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David Baudrier, culture physique

Il est l’un des préparateurs physiques les plus en vue dans le monde du golf. David Baudrier collabore avec une quinzaine de golfeurs, dont les plus connus sont Romain Langasque, Nicolas Colsaerts, Victor Dubuisson et Matthieu Pavon. Il nous raconte comment ce confinement de 50 jours a quelque peu bouleversé ses habitudes...

David Baudrier (à droite) avec Matthieu Pavon (à gauche) à Pebble Beach lors du dernier US Open... DR

Cela fait quatre ans maintenant qu’il exerce son métier au plus haut niveau. Romain Langasque a été son tout premier « élève » golfeur. Ils ont ainsi commencé ensemble une collaboration alors que le jeune prodige français venait de remporter le British Open amateur. C’était en 2015. Propriétaire d’une salle à Saint-Cézaire-sur-Siagne (06), cet ancien athlète de MMA au physique dissuasif travaille avec une quinzaine de golfeurs dont six évoluent actuellement sur le Tour européen (Saddier, Langasque, Colsaerts, Pavon, Dubuisson, Roussel). Il distille également son savoir-faire au cavalier Alexandre Ayache et à la snowboardeuse Julia Pereira, médaillée d’argent en snowboard cross aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018. Mais comme il tient à le rappeler, il n’oublie pas non plus ses élèves « lambda » qui représente 60 % de sa clientèle. « Le haut niveau me fait bien vivre mais je n’oublie pas ceux qui étaient là au début, souligne-t-il au son d’un accent qui sent à la fois bon la lavande et le soleil azuréen. Un chef d’entreprise surmené, ça lui fait un bien immense de venir se dépenser à la salle avec moi. Il est donc hors de question de me priver d’eux. Par principe, je ne les lâche pas. » 

Comment avez-vous vécu ce confinement ?
Il a été assez bousculé. J’ai pu profiter de mes gamins et de ma femme. Mais j’ai également pu exercer mon métier. Etant travailleur non salarié disposant d’un Kbis, j’avais le droit de me déplacer. J’allais donc chez les clients leur faire faire du coaching, tout en respectant évidemment les règles barrières (masques, désinfection totale du moindre matériel manipulé, etc.) Mais comparer à mon quotidien où je suis trois semaines sur quatre en déplacement avec les garçons (golfeurs), j’ai pu plus souvent profiter de ma famille. J’ai fait des cabanes, de la maçonnerie… Bref, je me suis occupé…  

Comment avez-vous travaillé avec vos « golfeurs » durant cette période ?
J’ai créé un groupe WhatsApp (DB Performance) où mes 15 golfeurs sont inscrits, de l’amateur aux deux vainqueurs de la Ryder Cup (Colsaerts et Dubuisson). J’ai mis des directives générales, avec évidemment des retouches personnelles à apporter. Il y en avait qui disposait de matériel pour travailler, d’autres non. Certains étaient, à un moment donné de la préparation, décalés par rapport à ceux qui étaient sur le Tour. J’ai donc essayé de mettre en place une préparation générale que j’ai ensuite adaptée à chaque golfeur. Mais tout le monde n’est pas équipé de la même façon (en termes de matériel), ce fut par conséquent assez hétérogène. 

Tout va se bousculer dans les jours et semaines qui viennent. Les gars ont été frustrés pendant deux mois en restant chez eux

Plusieurs golfeurs habitent sur la Côte-d’Azur. Avez-vous pu les voir ?
Tout à fait. J’ai vu quasiment tous les jours Romain Langasque. On habite à 30 mètres l’un de l’autre… D’où sa perte de poids bien avancée, et ses performances en force qui ont bien décollé. J’ai vu aussi Romain Vallaeys, qui évolue sur le Pro Golf Tour. Celui-là, il va bientôt être très solide ! 

Et les autres ?
Il est prévu que je revois Victor Dubuisson dans pas longtemps. Colsaerts (domicilié à Monaco) aime bien se faire la petite séance avant d’aller jouer à Vidauban. Ou sur le retour, ça dépend. Comme je l’ai dit, Langasque, je le vois. Le petit Vallaeys, aussi. Saddier, qui descend bientôt de Haute-Savoie, je le verrai quand il ira rendre visite à Benoit (Ducoulombier), à Saint-Donat. Roussel doit descendre aussi, Tisserand même chose… Tout va se bousculer dans les jours et semaines qui viennent. Les gars ont été frustrés pendant deux mois en restant chez eux, ils ont envie de repartir de l’avant. C’est normal. 

Avez-vous également travaillé par visioconférence ?
Avec quinze golfeurs, si je dois faire une séance d’une heure à chaque fois, ce n’est pas possible. M’asseoir devant un écran, ce n’est pas mon truc… En revanche, j’ai fait des vidéos que j’ai envoyées aux garçons. Avec des exercices et la bonne posture à réaliser. Avec des programmations détaillées. Je leur ai aussi demandé de me renvoyer des vidéos pour effectuer d’éventuelles corrections… Après, les gars me connaissent depuis longtemps maintenant… Quand je leur dis, un épaulé, ils savent ce que c’est. Il n’y a pas vraiment besoin que je regarde derrière. Après, s’il y a des choses nouvelles que je mets en place, là, oui, je ferai une vidéo que j’enverrai par la suite. J’attendrai ensuite un retour pour faire un correctif. 

Ceux qui ont été sérieux et qui ont bougé, il n’y a pas de raison qu’ils aient pris des kilos

Quel genre d’exercice avez-vous mis en place durant ces 50 jours de confinement ?
Les exercices tournaient régulièrement entre le poids de corps et le renforcement. Il ne faut pas se leurrer, faire des miracles pendant deux mois, c’est impossible. A part peut-être quand on s’appelle Bryson DeChambeau en mangeant des steacks et en buvant du Vittel-menthe tout en prenant 20 kilos de muscles. J’ai essayé de garder les mecs concernés et en forme. Pour ceux que je n’avais pas directement dans les mains, c’était plus du bricolage. 

Comment se traduisent concrètement ces exercices que vous avez envoyés ?
Ils reçoivent à chaque fois des PDF explicatifs. Et des vidéos démonstratives dans la foulée. Pour la plupart, ce sont des exercices de renforcement type. Rester en forme et connectés… Certains, qui étaient équipés, pouvaient faire des exercices de vitesse, beaucoup de rotations spécifiques au golf… Mais il s’est posé un problème de taille : le contenu durant ce confinement dépendait aussi d’une hypothétique reprise de la compétition. Si une reprise est annoncée en septembre, ces deux mois de confinement, ils pouvaient les passer à jouer à la console et à manger. C’est même presque contre-productif de mettre trop tôt de l’intensité pour une reprise qui est pour l’instant encore très floue… D’ailleurs, je ne crois pas à un retour de la compétition en Angleterre fin juillet, début août. 

Avez-vous constaté des prises de poids importantes ?
Même si je leur demande, ils ne me le diront pas (rires) ! Ils sont trop malins pour ça. Ceux qui ont été sérieux et qui ont bougé, il n’y a pas de raison qu’ils aient pris des kilos. Pour les autres, ce n’est pas grave, ils vont repasser dans mes petites mains… Si on reprend à la mi-septembre, en un mois et demi, la prise de poids sera réglée. Rien d’alarmant !  

Quelle est la tâche la plus urgente pour vous actuellement ?
Le plus ennuyeux, c’est que j’aimerais établir un planning. Si je le fais pour mi-septembre et que, miraculeusement, on se rend compte que le Covid-19 est moins virulent et qu’on peut reprendre fin juillet en Angleterre, on va être en retard sur la planification. Mais si on reconfine tout le monde en juin, on aura bossé pour rien. C’est très frustrant comme situation. En fait, on navigue à vue. On ne sait pas où on va. Je fais donc du bricolage. On ne pourra travailler à fond que lorsqu’on aura des dates de reprises arrêtées. Là, on pourra alors bosser tel cycle, ou telle filière… Pour le moment, les gars sont dans un cycle force. On ne peut pas faire grand-chose d’autre... 


Par Lionel VELLA
21 mai 2020