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Tour européen : « Safety net », mais pas sans bavure

Pour contrebalancer l'impact de la pandémie sur la logistique des joueurs, le Tour européen a mis en place un système visant à protéger ses membres de l'éventuelle perte de leur droit de jeu. Une intention louable qui fait pourtant polémique.

Keith Pelley
Keith Pelley, le patron du Tour européen. Richard HEATHCOTE / GETTY IMAGES EUROPE - AFP

Tombée au début de l'été, la nouvelle était quelque peu passée inaperçue. Par la voix de son patron Keith Pelley, le Tour européen avait annoncé la création d'un « safety net », une réorganisation des catégories de jeu destinée à protéger ses membres des dommages collatéraux causés par le Covid-19. Malgré un calendrier à peu près normal, avec pas moins de 43 tournois annoncés en début d'année (un chiffre qui devrait au bout du compte être ramené à 40, entre annulations et créations en cours de saison), une bonne partie des joueurs, refroidis par les risques sanitaires et les restrictions de voyage selon les pays, n'ont pu de facto mener leur campagne 2021 comme ils l'entendaient.

L'intention du Tour, louable, visait donc à les protéger d'une éventuelle relégation, puisque le contexte international n'a pas permis de garantir l'équité des chances. Alors que les catégories de jeu avaient été gelées l'année précédente, chacun attaquant 2021 avec le statut dont il disposait début 2020, le circuit européen a donc sollicité l'avis de ses joueurs pour résoudre le problème cette année. Un sondage a ainsi été envoyé à 290 d'entre eux, dont 204 ont répondu, indiquait la presse anglophone début juin. De là, Pelley a annoncé que les catégories ne seraient pas gelées pour l'an prochain, mais que le Tour mettait en place ce fameux filet de sécurité.

En résumé, ce système permet aux joueurs des catégories 1 à 16 classés au-delà du top 110 de la Race to Dubai à la fin de la saison de conserver un droit de jeu sur le Tour l'an prochain. Certes restreint, mais un droit de jeu tout de même, qui devrait leur permettre de participer à quinze à vingt tournois en 2022, plutôt que de retourner à l'échelon inférieur. « Ce modèle permet quatre choses importantes », a expliqué Pelley il y a trois mois. « Il permet à nos membres d'améliorer leur catégorie. Il les protège, dans une certaine mesure, en ces temps difficiles. Il donne à la saison en cours du Challenge Tour un réel enjeu sportif en garantissant la promotion à l'échelon supérieur. Enfin, il ne nous met pas en danger vis-à-vis de nos sponsors, promoteurs, partenaires et diffuseurs. »

Les promus des cartes européennes laissés au bord de la route

Bien accueillie par certains – des joueurs qui auraient normalement perdu leur carte pourront rester en grande partie sur le Tour l'an prochain – la nouvelle n'a pourtant pas fait que des heureux. En cause, l'exclusion de ce safety net de l'actuelle catégorie 17, celle des joueurs ayant décroché leur droit de jeu via la finale des cartes européennes fin 2019. S'ils ne terminent pas dans le top 110 de la Race, ceux-là n'auront droit à aucune protection, et seront condamnés à repartir de l'étage du dessous en 2022. « On se sent un peu lésés », indique Grégory Havret, « car même si c'est la plus petite catégorie du Tour, c'est quand même une catégorie du Tour. Quand tu gagnes ton droit de jeu via les cartes européennes, tu t'attends à évoluer sur le Tour l'année suivante. Or, à travers les discussions qu'on a eues avec Keith Pelley, on a compris qu'il considérait davantage cette catégorie 17 relevant du Challenge Tour, avec quelques opportunités de jeu à l'échelon supérieur. »

Personnellement concerné par cette pierre d'achoppement, le Rochelais aux 543 départs, actuellement 235e à la Race to Dubai, s'est fait le porte-parole de ses collègues. « Avec Alejandro Cañizares, on est montés au créneau pour discuter avec Pelley et le comité des joueurs. En moyenne, chacun de nous a participé à 16 ou 18 tournois du Tour cette saison, et moins d'un sur le Challenge Tour. Donc on ne se considère absolument pas comme des joueurs du Challenge Tour, et on estime que cette décision est faussée car, comme ceux des catégories qui nous précèdent, on a gagné notre place parmi l'élite », explique Havret. Un argument totalement recevable, d'autant plus que la catégorie supérieure, la 16, est octroyée en récompense aux meilleurs joueurs des autres circuits internationaux (Asie, Afrique du Sud, Australasie et Corée), qui n'ont donc pas gagné leur place sur le Tour via le Tour.

Mais aujourd'hui, la discussion n'a pas avancé. « Le premier mail que j'ai envoyé à Keith Pelley, c'était le 22 juin. Il m'a répondu un mois plus tard. Avec Alejandro, on l'a ensuite eu au téléphone assez longuement début août, mais depuis on n'a pas eu de nouvelles alors qu'il avait dit qu'il en parlerait au comité des joueurs », explique Havret. « J'ai donc envoyé, mercredi dernier, un mail à plusieurs membres de ce comité pour les alerter, et j'attends toujours leur réponse... » Si, à sa connaissance, un comité des joueurs doit se tenir dans les prochains jours, il n'a pour l'instant aucune certitude sur l'éventualité d'une réponse, qu'elle soit positive ou non. « Je comprends que le Tour veuille protéger ses membres, sur le principe c'est une décision rassurante, mais dans ce cas-là il faut protéger tout le monde. J'espère qu'ils reviendront vite vers nous avec du concret, et pas seulement des sentiments », conclut-il.

Grégory Havret
Grégory Havret (Alexis Orloff / ffgolf)

L'exemple de deux Français

Pour expliquer le concept du safety net, prenons l'exemple de deux Tricolores évoluant cette saison sur le Tour européen, en se basant sur leur classement actuel (au 7 septembre 2021) - et leur souhaitant évidemment de l'améliorer sur les tournois restants ! Mais, en imaginant que la saison s'arrête aujourd'hui :

- Joël Stalter, actuel 214e de la Race to Dubai et titulaire d'une catégorie 13 (vainqueur de tournoi co-sanctionné), bénéficierait l'an prochain de ce filet de sécurité. Il conserverait un droit de jeu lui permettant de disputer 15 à 20 tournois du Tour l'an prochain.

- Jean-Baptiste Gonnet, 173e et titulaire d'une catégorie 17 (qualifié via la finale des cartes européennes), n'en bénéficierait pas, alors qu'il est mieux classé. Il se retrouverait avec une catégorie lui permettant de jouer une poignée de tournois seulement, les plus petits, et serait obligé de redescendre sur le Challenge Tour.


Par Alexandre MAZAS
7 septembre 2021