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Masters : le mythe Augusta National

Tournoi le plus attendu de la saison, le Masters s’apprête à vivre à partir de jeudi sa 83e édition sur le mythique tracé du Augusta National Golf Club. Un lieu chargé d’histoires dont le parcours manucuré est devenu le graal de tous les golfeurs.

Augusta
Au coeur de l'Amen Corner, le par 3 du trou n°12 Kevin C. Cox / Getty - AFP
11-14
avril
MASTERS
LIEU : Augusta National Golf Club, Etats-Unis
CIRCUIT : PGA Tour

La simple évocation de son nom suffit à hérisser les poils des golfeurs du monde entier. Ouvert en 1933, le Augusta National Golf Club est sans doute le parcours le plus connu du monde – du moins tout autant que le berceau du golf de Saint Andrews et son Old Course – et le rêve de tout golfeur. Il le doit bien sûr à l’organisation du tournoi le plus prestigieux, le Masters qui accueille cette semaine et chaque année les meilleurs joueurs de la planète, tout autant qu’à son magnifique tracé signé Bobby Jones et Alister Mackenzie. Si l’histoire du premier Majeur de la saison aurait suffi à le faire entrer dans la légende, la magie des lieux en a fait un mythe.

Un graal presque inatteignable pour le commun des mortels puisque l’endroit n’est pas franchement ouvert au tout venant. Seule solution, faire partie des 300 membres de ce club prestigieux ou copiner avec l’un d’entre eux pour y être invité. À moins bien sûr de se qualifier pour le Masters, d’être bénévole, ou de couvrir le tournoi en tant que journaliste et remporter la loterie qui offre chaque année à quelques uns d’entre eux la possibilité de jouer sur le Saint des Saints au lendemain de l’épreuve. En attendant un miracle, petit aperçu de ce que nous manquons.

Un parcours d’exception

Aux abords, l’endroit ne paie pas de mine. Une quatre-voie dénuée de charme, bordée de fast foods… Coupé de la civilisation par une végétation dense, l’Augusta National Golf Club se cache sur la droite de la rue. Une étroite route, taillée sous les arbres change l’ambiance du tout au tout. Au bout, un parterre de fleurs jaunes reproduisant le logo du Masters et derrière un majestueux clubhouse d’un autre temps. Voie d’entrée du golf, Magnolia Lane ouvre les portes du paradis. L’ambiance y est enchanteresse : un gazon plus vert que partout ailleurs, des fairways taillés aux ciseaux bordés de pins, des bunkers d’un blanc immaculé et des greens entourés d’azalées.

Le par 72 du Masters est un petit bijou qui semble (semble seulement) n’avoir pas bougé depuis sa création. Chaque trou y porte le nom d’un arbre ou arbuste. Certains ont marqué les esprits : « Tea Olive », le numéro 1 où chaque année les légendes Jack Nicklaus et Gary Player (accompagnés d’Arnold Palmer jusqu’à son décès) ouvrent le Masters, « Magnolia » (n°5), « Yellow Jasmine » (n°8) ou « Azalea » (n°13) pour ne citer qu’eux.

Et bien sûr, le fameux Amen Corner devenu nom commun pour désigner les passages clés des parcours du monde entier. Baptisés ainsi par le journaliste de Sport Illustrated Herbert Warren Wind en 1958, les trous 11, 12 et 13 d’Augusta sont parmi les plus fameux du monde. Un long par 4 en dogleg gauche descend vers un green redoutable bordé d’eau sur la gauche. Il est suivi d’un petit par 3 de 140 mètres au-dessus de l’eau puis d’un par 5 en dogleg gauche. Trois trous où la victoire s’est très souvent jouée au Masters.

Petites et grandes histoires

Au cœur de cet Amen Corner, le Rae’s Creek est le point d’eau qui vient tout compliquer. Il porte le nom d’un certain John Rae, ancien propriétaire des lieux mort en 1789 dont la demeure servait à protéger la population des attaques des Indiens. Deux charmants petits ponts de pierre l’enjambent, les Hogan et Nelson bridges, nommés ainsi en l’honneur des légendes Ben Hogan et Byron Nelson.

Un autre point d’eau porte un nom célèbre, le Ike’s Pond baptisé en l’honneur de l’ancien président américain Dwight « Ike » Eisenhower, qui se niche au cœur du parcours de par 3 qui accueille chaque année un concours à la veille du Masters. Membre du club, l’ancien commandant en chef des armées alliées pendant la Seconde Guerre Mondiale avait également laissé son nom à un célèbre pin situé sur le trou n°17 et qui le gênait considérablement sur ses mises en jeu. Endommagé par un orage en 2014, l’Eisenhower Tree fut retiré dans la foulée ouvrant la gauche du fairway aux longs frappeurs.

Ce n’est pas la seule évolution qu’ait connue le parcours au fil des années. La plus récente d’entre elles : un bouleversement du trou numéro 5 cette année avec un départ reculé de 37 mètres venant sérieusement compliquer la tâche de ce par 4 déjà très délicat.

De traditions en évolutions

Des travaux qui prouvent que l’Augusta National est capable d’évoluer, même s’il a parfois mis du temps à bouleverser ses traditions. Il aura en effet fallu attendre 1990 pour voir un premier membre Afro-américain ! Sept ans plus tôt seulement, en 1983, l’obligation pour les joueurs d’être assistés d’un caddie noir assigné par le tournoi avait disparu. Et ce n’est qu’en 2012 que le golf a accueilli ses premiers membres féminin : Condoleezza Rice et Darla Moore. Les choses bougent et le parcours reçoit désormais les meilleures amateurs pour l'Augusta National Women's Amateur qui s'est déroulé la semaine passée.

D’autres traditions bien plus heureuses demeurent, à l’image des combinaisons blanches portées par les caddies et surtout de l’irremplaçable veste verte des membres du club remise chaque année au vainqueur.


Par Sébastien CACHARD-BERGER
10 avril 2019