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Paul Barjon : « personne n’est sûr d’avoir sa carte sur le PGA Tour fin 2021 »

Cinquième au classement du Korn Ferry Tour, la deuxième division américaine, le Français vient de se qualifier pour l’US Open (17-20 septembre). Il entend aussi capitaliser ses bons résultats pour espérer grimper sur le PGA Tour fin… 2021. La pandémie de Covid-19 a ainsi gelé toute montée !  

13-16
août
ALBERTSONS BOISE OPEN
LIEU : Hillcrest Golf Club (Idaho), États-Unis
CIRCUIT : Korn Ferry Tour

En prenant à la fois la deuxième place du WinCo Foods Portland Open dimanche dernier et la 5e place de l’Ordre du mérite du Korn Ferry Tour, vous validez votre ticket pour l’US Open à Winged Foot (New York) prévu du 17 au 20 septembre prochain. Est-ce une divine surprise ou l’aviez-vous planifié en début de saison ?
Planifié, pas forcément. A Portland, j’étais parti dans l’idée de jouer le mieux possible et si cela se goupillait bien, j’avais également une chance de me glisser dans le top 5 qualificatif pour l’US Open. Et c’est ce qui s’est passé. En plus, le 4e à l’Ordre du mérite n’avait pas passé le cut le vendredi soir, donc c’était un élément important qui me donnait finalement une chance supplémenaire. Mais pour être franc, cet US Open était un objectif assez primaire depuis qu’on avait entendu que le top 5 après Portland était qualifié. Et quand bien même si cela ne s’était pas passé favorablement pour moi, le top 5 après les trois gros tournois qui débutent cette semaine sur le Korn Ferry Tour (1 million de dollars de dotation à chaque fois) sera là aussi qualifié pour l’US Open. J’aurais donc eu une seconde chance.

Ces qualifications sont une résultante de la situation du golf aux Etats-Unis face au Covid-19, qui a empêché les qualifications locales et internationales pour l’US Open. Quelque part, c’est un mal pour un bien pour vous, non ?
Oui… Même si on ce qui me concerne, sans le Covid-19, je serai allé directement en finale des qualifications. C’est une qualification sur la régularité, on va dire (trois deuxièmes places, une troisième place cette saison sur le Korn Ferry Tour).

Connaissez-vous le parcours de Winged Foot ?
Non, pas du tout. Je n’y ai jamais joué. Durant mes années de fac à TCU (Texas Christian University), on allait rarement dans le nord-est des Etats-Unis.

Il est évident qu’une saison qui s’échelonne sur deux ans, c’est un peu frustrant, surtout quand vous démarrez bien.

Comment avez-vous géré cette longue interruption de jeu ? Cela a-t-il été facile ?
Avant l’interruption de jeu (2 mars 2020), j’avais déjà engrangé pas mal de points. J’étais deuxième, je crois, du classement… J’avais fait un peu d’argent aussi. Bref, cela a été plus facile globalement. Après, il est évident qu’une saison qui s’échelonne sur deux ans, c’est un peu frustrant, surtout quand vous démarrez bien. Il n’y a pas d’accès au PGA Tour. Mais bon, si j’avais été 70e du ranking, j’aurais été heureux que la saison dure deux ans…

Malgré tout, n’est-ce pas un peu rageant de briller sur la deuxième division US l’année où les montées sur le PGA Tour sont gelées ?
Si, bien sûr. Mais c’est pareil pour tout le monde. Prenez l’exemple du Chilien Mito Pereira qui avait sécurisé sa carte très tôt dans la saison, en ayant gagné en Colombie et en ayant fait top 3 au Panama. Il ne sera pas sur le PGA Tour l’an prochain… Il n’est même pas sûr d’avoir sa carte à la fin de 2021. En fait, l’histoire est simple : aucun des golfeurs qui évoluent en ce moment sur le Korn Ferry Tour n’est sûr d’avoir sa carte à la fin de l’année 2021 ! On ne sait pas encore combien il y a aura de tournois pour la prochaine saison. On ne peut donc pas se projeter et effectuer des calculs. On ne sait pas s’il y aura quinze ou vingt-cinq tournois en 2021.

Malgré tout, le top 10 à la fin de la saison actuelle aura la possibilité de disputer des tournois alternate du PGA Tour…
On ne sait pas encore combien de tournois alternate il y aura sur le PGA Tour l’an prochain mais effectivement, c’est écrit noir sur blanc, le top 10 pourra jouer ces tournois-là… Ce sera le Barracuda, Porto Rico, peut-être même un autre tournoi en face d’un Majeur ou d’un WGC… En gros, les dotations sont divisées par deux. Au lieu de six millions habituellement, ce sera trois millions de dollars. Ce qui place la victoire aux alentours de 5 à 600 000 dollars. Pour nous, membre du Korn Ferry Tour, c’est une opportunité énorme. La dotation est six fois plus importante que d’habitude…

Le but est de gagner toutes les semaines mais si je finis dix fois deuxième, je signe tout de suite.

Comment vivez-vous la situation actuelle aux Etats-Unis par rapport au Covid-19 qui semble totalement incontrôlable ?
C’est clairement un changement d’habitude et de comportement. C’est un nouveau monde. Cette semaine, j’ai loué un airbnb (pour disputer l’Albertsons Boise Open, dans l’Idaho), une espèce de petite maisonnette pour moi tout seul… Je vais au magasin, je m’achète mon repas et je rentre. Je ne vais pas appeler des potes pour aller se faire une bouffe au resto du coin. Sur le parcours, il n’y a pas de gros changements, mais en dehors, et même en dehors du tournoi, c’est beaucoup moins marrant. Il y a pas mal de restrictions dans les restaurants aux Etats-Unis, avec des tables espacées, le nombre de personnes admises dans l’établissement, le fait de porter le masque jusqu’à ce que votre plat vous soit servi… Quand je suis à la maison durant mes semaines off, je ne sors pas car je n’ai pas envie d’attraper quoi que ce soit. Cela ne vaut pas le coup. Surtout avec les trois tournois qui arrivent, richement dotés. Il faut se tenir à carreau. Ce serait vraiment dommage de ne pas pouvoir y participer. Et puis on ne sait pas comment cela va se passer dans les prochains mois par rapport au virus… On vit donc un peu au jour le jour.

En quoi le Paul Barjon de 2019 est différent du Paul Barjon 2020 ?
Pour l’instant, il ne finit pas premier (comme cela avait été le cas sur le Mackenzie Tour), il finit deuxième (rires). L’année dernière, je me suis mis dans un rythme de jeu assez régulier (deux victoires, huit tops 10). En 2019, je performais quasiment toutes les semaines. Il y avait une vraie constance. Cette année, j’ai l’impression qu’il y a plus de tours très bons mais il y a un peu plus de cuts manqués (Ndlr, l’an passé, il n’avait pas loupé un seul cut). Il y a eu d’excellents résultats avec trois deuxièmes places mais c’est vrai que lorsque j’effectue un retour à froid sur ces résultats, je pense que j’aurais gagné ces tournois sur le Mackenzie Tour… Le niveau de jeu est vraiment supérieur au Tour canadien… Bref, j’essaie de relativiser. Evidemment, le but est de gagner toutes les semaines mais si je finis dix fois deuxième, je signe tout de suite. Mais personnellement, rien n’a vraiment changé chez moi depuis l’an dernier. J’apprends semaine après semaine en me donnant le plus de chance possible. Je me connais de plus en plus. Et il y a une espèce de tendance qui est en train de poindre. A chaque fois que j’ai pris des semaines off, la semaine suivante, j’ai fait des bons résultats, avec de bonnes sensations.

Quel objectif vous fixez-vous finalement pour les prochains mois ?
Avec ce classement sur deux ans en fait, l’objectif serait de gagner trois fois. Cela voudrait dire que vous montez directement sur le PGA Tour. J’ai eu quatre sérieuses opportunités cette année pour l’emporter. Donc, pourquoi pas ? Mais je suis serein. Ce n’est pas parce que vous avez fini déjà trois fois deuxième que vous avez brûlé toutes vos cartouches. Chaque semaine est un nouveau départ. Tout est possible. Finir premier de l’Ordre du mérite aussi, c’est intéressant car cela vous donne une exemption totale sur le PGA Tour. En finissant 20e, on a aussi des chances de jouer pas mal de tournois mais il y a moins de certitude. On ne peut pas s’organiser totalement en termes de calendrier. Je sais donc ce qu’il me reste à faire ! 


Par Lionel VELLA
12 août 2020