Victor Dubuisson, le retour

Absent des fairways du Tour européen pendant presque toute la saison 2018 pour cause de blessure, Victor Dubuisson est de retour sur le circuit en 2019.

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Victor Dubuisson, le retour - Épisode 1 : Premières promesses

Après une saison 2018 au cours de laquelle il n'a disputé qu'un seul tournoi, l'open d'Espagne en avril, avant de se faire opérer du tympan, Victor Dubuisson est de retour sur le circuit européen en 2019. En quatre tournois, disputés au Moyen-Orient entre fin janvier et début mars, l'ex-numéro 1 français a montré qu'il n'était pas loin de son meilleur niveau.

Un retour discret à Hong Kong

Au lendemain de la finale de la Race to Dubai mi-novembre dans les Émirats, la saison 2019 démarre, comme de coutume, avec quelques semaines d'avance sur le calendrier. Le 22 novembre, c'est à Hong Kong, et dans un relatif anonymat, que Victor Dubuisson plante le tee au départ d'une épreuve du Tour européen pour la première fois depuis l'open d'Espagne, sept mois auparavant (12-15 avril). La cause de cette longue absence ? Un tympan abîmé dans le vol aller vers Madrid, puis carrément explosé au retour ! Opéré dans la foulée, le Cannois indiquait quelques semaines plus tard à notre confrère de Nice-Matin, Fabien Pigalle, n'entendre « pratiquement rien côté gauche » et « ne plus pouvoir prendre l'avion ».

Clubs rangés au placard, le joueur de 27 ans se consacre alors à sa rééducation. Sans faire dans la demi-mesure : dans un billet publié sur le site du Tour le 22 novembre, il indique ainsi avoir repris l'entraînement physique pour la première fois depuis six ans. « Auparavant, je mangeais ce dont j'avais envie et je n'allais jamais à la salle de sport. Aujourd'hui, je cours beaucoup et je fais régulièrement de la musculation. Je me sens bien mieux au niveau de la respiration, et que ce soit sur le parcours ou au practice, tout me semble plus facile », poursuit-il. La conséquence la plus visible de cet entraînement intensif est une perte de poids considérable, comme le rapporte Raphaël Jacquelin dans sa chronique de décembre dans le mensuel Journal du Golf : « Victor m'a dit qu'il avait perdu 26 kilos. Il est passé de 102 kilos à 76 ! Il est presque méconnaissable tellement il a fondu. Il est devenu fou de course à pied. C'est bien qu'il ne soit pas blessé parce que ça peut arriver quand on court deux heures par jour. Surtout quand on a un peu de surpoids ! Ça montre que physiquement, il est costaud. »

À Hong Kong, sur un tracé plutôt technique, son manque de repères clubs en main a raison de son enthousiasme : en concédant des bogeys sur ses deux derniers trous le vendredi, Dubuisson manque le cut... de deux coups. Pas de quoi doucher son envie de jouer, cependant, comme il l'affirme à nos confrères de l'European Tour : « Je suis bien décidé à beaucoup jouer cette saison. Le jeu m'a manqué. [...] Je n'avais jamais eu de coupure aussi longue depuis que j'étais gamin, et ça m'a manqué, surtout de jouer en compétition. » Confronté à la nécessité de garder sa carte d'ici la fin de l'année, le Cannois annonce alors son intention de disputer les tournois au Moyen-Orient en janvier et février.

L'imbroglio des inscriptions manquées

Mi-janvier, l'Abu Dhabi HSBC Championship marque le réel coup d'envoi de la saison. Disputé sur un parcours très costaud, avec un champ de joueurs particulièrement relevé, le tournoi a pour la première fois en 2019 l'étiquette Rolex Series. Un rendez-vous immanquable, donc, auquel Dubuisson n'est pourtant pas présent. « Son agent, qui gère depuis des années sa carrière et son calendrier, a pris contact fin 2018 avec l'European Tour pour confirmer sa venue à Abu Dhabi et à Dubaï la semaine suivante », raconte notre confrère Fabien Pigalle. « Sauf que la procédure d'inscription a été modifiée : il ne suffit plus de passer un coup de fil ou d'envoyer un mail pour que ça soit pris en compte. Passés les délais d'inscription, ils se sont rendus compte qu'il n'était pas inscrit... » La demande d'invitation faite par le Français aux organisateurs n'aboutissant pas pour Abu Dhabi, Dubuisson est donc contraint de rester à la maison une semaine de plus...

On le retrouve fin janvier à Dubaï, invité cette fois-ci, puis la semaine suivante en Arabie saoudite, dûment inscrit. En deux épreuves, « Dubush » montre que le jeu est bien là : deux scores totaux de -9 et -8, une seule carte au-dessus du par en huit tours disputés, pour une 38e place au Desert Classic et une 18e au Saudi International. Prometteur, mais pas étonnant de l'avis de Romain Langasque, son compère azuréen avec qui il partage souvent des parties de reconnaissance : « On sentait en début d'année qu'il cherchait un peu ses repères, par rapport à sa perte de poids. Mais sur le dernier tournoi où je l'ai vu, franchement il était impressionnant ! Il met des missiles au driving et des traits avec les fers. Ce qu'il l'a empêché de faire de très bons résultats, notamment en Arabie saoudite, c'est le putting. Ça a toujours été le cas pour Victor, mais attention à lui quand ça va se mettre comme il faut... »

Presque au top à Oman, « en vrac » au Qatar

Inscrit un temps pour le Vic Open (7-10 février), Victor Dubuisson renonce finalement au long voyage jusqu'en Australie, et s'offre trois semaines de break. Entre quelques parties de pêche en mer Méditerranée - sa grande passion hors-golf - il passe le plus clair de son temps à l'entraînement, au golf de Saint-Donat ou dans son fief de l'Old Course à Cannes-Mandelieu. « Il est motivé comme jamais ! » s'exclame son coach, Benoît Ducoulombier. « Il vient au practice, il tape des balles, il fait ses parties d'entraînement, il bosse quoi. Il fait des quatre-balles avec les autres joueurs que j'entraîne, Saddier, Pavon et compagnie, chose qu'il ne faisait jamais avant. Il part tôt en tournoi, il fait les recos et il ne se désengage pas la veille. C'est vraiment bon signe. »

Requinqué, le double vainqueur du Turkish Airlines Open réalise début mars à Oman sa meilleure semaine : quatre tours dans ou sous le par, un score total de -2 à cinq coups du vainqueur, et une place de 12e, son meilleur résultat depuis fin 2017. « Il est en super forme, il est très détendu et il joue super bien au golf », résume Romain Langasque. « On sent qu'il est à la fois concentré et détaché du résultat. Bref, c'est un super Victor ! »

Présent au Qatar la semaine suivante, il est hélas contraint à l'abandon après un premier tour pourtant correct (73, +1). Pas pour blessure, mais en raison d'une gêne respiratoire, comme l'explique Benoît Ducoulombier : « Il y avait énormément de poussière de ciment charriée par le vent, puisqu'il y a des travaux partout là-bas. Et comme il a eu de grosses opérations au niveau des sinus, ça l'a mis en vrac au niveau respiratoire. » Interrompu sur sa lancée, Dubuisson est à nouveau contraint de prendre son mal en patience avant de retrouver le chemin de la compétition.

@dubuissonvictor

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Le bon signe indien

Non invité, une fois de plus, pour le Maybank Championship la semaine dernière - « il était fou de rage ; et s'il l'avait eue, il y serait allé, je vous le garantis ! » assure son entraîneur - le Tricolore est en revanche bien présent cette semaine en Inde. Une décision qui peut paraître étonnante, pour ce tournoi modestement doté auquel seuls Romain Wattel et Raphaël Jacquelin participent également côté français, mais qui de l'avis de tous est un signe très positif. « Il ne revient pas par la grande porte, il n'a pas une catégorie énorme, donc il n'a pas vraiment le choix : il doit faire sa carte comme n'importe quel joueur, en faisant le boulot normalement », analyse Benoît Ducoulombier. « Mais franchement, je sens qu'il a envie. Le fait d'être parti en Inde le prouve. » Même son de cloche chez Langasque, qui mettrait même une petite pièce sur les chances de voir son ami s'imposer au DLF Golf & Country Club : « C'est un parcours très dur du tee au green, avec des greens qui sont un peu "débiles", en montagnes russes. Tout le monde va avoir un peu de mal au putting, donc attention à Victor ! »


Par Alexandre MAZAS
27 mars 2019