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Le petite histoire du Golf et des Jeux Olympiques : « nous nous sommes tant aimés ! »

À travers des lieux, des dates, des hommes, un survol des relations chaotiques entre le monde olympique et celui du golf, des premières amours  (1900) jusqu’aux retrouvailles (2016).

le podium masculin en 2016

Date et lieu du « OUI » officialisé au retour du Golf aux Jeux Olympiques ?  Le 9 octobre 2009, lors de la 121ème session du CIO qui s'est tenue à Copenhague. Il est acté que la nouvelle page de l’histoire du golf olympique s’écrira aux Jeux de Rio de Janeiro, en 2016.

Le grand bazar à Paris. Certains athlètes ont participé à la deuxième édition des Jeux modernes, à Paris, en 1900 (après Athènes en 1896) sans même se rendre compte de quelle épreuve il s’agissait réellement :  « Il y régna un grand dilettantisme, avec des participants qui ne s’étaient jamais inscrits et des inscrits qui ne vinrent jamais », peut-on lire sous la plume d’André-Jean Lafaurie (Dictionnaire amoureux du Golf, paru chez Plon).

Organisés sous le nom de « Jeux de l’Exposition », pendant l’Exposition Universelle, ces jeux-là s’étirèrent tant dans le temps – cinq mois ! – que beaucoup finirent par perdre le fil.  Le «  concours de golf » fut organisé sur l’un des quinze parcours existant à l’époque dans l’hexagone, au golf de Compiègne, à 70 kilomètres de Paris, car le plus proche de la capitale, le golf de Mesnil-le-Roi, ne comportait que 9 trous.

Médaillés d’or à leur insu ! Finalement, le mardi 2 octobre 1900, après 36 trous disputés en une seule journée, l’Américain Charles Sands s’impose comme le vainqueur du « Grand Prix de l’Exposition », ce qui lui vaudra, après coup, de se voir décerner une médaille d’or.

Le mercredi 3 octobre, l’Américaine Margaret Yves Abott, golfeuse de Chicago, venue faire des études d’art à Paris, décroche l’or olympique… à son insu. Vêtue d’une robe longue blanche et d’un chapeau à voilette, elle s’impose avec élégance dans une compétition à laquelle participait également sa mère, écrivaine. Margaret Yves Abott-Dunne, mère de quatre enfants est morte en 1955 sans jamais avoir été informée qu’elle était la première championne olympique de golf.

La longue traversée du désert. Le golf présent en 1900 à Paris, et 1904 à Saint-Louis (Missouri), au programme des Jeux Olympiques, aura disparu des zones radars olympiques durant 112 ans. Son réveil, tout comme celui du rugby (à VII), aurait sans doute eu plus d’impact s’il s’était produit en 2012, aux Jeux de Londres (ou encore plus fort : à Paris, longtemps ville favorite !) mais peu importe, l’essentiel est qu’il s’est parfaitement bien tenu aux JO de Rio, en 2016.

La der à Saint-Louis. Grands triomphateurs aux Jeux d’Athènes (1896) et à Paris (1900), les Américains proposent d’organiser les JO de 1904. Reprenant le concept de l’exposition universelle de Paris 1900, ils choisissent Saint-Louis, dans le Missouri pour y faire à peu près la même chose avec un beau succès populaire.

Mais côté sport, même erreur qu’à Paris: la durée des épreuves  est si longue (21 semaines ! 1 juillet-23 novembre !) que plus personne ne s’intéresse aux résultats sportifs.

À Saint-Louis, en 1904, et puis plus rien.  L’épreuve de golf dont on ne sait pas encore que ce sera la dernière avant 112 ans, se déroule au Glen Echo Country Club de Saint-Louis, du 16 au 24 septembre 1904.

Sur les six équipes de dix joueurs engagées pour disputer la compétition de golf par équipes (trente-six trous, medal play, avec addition de tous les scores) seules deux formations, la Western Golf Association et la Trans-Mississippi Golf Association, sont présentes au matin du 17 septembre.

À la hâte, un troisième groupe est constitué parmi les joueurs, spectateurs et accompagnateurs présents ce matin là. La Western Golf Association, conduite par Henry Chandler Egan (champion en titre de l’US Amateur et du Western Amateur) s’impose assez facilement à la Trans-Mississippi Golf.

Henry Chandler Egan, vingt ans, dynamisé par ses succès récents à l’US Amateur et au Western Amateur, est le favori de cette finale. D’autant que George Lyon, joueur canadien de  46 ans, a dans les jambes, dix parcours en cinq jours. Le temps est froid, la pluie surprend les joueurs dès le début de la finale. Mais le Canadien, sans jamais être inquiété (il a toujours mené au score et était déjà 4 up après cinq trous), s’impose 3 & 2 face à son cadet de vingt-six ans.

La victoire olympique “du vétéran Lyon » sur « Egan le magicien » est unanimement saluée par la presse canadienne et James Barclay, historien du golf, note que cette victoire olympique fut pour le golf canadien un catalyseur.

1908. Un coup de Trafalgar ! Le tournoi de golf des Jeux de Londres doit être annulé, faute de participants. Quelques jours seulement avant le début du tournoi, les organisateurs observent que les formulaires d’inscription des joueurs britanniques n’ont pas été remplis correctement...

Golf Illustrated, qui s’est beaucoup interrogé sur la légitimité d’une épreuve olympique de golf, prend un indicible plaisir à rendre public le fiasco : “Les compétitions olympiques de golf ont été abandonnées. Nous ne reviendrons pas sur les multiples raisons qui ont conduit à cette annulation. Dès ses origines, le projet était voué à l’échec.

Août 1936 : Hitler sur le chemin du golf, fait finalement demi-tour… En 1919, une épreuve de golf est disputée aux Jeux Interalliés, à la Boulie (Versailles, 2-12 juillet). Dans l’esprit des Américains, il ne fait aucun doute que la tenue de cette compétition doit favoriser un retour du golf aux Jeux. Un projet de tournoi à Anvers est étudié pour 1920 (sur le parcours de Cappelen) mais tourne court. En 1936, un tournoi post-olympique de golf se joue à Baden-Baden.

André-Jean Lafaurie rapporte dans son Dictionnaire amoureux du golf, qu’Adolph Hitler décida à la hâte de s’y rendre ayant appris que l’Allemagne, à la surprise générale, était en tête du classement avant le dernier jour de ce mois d’août 1936. Mais, en chemin, le chancelier apprit que ses golfeurs avaient essuyé un cuisant revers, et vexé et plein de colère, fit demi-tour. Les vainqueurs furent les ennemis « détestés » des Allemands, les Anglais, suivis des « méprisés » Français. Mais ces résultats, bien sûr, ne furent jamais inscrits sur les tablettes olympiques.

1959. La Principauté s’en mêle. Dans un courrier daté du 12 mars, le Prince Pierre de Monaco suggère au président de l’USGA de favoriser le retour du golf dans le giron olympique. John D. Ames, président de la fédération américaine, répond au prince que le Championnat du monde par équipes sert déjà grandement les intérêts du golf amateur.

Lord Killanin n’est pas notre ami. Quelques mois avant les Jeux de Montréal (1976), Golf Magazine relance le débat du retour du golf aux Jeux olympiques. Interrogé par le mensuel américain, Lord Killanin, président du Comité International Olympique, rappelle un élément essentiel : le CIO n’a jamais reçu la moindre demande officielle d’admission au programme. Et pour cause : une telle demande doit être obligatoirement émise par une fédération internationale. Or le golf n’en possède pas. L’organisation du jeu est aux mains de deux gouvernements, l’USGA et le Royal & Ancient de St. Andrews. « " Jamais " est un terme que je n’aime pas utiliser, mais je ne suis guère optimiste sur l’entrée du golf aux Jeux dans un futur proche », pressent Lord Killanin.

Il faudra effectivement attendre près de quinze ans pour voir se créer une fédération internationale de golf reconnue par le Comité International Olympique.

« Une certaine indifférence, proche de la répulsion ». Dès 1982, puis à nouveau en 1985, l’Association Européenne de Golf (AEG) demande au World Amateur Golf Council - l’association, créée en 1958 sur une initiative conjointe de l’USGA et du Royal & Ancient, est notamment chargée de l’organisation des championnats du monde amateur — d’engager une action afin que le golf puisse redevenir discipline olympique. L’USGA et le R&A ignorent la requête de l’AEG.

« Des échos provenant de milieux bien informés révèlent une certaine indifférence, proche de la répulsion, de la part de l’United States Golf Association et du Royal & Ancient de St. Andrews vis à vis du golf olympique », écrit Peter Dobereiner dans une chronique du début de l’année 1986.

En 1987, Luis Figueras-Doti, président de la fédération espagnole fait du retour du golf aux Jeux l’une de ses grandes priorités et commence à travailler à la création d’une fédération internationale de golf. Le PGA European Tour accueille l’idée favorablement. L’USGA en revanche est hostile au projet et le Royal & Ancient très réservé. À la fin de l’année 1988, des négociations sont menées pour tenter d’intégrer le golf dans le programme des Jeux de Barcelone en 1992.

Claude-Roger Cartier monte au créneau. Durant le British Open, à Troon, en 1989, la naissance de la World Golf Association (WGA) est officiellement annoncée. Claude-Roger Cartier, président de la Fédération Française de Golf et secrétaire général du Comité olympique français (CNOSF), en prend la tête. Le président Cartier est secondé par Emma Villacieros, présidente de la fédération espagnole. Cinquante pays se regroupent sous l’égide de la World Golf Association. L’USGA, le Royal & Ancient et les fédérations britanniques se gardent d’apporter un quelconque soutien à l’entreprise.

Le R&A ne cache pas les “réactions très mitigées” que suscite le projet de réintroduction du golf aux Jeux. Pour les Britanniques, le golf olympique, s’il voit le jour, doit rester amateur. Lors d’une conférence de presse à Saint-Nom-la-Bretèche à l’automne 1989, Claude-Roger Cartier évoque le tournoi de Barcelone et l’entrée du golf aux Jeux de 1992 comme sport d’exhibition :

« Aucune compétition autre que le tournoi olympique ne sera inscrite au calendrier, ce qui permettra aux joueurs, professionnels ou amateurs, de faire leur choix : s’engager ou prendre une semaine sabbatique. Si les joueurs n’ont pas l’esprit olympique, qu’ils ne viennent pas (...) C’est une étape importante, car j’ai bien l’intention de voir notre sport devenir olympique à part entière en 1996. J’estime nos chances à cinquante pour cent. »

Un paragraphe du compte-rendu de ce point-presse diffusé par l’Agence Française de Presse est particulièrement édifiant : « À l’heure actuelle, il est assuré que l’Espagnol Severiano Ballesteros — pour lequel ce tournoi a été en partie créé — sera là. Une médaille d’or, fût-elle d’exhibition, est trop importante pour l’Espagne...»

Mais bientôt, le Comité International Olympique annonce la suppression des sports d’exhibition du programme des Jeux de Barcelone.

Les Anglais enfin convaincus. Dès le début des années 90, la WGA, qui espère toujours être reconnu par les instances du CIO, décide de concentrer ses efforts sur Atlanta 1996. Lors du traditionnel meeting du World Amateur Golf Council, l’USGA et le R & A prennent en main le dossier olympique. La World Golf Association s’efface alors au profit du WAGC. Celui-ci demande à être officiellement reconnu par le CIO. Ce sera chose faite le 16 avril 1991.

Juan-Antonio Samaranch, le grand ordonnateur des Jeux, fait savoir son point de vue : « Je suis très heureux de vous souhaiter la bienvenue dans la famille olympique en qualité de fédération internationale de golf. »

Michael Bonallack, le secrétaire du Royal & Ancient : « Tous les grands sports figurent au programme olympique. Je ne vois pas pourquoi le golf devrait en être exclu. »

Ça coince du côté américain. Dans la foulée, Jack Stephens, le chairman du club d’Augusta et Billy Payne, président du comité d’organisation d’Atlanta, annoncent que le parcours d’Augusta se tient prêt à recevoir le tournoi olympique en 1996. Pour Billy Payne, Augusta est le “seul choix possible”. Pour Stephens, la volonté affirmée d’Augusta de s’ouvrir aux Jeux est une manière d’adresser un message : “Les membres d’Augusta soutiennent indifféremment le golf masculin et le golf féminin.

Dans le milieu golfique, la surprise est grande. Non seulement Augusta n’a jamais organisé une autre compétition que le Masters, mais le club ferme traditionnellement ses portes en juillet et en août. En outre, aucun membre féminin n’a jamais été admis en son sein.

LeRoy Walker, président du Comité olympique américain ne cache pas son enthousiasme et son optimisme : « Si nous essuyons le refus du CIO avec une telle proposition, alors il n’y a plus qu’à se jeter d’un pont.» Mais l’offre d’Augusta, pour excitante qu’elle soit, relance également la polémique sur la politique discriminatoire longtemps menée par le club à l’encontre des minorités et des femmes. Devant la levée de boucliers provoquée par la candidature d’Augusta, les responsables du comité d’organisation d’Atlanta et Jack Stephens vont très vite faire machine arrière.

Le 29 janvier 1993, le Comité International Olympique annonce que le golf ne sera pas présent aux Jeux d’Atlanta.

Pas de golf en Chine. L’introduction du golf et du rugby à sept aux Jeux de Pékin (2008) est recommandée par la commission du programme olympique du CIO à condition que ces sports y présentent leurs meilleurs joueurs. Et que d’autres sports soient exclus du programme olympique ! Sur la sellette : le pentathlon moderne (une création de Coubertin), le base-ball et le softball.

Lors de la session extraordinaire du CIO de Mexico à la fin novembre 2002, le président Jacques Rogge obtient un accord de principe sur la révision du programme mais est contraint de différer à 2004 l’éventuelle décision d’exclure un ou plusieurs sports du programme olympique. Et donc d’en accueillir de nouveaux...

Et toujours, toujours le flambeau à la main. Dans la lignée du président de la Fédération française de golf, Claude Roger Cartier (1981-1997), membre du Comité Olympique, le président Philippe Martin (1997-2005) a poursuivi la lutte, reprise par Georges Barbaret dès son arrivée à la tête de la Fédération en 2005, et jusqu’à ce 9 octobre historique, à Copenhague, où l’annonce de réintégration du golf aux Jeux Olympiques, à l’occasion de Rio 2016, est officialisée par le CIO.

Rio de Janeiro. Août 2016. Un festival de drapeaux. Les six médailles distribuées entre les meilleurs hommes et femmes à l’issue de l’épreuve,  sont revenues à six nations différentes !

En l'absence de 12 des 20 meilleurs joueurs mondiaux, le Britannique Justin Rose a remporté le premier tournoi olympique organisé depuis 1904, succédant au Canadien George Lyon. La médaille d’argent est revenue au Suédois Henrik Stenson, et le bronze à l’Américain Matt Kucher.

Le premier Français Grégory Bourdy termine à la 21e, après avoir manqué son dernier tour (+2), à 13 coups de Rose. Il était pourtant 7e à 7 coups, au départ dimanche matin. Julien Quesne a terminé à la 55e place.

Chez les filles, Médaille d’or à la Coréenne Inbee Park. Médaille d’argent à la Néo-zélandaise Lydia Ko et médaille de bronze à la Chinoise, Shanshan Feng.

Côté France, Gwladys Nocera a terminé 39e (+6) et Karine Icher (60e mondiale, mais ancienne du top 30) s’est classée à la 44e place (+10).

Et maintenant, cap sur le Japon ! Prochaine étape du golf aux Jeux Olympiques  se déroulera du 24 juillet au 9 août 2020, à Tokyo, au Japon, pays organisateur des JO de 1964. Le Japon organise par ailleurs, la Coupe du Monde de rugby en 2019.


Par Dominique Bonnot
13 septembre 2017