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Anne-Marie Palli : « Céline a énormément mûri en tant que personne »

Première Française à s'installer sur le circuit américain dans les années 80, Anne-Marie Palli avait remporté le ShopRite LPGA Classic en 1992, vingt-neuf ans avant le succès de Céline Boutier dimanche dernier. Avec humour et sincérité, la championne basque livre ses émotions sur la victoire de sa protégée.

Anne-Marie Palli
Anne-Marie Palli lors de la coupe Golfer's Club 2018 à Hossegor. Alexis Orloff / ffgolf
01-03
octobre
SHOPRITE LPGA CLASSIC PRESENTED BY ACER
LIEU : Seaview (Bay), États-Unis
CIRCUIT : LPGA Tour

Céline Boutier vous a rendu hommage dimanche après sa victoire. Depuis quand la connaissez-vous ?
Cela fait quelques années maintenant. Je suis copine avec Gérard Zunz, qui est le mécène de Céline depuis très longtemps. En 2018, la première fois qu'elle a joué le tournoi du LPGA Tour à Phoenix (la Founders Cup, désormais délocalisée dans le New Jersey, ndlr), il lui avait dit de me contacter puisque je vis là-bas. Même si elle est un peu timide, Céline m'avait appelée, et elle était restée à la maison quelques jours. On avait sympathisé, et depuis elle revenait nous voir chaque année pendant le tournoi, et j'allais la suivre. Petit à petit, j'ai appris à la connaître, et je dois dire que c'est une fille adorable ! J'ai beaucoup d'admiration pour elle, comme pour les autres Françaises d'ailleurs, car étant étrangère sur le circuit, elle mène une vie très solitaire. J'en sais quelque chose pour l'avoir vécue à mon époque ! Par exemple, le dimanche soir après sa victoire, elle n'a pas célébré... Alors je lui ai dit que la prochaine fois qu'elle viendra à Phoenix, où se trouve le siège de sa marque de clubs, on fêtera son année ensemble ! On ne s'appelle pas trop, mais on s'envoie souvent des petits messages. Et j'essaie, comme avec les autres joueuses, de lui montrer que je pense à elle aussi quand elle ne joue pas très bien. Céline fait partie des copines qui me gardent jeune ! (rires) Avec ces filles qui sont sur les circuits, j'essaie d'être une cheerleader : la critique, on fait ça très bien toutes seules, car le golf te pousse à te remettre constamment en question, mais les encouragements, on en a toutes besoin.

Qu'est-ce qui vous impressionne chez Céline ?
C'est une fille qui travaille énormément. Ça a d'ailleurs toujours été le cas : on n'a jamais dû la forcer à travailler. Et on voit qu'elle évolue d'année en année, qu'elle gagne en confiance. La première année, quand tu débarques sur le LPGA Tour, tu te retrouves avec des joueuses super fortes, sur des parcours que tu ne connais pas, dans des environnements différents, donc il faut un temps d'adaptation. Aujourd'hui, Céline a 27 ans, et elle est très à l'aise sur le circuit, elle a ses repères, ses copines, les familles d'accueil qu'elle connaît sur certains tournois. Elle reste très focalisée sur sa carrière, son golf, mais elle a énormément mûri en tant que personne depuis que je la connais.

Vous l'avez croisée la semaine dernière avant le tournoi : aviez-vous senti qu'elle était en si grande forme ?
Chaque année, ils organisent un pro-am en amont du tournoi, sur les deux parcours de Seaview et sur celui de Galloway National non loin de là. C'est un très gros pro-am, et pour cela ils font appel à des joueuses actuelles mais aussi à des anciennes, et j'aime bien y aller parce que, outre le fait de gagner un peu d'argent, ça me permet de voir les copines. Je n'ai pas vu Perrine Delacour cette année, mais j'ai vu les deux autres Françaises, Céline Herbin avec qui j'ai papoté au practice, et Céline Boutier avec qui j'ai déjeuné le mercredi. J'ai senti qu'elle était en confiance : ça lui a fait beaucoup de bien de gagner l'open de France deux semaines avant. Ces filles ont été complètement isolées l'an dernier à cause du Covid, elles allaient du golf à leur chambre d'hôtel et inversement, et ne pouvaient rien faire d'autre. Elle n'avait pas vu sa famille depuis longtemps, donc le fait de rentrer en France, d'y retrouver les siens, d'avoir son frère comme cadet, et de gagner le tournoi pour couronner le tout, ça lui a fait énormément de bien émotionnellement. Ça l'a boostée. On a ri par rapport au fait que j'ai gagné ce tournoi il y a vingt-neuf ans, alors qu'elle n'était même pas encore née ! Je suis rentrée chez moi le vendredi, mais je suis restée collée à la télévision tout le week-end !

Vous avez remporté ce ShopRite LPGA Classic en 1992. Quels souvenirs vous reviennent en mémoire à l'évocation de succès acquis en play-off face à Laura Davies ?
Je venais juste de louper deux cuts de suite, au LPGA Championship dans le Delaware juste avant et la semaine précédente aussi. J'avais vu un pro que je connaissais qui m'avait dit un petit truc par rapport à ma posture. À l'entraînement, ça a bien marché, et j'ai bien joué au pro-am, et j'ai démarré le tournoi en confiance, et gagné en confiance jour après jour. Le dernier tour, je jouais avec Laura Davies. Je jouais bien, mais je ne rentrais pas beaucoup de putts. Au 18, j'avais un putt de 4 m pour partir en play-off, mais je n'ai jamais pensé à ça. J'étais tellement dans le moment présent, que ce soit le corps ou la tête, et j'étais focalisée sur le process, la routine. J'ai rentré le putt et je me suis dit « m..., tu vas en play-off ». Et c'est à nouveau la routine qui m'a sauvée, puisque j'ai réussi à refaire birdie sur ce trou alors que Laura a fait bogey. C'était l'humiliation pour elle, parce que cette année-là elle a perdu deux play-offs, l'un contre Nancy Lopez, et l'autre contre une petite Française ! Laura était déjà une grande star à cette époque, et c'est incroyable de voir qu'elle jouait encore cette année, à 58 ans... Quant à moi, j'étais contente de remporter un autre trophée neuf ans après ma première victoire. D'ailleurs, c'était drôle que Céline Boutier gagne le tournoi, parce qu'avant le premier tour Céline Herbin m'avait dit « il serait temps qu'une autre Française le gagne » !

Palli ShopRite 2
Palli ShopRite 1

Par Alexandre MAZAS
7 octobre 2021