Accueil / Actus / Pro / Korn Ferry Tour / Cyril Bouniol : « Il faut jouer au golf, pas faire des maths ou des pronostics »

Cyril Bouniol : « Il faut jouer au golf, pas faire des maths ou des pronostics »

Membre du Korn Ferry Tour depuis l'an passé, Cyril Bouniol donne ce lundi le coup d'envoi de son année 2021 à l'occasion d'une épreuve de qualification pour le Lecom Suncoast Open, qui débutera jeudi en Floride. L'occasion de revenir avec le joueur de 33 ans sur sa dernière saison, et ses ambitions pour celle qui s'ouvre.

Cyril Bouniol
Le Tarbais de 33 ans lance sa saison ce lundi en Floride. PGA Tour China
18-21
février
LECOM SUNCOAST CLASSIC
LIEU : Lakewood National Golf Club, États-Unis
CIRCUIT : Korn Ferry Tour

Comment s'est déroulée pour vous l'année 2020 d'un point de vue sportif ?
En début d'année, j'avais commencé à rentrer dans un bon rythme, puisque j'ai enchaîné trois ou quatre cuts d'affilée sur les premiers tournois. En Colombie, début février, je me suis retrouvé dans les trois dernières parties le dimanche. Je n'avais pas très bien fini, mais je sentais que je commençais à être à l'aise avec mon jeu. Et puis le Covid-19 est arrivé, et on a été arrêtés pendant trois ou quatre mois... À la reprise mi-juin, le PGA Tour a eu plusieurs tournois à champ limité, ce qui fait que pas mal de leurs joueurs sont redescendus sur le Korn Ferry Tour, ce qui m'a coûté quelques tournois. Après ça, j'ai pu reprendre enfin début juillet. Je ne jouais pas si mal mais j'ai manqué de régularité, ce qui m'a valu de manquer plusieurs cuts à la suite. J'ai eu une passe un peu délicate qui m'a amené jusqu'au dernier tournoi de la saison régulière à Portland, où j'ai encore raté le cut d'un coup. Si je l'avais franchi, ça m'aurait qualifié pour les trois tournois des Playoffs reprogrammés au mois d'août, mais j'ai fini première réserve au lieu de ça... Ça m'aurait aussi ouvert l'accès aux tournois suivants, et à ceux de cette saison dans leur intégralité. Donc cette année 2020 assez moyenne me met dans une position difficile pour 2021.

À quel niveau ?
Parce qu'avec mon classement actuel (180e, ndlr), je ne vais pas pouvoir rentrer dans tous les tournois. En plus, on a perdu nos épreuves de début d'année à l'international (Mexique, Colombie, Panama), qui n'étaient pas à champ limité, et au lieu de ça on se retrouve avec tournois en Floride et en Louisiane avec des champs à 144 joueurs avec Monday Qualifying. Pour ces deux premiers tournois au moins, il va falloir que je passe par les qualifications du lundi qui offrent deux fois quatre spots. C'est comme ça... Je sais que j'aurais des opportunités un peu plus tard, quand la saison sera réellement lancée et que les joueurs devant moi commenceront à prendre des breaks dans les dix ou douze tournois prévus d'affilée. Ça va être une saison où je vais devoir être très efficace quand j'aurais des opportunités, et où je vais devoir m'en créer sur des qualifications du lundi.

Vous attaquez donc 2021 dès cette semaine en Floride par une épreuve de qualification ?
Oui, ce lundi à Sarasota ! On a eu une vague de froid chez moi à Fort Worth, avec neige et glace, donc les golfs étaient fermés et je n'ai pas pu toucher un club avant le Monday Qualifying... Ce n'est clairement pas la préparation idéale ! Mais si je réussis à rentrer dans le champ du tournoi et que je fais un top 25, ça m'ouvre les portes du reste de la saison. Ça peut donc aller très vite dans le bon sens ! C'est l'avantage et l'inconvénient des États-Unis : c'est ultra-compétitif. Ici, il n'y a quasiment pas d'invitations sur les tournois, c'est à toi de gagner ta place, mais chaque semaine tu as l'opportunité de changer le cours de ta saison.

Avez-vous pu vous préparer correctement cet hiver ?
Oui, j'ai joué un tournoi du PGA Tour Latinoamérica à Miami au mois de décembre histoire de rester en contact avec la compétition, et j'ai fini huitième. À côté de ça, je me suis bien entraîné golfiquement et physiquement depuis le mois décembre pour être prêt. Même si je n'ai pas encore de certitudes quant à mon calendrier, je pars du principe qu'il faut être prêt lorsque les opportunités se présentent, donc je me suis préparé comme si j'allais disputer une saison complète. On le sait bien, le golf est un jeu qui peut être ingrat, mais qui peut aussi offrir des surprises inattendues, donc j'ai préparé le corps et les clubs pour être dans les meilleures conditions pour performer cette année.

Vous travaillez toujours avec Cameron McCormick (également coach de Jordan Spieth, ndlr) ?
Absolument. Il vit à Dallas, à une heure de chez moi, donc c'est très pratique pour se voir. Cet hiver, on s'est vu tous les quinze jours à peu près, ce qui me permet de bien bosser de mon côté ce qu'on a travaillé ensemble, et de le vérifier ensemble rapidement. On travaille désormais en collaboration avec un préparateur physique avec qui Cameron a l'habitude de bosser, parce qu'après trois ans de travail, ce sont un peu toujours les mêmes défauts qui reviennent : on pense qu'il y a des limitations physiques dans certaines rotations du corps. Donc on fait le travail en équipe pour assouplir certaines parties du dos et des hanches pour obtenir la rotation souhaitée. Parce qu'au delà de ces limitations physiques, il n'y a pas de raison que je ne sois pas capable de mettre en place ce qu'on travaille techniquement. Je suis capable de le faire à une intensité moindre, mais je perds un peu le truc à pleine vitesse, donc on renforce ces zones. En espérant que je puisse tester tout ça rapidement sous la pression de la compétition.

Votre frère vous a caddeyé l'an passé, va-t-il le refaire cette année ?
Quand on aura une vue d'ensemble un peu plus claire sur mon calendrier, je pense que le je ferai revenir aux USA, oui. Pour les deux ou trois premiers tournois de la saison, je vais me débrouiller autrement, mon frère vit en France donc je ne peux pas le faire venir à la dernière minute si je rentre sur un tournoi. Mais dès que je pourrai mieux planifier ma saison, je pense que je lui demanderai de venir faire la saison avec moi.

D'un point de vue sportif, la fusion des deux saisons ne change pas grand-chose pour vous, qui partez de loin ?
Effectivement, ça ne change rien. Mais ça n'aurait rien changé non plus si j'avais été dans le top 25 ou le top 75 à ce stade-là. À moins d'avoir une énorme avance, ce qui concerne peut-être les cinq ou six premiers actuel du circuit, personne n'a la certitude d'avoir sa carte du PGA Tour en fin d'année. Et de toute façon, il faut finir le plus haut possible pour pouvoir rentrer ensuite sur les tournois des Fall Series en septembre et octobre. Donc c'est pareil pour tout le monde : il faut être bon quoi qu'il arrive ! C'est évident que j'aurais préféré être dans le top 25 voire 75, mais je n'y suis pas. Ça m'a mené à me poser les bonnes questions, à savoir pour quelles raisons je n'y suis pas.

Voir Paul Barjon en haut du classement donne envie de bien jouer pour aller tous les deux sur le PGA Tour l'an prochain.

Quelles sont-elles ?
Il y a plein de choses extra-sportives qu'il a fallu gérer l'an passé : outre la pandémie, le fait que ma femme ait été enceinte, que la fin de sa grossesse ait été à risque, que mon fils soit né avec cinq semaines d'avance, etc. Il y a eu plein de choses hors golf qui ont sans doute affecté mes performances l'an passé, et aussi des choses dans mon jeu évidemment. C'est pour ça que je me suis posé avec Cameron pour réfléchir et établir un plan d'action. Aujourd'hui, je ne me focalise pas sur le classement, la carte : si je me prépare bien, que je fais le boulot en amont, les résultats suivront. C'est comme ça qu'il faut fonctionner. J'ai fait l'erreur, quand j'étais sur le Tour européen, de courir après une catégorie, et ça n'a pas marché. Ça ne sert à rien de se dire dès que tu plantes le tee que tel tournoi est plus important qu'un autre. Tous sont importants, chaque coup est important. Il faut jouer au golf, pas faire des maths ou des pronostics !

Que vous inspirent les performances de votre compatriote Paul Barjon l'an passé ?
Ce qu'il fait est vraiment super, mais je me focalise pas trop sur ce que font les autres de manière générale. Il y a trois ans, Paul avait vraiment galéré sur le Korn Ferry Tour, et il a repris confiance sur le circuit canadien après cela, pour revenir plus fort. L'an dernier, il connaissait donc la plupart des parcours, ce qui l'a forcément aidé à être performant. En tous cas, le voir là-haut donne envie de bien jouer pour aller tous les deux sur le PGA Tour l'an prochain. À moi de m'appuyer sur mon expérience pour y arriver !

Vous êtes les deux seuls Français à évoluer sur ce circuit. Est-ce que vous vous soutenez mutuellement ?
L'an dernier, c'était un peu particulier avec le Covid-19, mais on a quand même partagé deux ou trois tournois d'un point de vue logistique. On fait souvent les reconnaissances ensemble, on s'entraîne sur le même golf au Mira Vista Golf Club, donc on se voit quasiment tous les jours à l'entraînement et assez souvent en tournoi. On a passé une année à se faire livrer nos repas dans les chambres d'hôtels, donc j'espère que ça va un peu changer cette année !


Par Alexandre MAZAS
15 février 2021