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L'Interview Hors-Limites : Perrine Delacour

Rendez-vous avec Perrine Delacour, la jeune Française qui s’est fait une place sur les fairways américains.

L'Interview Hors-Limites : Perrine Delacour
La Picarde Perrine Delacour peut avoir le sourire après son très bon début de saison. Symetra Tour

Trou n°1 : le championnat de France des Jeunes 2019 termine tout juste, y as-tu déjà participé ? Quel souvenir en gardes-tu ?

J’y ai participé dans toutes les catégories, de poussine (ndlr : actuelle catégorie U12) à minime. C’est un peu le rendez-vous incontournable quand tu es plus jeune, et le titre qu’on convoitait tous.

J’ai été championne de France et vice-championne de France à plusieurs reprises, c’était une compétition qui me réussissait plutôt bien !

Trou n°2 : si tu pouvais revivre une année laquelle choisirais-tu ? 

Cette année n’est pas encore terminée, mais je pense qu’elle se positionnerait bien dans les années à revivre. En tout cas pour ce début de saison. Je suis bien dans mon golf, bien dans ma tête, bien dans ma peau. Pour l’instant c’est une très belle année.

Trou n°3 : si tu devais faire un autre métier lequel choisirais-tu ?

Quand j’étais plus petite, je voulais être agricultrice. Mon grand-père avait une exploitation et cela me fascinait, je passais beaucoup de temps avec lui et je partageais sa passion. Puis j’ai découvert la petite balle blanche et ça a pris beaucoup de place dans ma vie !

Aujourd’hui, étant donné que je passe le plus clair de mon temps au golf, je pense que je m’orienterais vers une carrière dans ce milieu. En tout cas, je serais incapable de rester derrière un bureau, j’ai besoin de bouger et d’être dehors. Mais je n’ai pas d’idée précise de ce que je ferai pour le moment.

Trous n°4 : quel est le pire souvenir de ta jeune carrière ?

Sans hésiter en 2015, lorsque le médecin de la LPGA m’a appelé un vendredi pour me dire que je devais arrêter de jouer car j’étais blessée au poignet et qu’il fallait que je me fasse opérer.

Je devais prendre l’avion le lendemain pour aller jouer l’US Open, j’étais qualifiée au British Open et en passe de l’être pour The Evian Championship. J’ai dû me scratcher pour toutes les compétitions et ça a été un très gros coup dur.

Le vendredi après-midi a été compliqué… et j’ai eu du mal à m’en remettre. J’ai été arrêtée pendant six mois, et je n’ai pu retourner sur le circuit qu’en mars 2016.

Trou n°5 : quel est ton plus grand complexe ? 

C’est une question compliquée ça ! Je n’y ai jamais trop réfléchi je crois.

Ma plus grande difficulté c’est que je donne rarement ma confiance à quelqu’un. Mais je ne sais pas si on peut parler de complexe.

Trou n°6 : tu fais appel depuis quelques temps à un préparateur mental, en quoi cela t’aide ?

Oui j’ai décidé de me faire aider l’année dernière car j’ai eu un gros moment de doute, au point que j’ai failli mettre un terme à ma carrière. J’avais l’impression que rien ne me souriait, ce n’était pas facile.

Il m’a beaucoup aidé, même sur le plan personnel car ce n’est pas toujours facile de se retrouver loin de sa famille, ses amis, ses repères dans un pays étranger, de s’intégrer dans cette nouvelle vie aux États-Unis.

Depuis je vais beaucoup plus de l’avant et mon mental à l’extérieur du parcours n’influe plus sur mon mental sur le parcours. C’est une bonne chose. 

Tu rentres souvent en France ? 

Assez rarement, tous les six mois si tout va bien et sinon une fois par an. Je rentre en Picardie chez mes parents.

Je suis plus avantagée sur les parcours où il faut placer la balle.

Trou n°7 : est-ce que tu as l’impression que les gens que tu côtoies aux États-Unis sont sensibilisés aux questions écologiques actuelles ?

Oh non, pas vraiment. Les Américains sont encore très loin de toutes ces préoccupations dans leurs têtes. Dans le milieu du golf déjà, c’est compliqué. Je n’ai pas l’impression que les joueurs s’y intéressent beaucoup pour le moment. 

Moi j’y pense forcément parce qu’en France on en parle beaucoup, on essaye de faire bouger les choses. Donc j’essaye aussi d’avoir un comportement respectueux de l’environnement parce que j’y suis sensibilisée grâce à ma culture française. 

Trou n°8 : est-ce qu’il vous arrive de faire des parties d’entraînement avec les garçons ? 

À Orlando, on joue parfois avec les garçons amateurs qui s’entrainent aussi dans le même club que moi. Mais jamais avec les pros. C’est assez rare que les hommes et les femmes se mélangent en définitive.

Trou n°9 : comment t’es-tu retrouvée aux États-Unis, c’est un choix, une opportunité ?

Alors moi je n’ai pas fait d’université américaine. J’étais en sport-étude à Paris, puis j’ai passé mon baccalauréat et je suis devenue pro directement.

Initialement j’avais dans l’idée de faire une fac aux US, comme à peu près tout le monde à cette époque. Mais à la fin de mon année de première, j’avais fait une belle année, mon entraîneur m’a dit que j’allais jouer les cartes pour accéder au circuit américain. Il n’y avait aucun objectif concret, c’était juste pour emmagasiner de l’expérience auprès des meilleures joueuses. Mais finalement j’ai obtenu une catégorie partielle sur le LPGA et une catégorie pleine sur le Symetra Tour.

Donc l’aventure a commencé comme ça. D’autant plus que je n’étais pas fan de l’école à cette époque donc je suis partie faire ma première saison sur le circuit américain.

Je suis arrivée aux États-Unis, je venais d’avoir 19 ans, je n’avais pas le permis, je parlais très peu anglais. Ça a été un sacré changement. Isabelle Boineau m’a beaucoup aidé les premiers mois et j’ai rapidement progressé en anglais, ce qui m’a aidé à m’intégrer.

Trou n°10 : est-ce que tu suis un régime alimentaire spécifique ?

Globalement j’essaye de faire attention à ce que je mange, même si je ne suis pas un régime strict.

Que penses-tu des tendances « vegan », « gluten free » qui font beaucoup parler d’elles, y compris chez les sportifs de haut niveau ? 

C’est vrai qu’on en entend pas mal parler mais je ne suis pas du tout sensible à ce type d’alimentation on va dire. J’aime la viande et j’adore les pâtes. Et pour avoir déjà essayé les pâtes sans gluten, clairement je ne réitérerai pas ! 

Mais c’est certain que l’alimentation des golfeurs évolue au même titre que la préparation physique par exemple. Ce n’est peut-être pas aussi strict que dans d’autres disciplines mais c’est déjà mieux qu’avant.

Trou n°11 : quels sont tes golfs préférés en France et à l’étranger ? 

En France, le golf de Morfontaine.

Et à l’étranger je n’en n’ai pas joué énormément non plus, mais j’ai un super souvenir en Australie où j’ai joué le Royal Melbourne, le parcours qui avait accueilli une édition de la President’s Cup, c’était absolument magnifique. 

Techniquement, quel est ton type de parcours ?

Je n’ai pas vraiment de type de parcours préféré, mais c’est vrai que je suis plus avantagée sur les parcours où il faut placer la balle. Je drive pas mal donc sur les parcours un peu sélectifs à la mise en jeu, où il faut être précise, je m’en sors bien. En revanche, les parcours larges où il faut taper fort ce n’est pas vraiment mon truc. 

Trou n°12 : les questions d’égalité de salaires hommes/femmes ont été beaucoup soulevées lors de la dernière coupe du monde de football féminine, qu’en est-il dans le monde du golf selon toi ?

Il y a évidemment encore de grosses différences hommes/femmes, et c’est parfois un peu déroutant de voir tant d’écarts alors qu’on produit le même travail.

Mais je trouve que l’on voit une certaine évolution depuis quelques années, déjà depuis que je suis passée pro, les choses ont changé, et nous sommes un peu plus reconnues.

Au niveau financier ce n’est pas forcément facile, tout dépend du rythme et des résultats, mais c’est vrai que l’enjeu financier reste une pression supplémentaire. Heureusement que nous avons des sponsors, cela apporte une certaine sécurité.

Aujourd’hui j’essaye au maximum de ne pas y penser pendant les tournois, avant cela prenait beaucoup de place dans ma tête. Mais maintenant je me dis que c’est juste du golf, qu’il y pire dans la vie. Ma famille, mes amis et moi-même sommes en bonne santé, il faut relativiser la place du golf et juste se faire plaisir.

Inconsciemment, on y pense forcément, notamment sur un putt crucial pour passer le cut, ou gagner une place, mais cette pensée n’est plus omniprésente et c’est une bonne chose !

Là j’ai fait deux bons résultats qui me permettent d’être plus sereine, mais ce n’est pas toujours le cas.

Trou n°13 : si tu as des enfants, tu penses que tu les inciteras à jouer au golf ?

C’est certain que cela me ferait plaisir qu’ils jouent au golf, mais je ne les forcerais pas. Moi je garde d’excellents souvenirs, car le golf était avant tout un sport familial, une passion que l’on partageait avec mes frères, ma sœur et mes parents. Ce sont des bons moments que j’aimerais revivre.

L'Amen Corner

Trou n°14 : ta chanson préférée ?  Photograph d’Ed Sheeran.

Trou n°15 : ton sportif préféré ? la skieuse américaine Lindsay Vonn.

Trou n°16 : ton plat préféré ? Un plat de pâtes au beurre.

Trou n°17 : ta destination de vacances préférée ? la Martinique. 

Trou n°18 : ton coup de golf préféré ? le drive un peu en draw.

 

À toi de jouer maintenant, de quel joueur ou joueuse souhaites-tu tester les limites pour L’Interview Hors-Limites du mois de septembre ?

 Céline Herbin, Julie Aimé et un garçon, Adrien Mörk.


Par Prune JUNGUENET
6 août 2019