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Open britannique : Les très riches heures du Royal St George's

Unique parcours de la rotation du British Open situé dans le Sud de la Grande-Bretagne, le links du Kent est l'un des plus fameux joyaux de la couronne britannique, dont l'éclat ne s'est jamais terni en près d'un siècle et demi d'histoire.

Claret Jug
La Claret Jug sur le départ du 1 au Royal St George's. David Cannon / R&A via Getty Images
15-18
juillet
OPEN BRITANNIQUE
LIEU : Royal St George’s Golf Club, Angleterre
CIRCUIT : DP World Tour

1887 : La fondation

Situé dans la ville de Sandwich, à la pointe Sud-Est de la Grande-Bretagne, le St George's Golf Club voit le jour en 1887. Sa mère ? Une chaîne de dunes sauvages bordant la mer du Nord, à vingt kilomètres de Douvres, presque en face des côtes françaises. Son père ? Laidlaw Purves, un médecin... écossais, bien sûr ! Installé dès 1874 à Londres où il pratiquait la chirurgie de l'œil et de l'oreille, cet éminent golfeur, membre à Muirfield et St Andrews, cherchait à assouvir sa passion sur un terrain lui rappelant les links de son Écosse natale. Depuis le clocher de l'église de Sandwich, il repéra ce site sur lequel il supervisa la construction d'un parcours qu'il avait lui-même dessiné. S'il a subi quelques modifications au cours du XX° siècle, le tracé a gardé son esprit d'origine : exposé au vent, ayant la particularité de n'avoir jamais deux trous consécutifs dans la même direction, et offrant son lot de coups en aveugle avec ses dunes masquant les obstacles.

1894 : Le premier Open en Angleterre

Nommé en l'honneur du saint patron du royaume d'Angleterre, St George's avait pour vocation de concurrencer St Andrews. Le vœu de son fondateur se réalise sept ans seulement après la création, lorsque, après trente-trois éditions en Écosse, l'open britannique se joue au sud du mur d'Hadrien pour la première fois de son histoire. Ce 34e Open, doté de 90 livres, attire les meilleurs golfeurs des deux côtés : 94 joueurs sont au départ, un nouveau record pour le tournoi, dont 12 professionnels écossais incités à traverser l'île grâce à des réductions sur les billets de chemin de fer ! Dans le vent, comme en témoigne son score total 326 coups, le plus élevé en 148 éditions, l'Anglais John Henry Taylor remporte la première de ses cinq victoires. Ce succès lance l'ère du grand triumvirat, qui verra Taylor, Harry Vardon et James Braid remporter seize des vingt-et-un Opens joués jusqu'à la Première Guerre mondiale.

1902 : Le titre royal

Placé à sa création sous le patronage du prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria et héritier de la couronne durant près de 60 ans, le St George's Golf Club reçoit le statut royal en 1902, un an après l'accession au trône de « Bertie », sous le nom d'Édouard VII. Passionné de sports hippiques, le monarque devint également un golfeur avide dans la deuxième moitié de son existence : il fit notamment construire un parcours de neuf trous sur le domaine royal de Windsor, et continua à taper dans la petite balle blanche au cours de son règne, qui prit fin en 1910. St George's est l'un des six parcours de la rotation actuelle (qui en compte dix) à s'enorgueillir de ce titre de royal, avec Troon, Liverpool, Lytham & St Annes, Birkdale et Portrush.

1911 : Le premier play-off d'un Français

En 1911, The Open se joue pour la quatrième fois au Royal St George's. Déjà vainqueur en ces lieux en 1899, Harry Vardon s'impose à nouveau, dominant en play-off Arnaud Massy. Le Français, sacré quatre ans plus tôt au Royal Liverpool, termine à égalité avec le meilleur joueur de son époque à l'issue des quatre tours, et s'offre une chance de remporter une deuxième Claret Jug dans un play-off disputé sur 36 trous le vendredi 30 juin. Après dix trous dans la matinée, le Basque est devant, mais commet un six au 14, puis un sept au 17, qui permettent à son rival de mener de cinq coups à l'heure du déjeuner. Dans l'après-midi, Massy ne parvient pas à combler son retard. Exaspéré par ses erreurs autant que par le jeu métronomique de son adversaire, il relève sa balle au 35e trou et lâche : « I can't play zis damn game » (« Je n'arrive pas à jouer à ce p... de jeu »). Il faudra attendre 1999 avec Jean Van de Velde et 2002 avec Thomas Levet pour que d'autres Français aient l'opportunité de gagner. Sans succès, là non plus.

1922 : Le premier Américain

Les années d'après-Guerre marquent l'internationalisation du golf, les professionnels américains commençant à se rendre régulièrement de l'autre côté de l'Atlantique pour participer à The Open. Si l'édition 1921 est la première à être remportée par un Américain, le vainqueur Jock Hutchinson était né en Écosse et naturalisé par l'oncle Sam l'année précédente. C'est donc dans ce 57e Open, de retour au Royal St George's, qu'un natif des États-Unis s'impose pour la première fois. Le bouillant Walter Hagen remporte, un coup devant le tenant du titre, la première de ses quatre Claret Jug. Six ans plus tard, il s'imposa à nouveau à St George's à l'issue d'un duel serré face à son compatriote Gene Sarazen.

1949 : Le premier Sud-Africain

Avant Gary Player, il y eut Bobby Locke. Meilleur amateur de l'open britannique de 1936 à l'âge de 18 ans, il vit son début de carrière pro stoppé par la Seconde Guerre mondiale, mais reprit le fil des promesses entrevues avant le conflit aux États-Unis, où il remporta dix titres entre 1947 et 1949, puis en Europe. En 1949, il devint le premier golfeur sud-africain à s'imposer en Majeur, dominant en play-off sur 36 trous l'Irlandais Harry Bradshaw. Locke conserva son titre l'année suivante à Troon et s'adjugea deux autres Claret Jug, en 1952 à Lytham et en 1957 à St Andrews.

1985 : Le premier Écossais de l'après-Guerre

Alors que les Écossais avaient remporté plus de la moitié des Opens disputés entre la naissance du tournoi en 1860 et la Seconde Guerre mondiale, ils durent attendre plus de cinquante ans entre la dernière victoire en date, celle de Tommy Armour (par la suite naturalisé américain) en 1931, et la suivante. La délivrance arriva des mains de Sandy Lyle, qui remporta à 27 ans son premier Majeur avec un coup d'avance sur Payne Stewart et deux sur Bernhard Langer et David Graham.

Royal St George's
Le club-house du Royal St George's (David Cannon / AFP)

1993 : Le premier vainqueur à quatre cartes dans les 60

L'édition 1993 est restée dans les mémoires comme l'une des plus disputées de l'histoire du tournoi, avec un leaderboard final sur lequel onze des douze premiers étaient, ou allaient devenir, vainqueurs de Majeur. Le vendredi cette année-là, Nick Faldo battit le record du parcours (63, -7), qui fut égalé le dimanche par Payne Stewart. Mais c'est évidemment de la performance de Greg Norman que l'on se souvient : sept ans après son premier titre à Turnberry, le « Grand Requin blanc » livra cette semaine-là une démonstration de maîtrise et termina deux coups devant Faldo et trois devant Langer. Pour la première fois dans l'histoire de The Open, un vainqueur boucla le tournoi avec quatre cartes sous les 70 (66, 68, 69 et 64), un exploit qui n'a été réalisé que quatre fois depuis.

2011 : La plus longue attente

Quatorzième et dernière édition en date disputée au Royal St George's, l'Open 2011 a accouché de l'une des plus émouvantes victoires dans l'histoire du tournoi, celle de Darren Clarke. Né en Irlande du Nord et ayant grandi sur les links, le déjà vétéran (42 ans) s'est imposé à sa vingtième apparition dans le tournoi de son cœur, soit quatre unités de plus que le précédent record. Ému aux larmes en soulevant enfin la Claret Jug, Clarke avait dédié cette victoire à la mémoire de son épouse Heather, décédée cinq ans plus tôt d'un cancer.


Par Alexandre MAZAS
13 juillet 2021