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Masters : Perez vu par ses pairs

La trajectoire rectiligne de Victor Perez, passé en cinq ans de débutant sur l'Alps Tour à membre du top 30 mondial, fait l'admiration de ses collègues professionnels. Décryptage des forces du Tarbais, en lice cette semaine au Masters.

Perez Langasque
Victor Perez et Romain Langasque sur le Challenge Tour en 2018. Tom Dulat / GETTY IMAGES EUROPE - AFP
08-11
avril
MASTERS
LIEU : Augusta National Golf Club, États-Unis
CIRCUIT : PGA Tour

Difficile de croire qu'il y a seulement cinq ans, Victor Perez effectuait ses premiers pas dans l'univers du golf professionnel... Fraîchement diplômé de l'université du Nouveau-Mexique après quatre années passées, en plus du golf, à étudier la psychologie et la chimie du côté d'Albuquerque, le natif de Séméac dans les Hautes-Pyrénées a pourtant commencé à faire ses armes début 2016 sur l'Alps Tour. Une troisième division européenne qu'il n'a fréquenté qu'un an (avec une victoire à la clé), avant deux campagnes sur le Challenge Tour (une victoire en 2017 et une en 2018) et deux sur le Tour européen (une victoire en 2019). Aujourd'hui, le joueur de 28 ans est confortablement installé dans le top 50 mondial, et s'est octroyé à force de résultats au plus haut niveau le luxe de pouvoir disputer les quatre Majeurs, les quatre WGC et tous les autres plus grands tournois du golf mondial de part et d'autre de l'Atlantique, en attendant une très probable première sélection en Ryder Cup à l'automne.

Alors qu'il s'apprête à disputer son deuxième Masters consécutif, cinq mois après avoir terminé 46e pour ses débuts à Augusta, le Français suscite l'admiration de ses collègues professionnels. Cyril Bouniol, formé comme lui à l'école du golf de l'Hippodrome à Laloubère (65), le connaît depuis sa plus tendre enfance : « Victor a eu du succès dans toutes les catégories d'âge et à tous les niveaux. Il n'y a pas vraiment de secret : il a toujours été bon ! Du fait de son père (ancien professeur de sport à l'école nationale d'ingénieurs de Tarbes, et joueur puis entraîneur du club local de rugby, ndlr), il a toujours été porté sur le sport, et il a grandi avec cette passion du sport. Il a du talent pour le golf, c'est certain, mais c'est aussi un gros travailleur et un compétiteur acharné depuis tout petit », indique l'actuel membre du Korn Ferry Tour, la deuxième division américaine.

Il a ce surnom de "tour de contrôle" sur le circuit, et c'est justifié car il contrôle très bien tout ce qu'il fait.

Un des meilleurs longs jeux du circuit

Formé ensuite à Biarritz par l'Américain Mike Magher, son coach de toujours, Perez a développé au fil des ans un long jeu d'une solidité exemplaire. « Il tape très fort avec une trajectoire de balle, cette espèce de power fade, qui fonctionne à merveille. C'est hyper solide, il a l'un des meilleurs longs jeux sur le Tour européen voire dans le monde », estime Romain Langasque. Sa marge de progression dans ce secteur semble donc minime, même si Thomas Levet estime « qu'il sait qu'il doit progresser de droite à gauche. C'est ce qu'il travaille, en étant vigilant à ne pas dérégler la machine comme c'est arrivé à certains. S'il peut garder ce long jeu très régulier dans l'état où il est aujourd'hui, en essayant à toutes petites doses de se sentir plus à l'aise en draw, il continuera à progresser », avance le recordman français des victoires sur le Tour (6).

Très à l'aise avec de longues cannes en main et très confiant sur les greens, il ne reste à Perez qu'à s'améliorer autour des greens pour monter encore plus haut dans la hiérarchie mondiale. « Depuis deux ans son chipping a bien progressé, et c'est ce qui fait déjà la différence aujourd'hui en termes de résultats », note Romain Langasque. Mais, en perfectionniste qu'il est, Victor Perez a commencé à travailler fin 2020 avec le coach anglais Pete Cowen, spécialiste du petit jeu, pour franchir un nouveau palier. « Le fait de s'entraîner avec une telle pointure montre qu'il veut vraiment toucher au plus haut niveau », relève Thomas Levet. « C'est un peu son point faible : comme Victor est un joueur qui rate très peu de longs coups, son petit jeu est moins mis sous pression qu'un joueur qui s'égare un peu plus. Mais s'il avait le petit jeu de Mickelson, il ne serait déjà pas loin de la première place mondiale ! »

Une organisation sans faille

Mais l'habileté pure clubs en mains est loin d'être le seul ingrédient du succès du Français, ni même le principal. « Ce que je vois de l'extérieur », observe Grégory Havret, « c'est qu'il est très impliqué et appliqué à travailler de la bonne manière, à avoir de bons feedbacks sur ses parties et ses séances d'entraînement. Il est très lucide sur ce qu'il doit améliorer, mais aussi sur ses points forts sur lesquels j'ai l'impression qu'il s'appuie beaucoup. Je ne pense pas que ce soit le plus talentueux de tous, mais c'est en tous cas un de ceux qui ont le mieux compris ce qu'il doit mettre en place pour arriver au top niveau mondial. Et je pense qu'il ne va pas s'arrêter là : on voit par exemple que la pression d'une première sélection en Ryder Cup n'influe pas beaucoup sur ses performances. On le sent serein par rapport à ça », analyse le triple vainqueur sur le Tour européen. Un avis que partage Cyril Bouniol : « Quand on arrive là où il est, tout le monde sait très bien taper la balle, chipper et putter. C'est plus dans l'attitude que la différence se fait, à mon avis. Pour arriver là-haut, il faut croire en soi à 100 %, et envisager sa progression de manière globale et non tournoi après tournoi. On joue un jeu où il y a bien plus de défaites que de victoires – il y a un seul vainqueur sur 156 joueurs chaque semaine – mais il faut savoir déceler des petits victoires personnelles tour après tour, tournoi après tournoi, et garder à l'esprit l'image globale d'où on veut aller, et voir chaque tournoi comme une étape vers ce but. Et je pense que Victor a une très bonne analyse et attitude par rapport à cela. »

L'organisation est peut-être le maître-mot pour expliquer la réussite de Victor Perez. « Je pense qu'il a trouvé sa recette, sa propre façon de faire. Il a ce surnom de "tour de contrôle" sur le circuit, et c'est justifié car il contrôle très bien tout ce qu'il fait. Toute sa carrière a un fil de conduite, et il s'y tient. Je pense que c'est son principal point fort », abonde Romain Langasque. Et Thomas Levet de renchérir : « Pour pouvoir rivaliser avec les meilleurs du monde, il a choisi d'aller se confronter à eux et de faire appel aux meilleurs spécialistes pour l'entourer. Il a consenti un sacrifice financier, mais c'est aussi un pari sur l'avenir car il sait qu'il va avancer beaucoup plus vite en prenant les mêmes ingrédients que la concurrence. Pourquoi est-ce que ça ne marcherait pas pour lui quand ça marche pour les autres ? » C'est fort de son meilleur classement mondial en carrière – 29e depuis hier – que Victor Perez prendra jeudi le départ du 85e Masters, une marche de plus dans son irrésistible ascension vers les sommets.

Victor Perez
Victor Perez lors du récent WGC-Dell Match Play Championship (Michael Reaves / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP-

Par Alexandre MAZAS
6 avril 2021