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Le jour où Grégory Havret a battu Phil Mickelson

En ne bénéficiant pas d’une catégorie suffisante pour disputer à partir de jeudi l’Open d’Ecosse version Rolex Series, le Rochelais revient sur son historique succès en 2007 après avoir battu en play-off un certain Phil Mickelson.

Le vaincu n'est pas celui que l'on croit... Richard Heathcote / Getty Images Europe - AFP
01-04
octobre
ABERDEEN STANDARD INVESTMENTS SCOTTISH OPEN
LIEU : The Renaissance Club, Écosse
CIRCUIT : European Tour

Le 38e Scottish Open de l’histoire débute ce jeudi au Renaissance Club, à North Berwick, non loin d’Edimbourg et surtout de Muirfield, hôte régulier de The Open. Estampillé Rolex Series depuis 2017, cet événement, l’un des plus prestigieux sur le Tour européen, se dispute cette année avec un champ réduit à 126 joueurs. Déplacé de juillet à début octobre en raison de la pandémie liée au Covid-19, il ne peut, compte tenu de l’ensoleillement restreint en cette période de l’année, proposer un champ habituel. Ce sera également le cas la semaine prochaine à Wentworth au BMW PGA Championship. Un autre Rolex Series. Plusieurs joueurs issus du Challenge Tour 2019, notamment les Français Robin Roussel et Antoine Rozner, en font les frais. Tout comme Grégory Havret, 44 ans le 25 novembre prochain, en possession d’une catégorie (17) ne lui permettant pas, hélas, de croiser le fer avec les meilleurs. Pourtant, ce tournoi tient une place vraiment à part dans le cœur du Rochelais. C’est en effet ici, en Ecosse, qu’il a écrit certainement les plus belles pages du golf tricolore.

Thomas Levet avait ouvert la voie

« C’est ma plus belle victoire sur l’European Tour, confirme-t-il, doucement. Il n’y a pas photo. Oui, ce Scottish Open 2007 (12-15 juillet) restera ma plus belle victoire. J’espère qu’il y en aura d’autres. Mais elle sera très dure à battre (rires) ! »
Le Loch Lomond Golf Club, situé près de Glasgow, accueille alors l’événement sans interruption depuis 1996. Un site sublime où trois ans plus tôt Thomas Levet s’était imposé avec un score de -15, un coup devant Michael Campbell (qui remportera l’US Open l’année suivante) et deux sur le duo David Howell-Ernie Els.

« C’est un parcours qui me réussissait plutôt bien, sur lequel j’avais tendance à bien jouer au fil des années, se remémore encore Havret. En 2004, justement, j’avais été en dernière partie le dimanche. Mais j’avais malheureusement mal joué. J’avais fini 10e. J’étais assez à l’aise là-bas. Pour moi, Loch Lomond est très certainement le plus beau parcours sur le Tour européen. En tout cas, l’un des quatre plus beaux. On évolue dans un cadre vraiment magnifique durant toute la semaine. C’était déjà un gros tournoi à l’époque. Le deuxième ou troisième plus gros événement de la saison. Si les Rolex Series avaient alors existé, il en aurait fait partie, sans aucun doute. Le champ de joueur réunissait tout un tas de stars mondiales, dont Phil Mickelson. On était une semaine avant l’Open britannique (programmé cette année-là à Carnoustie). »

Un gars assez sympa

Pendant 36 trous, le Français ne commet aucune erreur. Pas un seul bogey à l’horizon. Il trône donc assez logiquement en tête à -10 (avec deux cartes de 68 et 66) en compagnie de l’Espagnol José Manuel Lara. Les Américains Phil Mickelson et Boo Weekley sont respectivement troisième et quatrième à un et deux coups derrière. Ernie Els, lui, est septième à -7. Après 54 trous, Mickelson passe toutefois devant à -12. Avec un 70 (-1), Havret est seul deuxième à -11. Les deux hommes se retrouvent donc en dernière partie le dimanche…

« Il ne devait pas trop me connaître avant ce dernier tour, souffle le Français. Mais il ne me prend pas du tout de haut. Son plan est de bien jouer en Ecosse pour être là la semaine suivante au British Open. Il a fait honneur à Barclays, son sponsor à l’époque (qui est alors aussi le sponsor titre du Scottish Open). Il a envie d’aller au bout de ce tournoi qui lui échappe depuis de nombreuses années. Je sentais dans ses yeux que ce Scottish était très important pour lui. Nos échanges ont toujours été très courtois durant ce dernier tour… Mickelson n’est pas du tout avare de discussion. Quand je vais vers lui, il me répond très gentiment. Mais ce n’est pas lui qui va vers moi. Il n’hésite à me dire qu’il aime l’Europe, qu’il aimerait bien jouer un peu plus sur le Tour européen pour découvrir toutes les merveilleuses villes… J’ai le souvenir d’un gars assez sympa. »

Lefty se manque au driving

Sur le green du 18, le gaucher de San Diego a la possibilité de remporter le tournoi. Mais il ne peut éviter le bogey. Havret, lui, signe un ultime 68 (-3) et revient à hauteur du n°3 mondial de l’époque, auteur d’un 69 (-2). -14 (270) pour les deux hommes. Play-off en mort subite sur le par 4 du 18 !

« Il n’était pas dans une très bonne journée de driving, notamment sur les derniers trous, ajoute encore Greg Havret. Au 18, au 72e trou, il s’était recentré et avait fait bogey… Au 15 et au 16, il n’avait pas fait un drive… Il s’en était bien sorti à chaque fois en faisant le par… Le 18, c’est un trou exigeant au départ. On est obligé de mettre la balle sur le fairway pour avoir une chance de jouer un deuxième coup plus serein, certes encore long mais avec un fer 7 ou 6. Il a l’honneur de démarrer ce play-off… Et puis s’il ne fait pas un bon coup, ça va me permettre de souffler un peu… Et c’est ce qui se passe puisqu’il envoie sa balle directement dans l’eau avec un gros push pour lui, à gauche. Moi, je suis dans une bonne journée de driving et cet épisode m’a bien détendu. Je place ma balle plein fairway. Il n’y a plus qu’à gérer la situation mais je le fais moyennement puisque j’envoie mon deuxième coup dans le bunker de green. J’ai la hantise de voir ma balle pluggée dans le sable. C’est ça qui me fait peur quand je m’approche du bunker. Mickelson, lui, se recentre assez bien et est au bord du green. Ma balle dans le bunker est finalement bien placée, ça me rassure. A l’arrivée, je fais sortie-putt pour le par. C’est gagné ! Là, je réalise d’un seul coup que je viens d’accrocher à mon tableau de chasse le n°3 mondial, qui est une de mes idoles, dans un très gros tournoi, qui me qualifie la semaine suivante au British Open, pour un WGC aussi un peu plus tard (WGC-Bridgestone Invitational), et avec par-dessus le marché un très joli chèque… C’est une avalanche de bonnes nouvelles. »

Autographes à l'aéroport d'Edimbourg

Ernie Els finit troisième. Luke Donald et Louis Oosthuizen prennent la quatrième place. Ian Poulter est dans le top 10 (8e). Que du lourd. Comme le montant du chèque alloué au vainqueur : 738 255 euros ! « Avec cette somme, je me suis fait un petit plaisir que j’ai regretté par la suite, poursuit Havret. J’ai acheté deux paires de Foot Joy en croco… A l’époque, j’étais tout content. Aujourd’hui, je ne peux plus les mettre ! »

L’Ecosse incontestablement terre de victoire pour le Français puisqu’il gagnera de nouveau l’année suivante. A Gleneagles cette fois. Au Johnnie Walker Championship.
« Pendant longtemps, il m’arrivait de signer des autographes à l’aéroport d’Edimbourg alors qu’à Roissy-Charles-de-Gaulle, je passais inaperçu, conclut-il dans un grand éclat de rires. L’Ecosse, c’est le pays du golf par excellence. Avec un public exceptionnel devant lequel j’ai adoré bien jouer. J’ai eu la chance de gagner deux fois là-bas sur deux parcours exceptionnels. L’un a reçu la Ryder Cup, l’autre est tout simplement mythique. Si je pouvais faire ça une dernière fois, soit en Ecosse, soit en France, ce serait génial ! »


Par Lionel VELLA
30 septembre 2020