Les stats à la loupe

Scrambling, strokes gained, sand saves, greens en régulation et fairways touchés… Dans cette série en six épisodes, nous vous emmenons à la découverte des statistiques de golf, de leur fabrication comme de leur signification, afin que vous ayez toutes les clés pour comprendre le golf de haut niveau.

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Les stats à la loupe (5/6) : Dans tout ça, que pèse le putting ?

Le putting est souvent décrit comme le secteur de jeu le plus décisif du golf. Une affirmation à propos de laquelle certaines statistiques semblent toutefois têtues. Certaines...

Devinette. Qu’ont en commun (à part le fait d’être joueurs du PGA Tour en 2022) Lucas Herbert, Denny McCarthy, Brendon Todd, Tyrrell Hatton et Beau Hossler ? Si vous avez trouvé (sans tricher) qu’il s’agit, dans l’ordre, du quinté arrivé en tête du strokes gained putting sur le grand circuit nord-américain lors de la saison 2021-2022, bravo, vous êtes très fort. Et si vous saviez cela, quelque chose a dû, forcément, vous interpeller. Comment ces joueurs, en puttant aussi bien, ont-ils fini la saison aussi mal ?

Aucun d’entre eux n’apparaît en effet dans le top 10 du classement final de la FedEx Cup. Ni dans le top 20. Ni même dans le top 30, autrement dit dans les places qualificatives pour la grande finale de la saison, le Tour Championship. Le mieux classé d’entre eux, Denny McCarthy, a fini l’année au 37e rang.

Et inversement...

Le plus drôle, c’est que l’exercice peut être fait dans l’autre sens. Prenez le trio final de la FedEx Cup, avec dans l’ordre Rory McIlroy, suivi à égalité de Scottie Scheffler et Sungjae Im. Ils sont respectivement 16e, 37e et… 58e de cette même catégorie statistique du strokes gained putting. Alors qu’au classement du strokes gained sur le reste du parcours (tee-to-green)… tiens tiens, comme par hasard, McIlroy est 2e, Scheffler 4e et Im 9e. Un classement dans lequel on retrouve l’un de nos fous furieux du putting, Lucas Herbert, à une moelleuse 189e position. Ce n’est pas tout : le phénomène est similaire avec les statistiques de moyenne de putts par tour, d’évitement des trois-putts, et de pourcentage de un-putt.

Mais alors que se passe-t-il ? Où est-il passé, le putting tout puissant, ce secteur de jeu dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est le plus important, le plus fondamental, du plus bas niveau amateur aux meilleurs joueurs du monde ? Où est-elle, la récompense promise à celui qui essuie tant de misères sur les bords (parfois éloignés) du fairway mais parvient à rentrer un bon putt pour éviter une catastrophe ? Et toutes ces vidéos qui pointent les lacunes de certains pros au putting ? En une question comme en cent : Pourquoi nous a-t-on menti depuis toutes ces années ?

Une histoire de mesure

Si vous venez de lire ce paragraphe pendant une petite pause au cours de votre entraînement au putting, ne rangez pas votre putter. Non, on ne vous a pas menti. Bien putter est vital. Seulement, au sein de la kyrielle de statistiques existant désormais à propos du putting sur les grands circuits, certaines semblent être plus en corrélation avec les résultats des joueurs. Car elles mesurent avec plus d’acuité ce qui peut, réellement, faire une différence.

Le PGA Tour, avec son partenaire en la matière CDW, a ainsi développé des catégories statistiques qui tentent précisément de répondre à ces besoins. La première s’intitule le Total putting. Il s’agit d’un nombre, obtenu par addition des statistiques d’un joueur dans six compartiments différents, en fonction de la longueur de chaque putt. Chacun de ces compartiments est pondéré dans le total final par la fréquence à laquelle le joueur doit y faire face. À noter que pour les putts à 25 pieds et moins (soit 7,62 m), on considère le nombre de putts rentrés. En revanche, au-delà, on prend en compte la capacité du joueur à éviter le trois-putts. Et là, premiers instants magiques : Xander Schauffele, 4e de la FedEx Cup 2021-2022, apparaît en 10e position. C’est un bon début.

Une autre catégorie s’intitule le Putting average. Son objectif est de gommer l’effet déformant forcément induit par la qualité du chipping. Pour cela, les statisticiens prennent tout simplement en compte uniquement le nombre de putts sur les greens touchés en régulation. Et là, tiens donc ! Scottie Scheffler fait son apparition en 4e position, tandis que Xander Schauffele fait son entrée dans le top 10, à la 8e place. On progresse, on progresse…

Tout est dans le bonus

Autre mesure intéressante : le Bonus putting. Cette fois, il s’agit de mesurer la capacité d’un joueur à rentrer des putts à une distance où, justement, le taux de réussite commence à baisser (d’où la notion de bonus). Pour cela, les statisticiens additionnent le nombre total de putts rentrés par un joueur à 5 pieds ou moins (environ 1,50 m) et son nombre de putts rentrés entre 5 et 20 pieds (environ 6 m). En divisant ce total par le nombre total de putts tentés à 5 pieds et moins, cela permet de faire ressortir ceux rentrés au-delà de cette distance. Pour information, les joueurs du PGA Tour, de manière globale, rentrent 76 % de leurs putts à 5 pieds, et 15 % de leurs putts à 20 pieds. Signe que la zone critique se situe bel et bien dans cette région.

Et là, ô magie, Sungjae Im est 9e, et Rory McIlroy, réputé maladroit dans cet espace, 11e. Certes, Denny McCarthy, Tyrrell Hatton et Beau Hossler font toujours partie du quatuor de tête. Mais cette fois, une différence minime les sépare des leaders de la FedEx Cup, qui les dominent par ailleurs dans les autres compartiments du jeu.

De cela, que conclure ? Tout d’abord que mesurer l’impact du putting est compliqué par définition. En effet, arrivant systématiquement à la conclusion du trou, il est le secteur de jeu le plus sujet aux influences des autres (grand jeu et chipping). Ensuite, que la corrélation avec les résultats globaux se fait plus forte dès lors que l’on se concentre sur les putts clés, ceux qui font faire des birdies et éviter des bogeys. Et puis enfin, qu’il y a une chose sur laquelle il est, quoi qu’il arrive, impossible de vous mentir : rentrer un putt permet toujours de faire un coup de moins qu’en le ratant.


Par William LECOQ
25 novembre 2022