European Masters), il faut être assez frais pour enchaîner les gros tournois. Deux semaines off sans tournoi va me faire du bien. Le sport de haut niveau, c’est une association de petits détails qu’on essaie de mettre en place. C’est là-dessus que je travaille. Cela prendra le temps que ça prendra mais je suis confiant pour la suite. 

Quel objectif vous êtes-vous fixé pour la fin de saison ?
Comme je l’ai dit, je serai de retour pour Crans-sur-Sierre (25-28 août). Je jouerai trois semaines et je ferai encore un break d’une semaine. Je ne jouerai donc pas en Italie. Et j’enchaînerai de nouveau avec deux semaines de compétition. Jusqu’au Dunhill Links. L’objectif, c’est de réussir à me qualifier pour la finale à Dubaï. Cela veut dire marquer des gros points dans les gros tournois. J’espère me mettre encore en position, frapper à la porte le plus souvent possible… La victoire viendra sans vraiment que je m’y attende. C’est quelque chose qu’on ne contrôle pas forcément. Je peux être 30e le samedi soir et gagner le tournoi le dimanche comme avoir sept coups d’avance après 54 trous et ne pas gagner le lendemain. Cela dépend de tellement de choses.


Par Lionel VELLA
9 août 2022