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Jean Bekirian, un temps d’avance

Champion de France minime il y a un an, Jean Bekirian a surpris pas mal de monde en choisissant de passer pro en fin d’année dernière. Âgé de seulement 16 ans à l’époque, l’Arlésien réalise pourtant des débuts prometteurs sur le Pro Golf Tour au milieu de joueurs bien plus expérimentés.

Jean Bekirian
Pour sa première saison pro, Jean Bekirian occupe la 27e place du Pro Golf Tour Alexis Orloff / ffgolf
23-25
août
EXTEC CZECHONE OPEN BY ATOMIC DRINKS
LIEU : Golf Resort Karlovy Vary & Golf Club Sokolov , République tchèque
CIRCUIT : Pro Golf Tour

Short haut, chaussettes remontées jusqu’aux genoux et sourire vissé sur les lèvres. En revoyant les images du Championnat de Frances des jeunes 2018, bien difficile d’imaginer Jean Bekirian évoluer quelques mois plus tard parmi les professionnels. À tout juste 16 ans, le champion de France minime semblait à des années lumières de la fin de sa carrière amateur.

Il y a quelques jours, pendant que son adversaire malheureux en finale du CFJ, Paul Beauvy, disputait The Boys Amateur Championship, le gringalet arlésien prenait lui la treizième place du Starnberg Open, sur le Pro Golf Tour. C’est en effet sur ce circuit satellite (la troisième division européenne) que le jeune homme a choisi de faire ses débuts chez les pros. « C’est en fait un petit concours de circonstance, explique-t-il. L’année dernière j’hésitais encore entre le golf et la boxe. Je m’entraînais dix heures par semaine à la boxe en -59kg. J’ai gagné le CFJ et ça m’a relancé. J’ai passé les cartes européennes à Frilford. Je ne suis pas passé aux PQ2 mais j’ai bien joué et ça m’a poussé à me lancer. Je me suis dit que si j’avais une catégorie sur le Pro Golf Tour je passerai pro et sinon ça aurait été le dilemme avec la boxe. J’ai réussi et depuis le début de l’année ça se passe super bien donc tant mieux, sinon je serai passé à côté d’une belle histoire. »

Pro à seulement 16 ans

Passer pro si jeune ? Une drôle d’idée quand la plupart de ses condisciples attendent au moins la fin du lycée, et poussent même souvent jusqu’aux années universitaires pour se lancer dans le grand bain. « Je me suis dit : pourquoi tous les Asiatiques passent pro à cet âge là et parviennent à percer et nous non ? Le système scolaire nous freine un peu, avec les universités aux Etats-Unis qui nous poussent à continuer les études quatre ans après le bac. Moi j’ai toujours eu envie de gagner ma vie rapidement. L’école, je l’aurais continuée si j’avais raté les cartes mais là ce n’était pas possible d’allier les deux. » Pas de bac donc pour le jeune joueur qui n’omet tout de même pas de parfaire son éducation avec des cours réguliers d’Anglais, de Français ou même de philosophie. Curieux de nature, Bekirian impressionne pas sa maturité. « On peut se poser la question de savoir si c’est une bonne chose de passer pro à 16 ans, mais est ce mieux de rester amateur jusqu’à 25 ans quand on est -5 d’index ? J’ai un caractère fort et j’ai envie de réussir. J’ai envie tous les jours. Cette volonté est mon atout principal, ma force. J’en veux et je vise toujours plus haut. C’est aussi pour ça que je suis passé pro, car le niveau est bien meilleur.» À 17 ans aujourd’hui (il les a fêtés le 28 avril dernier), il s’apprête donc à boucler sa première saison professionnelle, largement en avance sur les temps de passages habituels.

Bien entouré

Sur le circuit, le jeune joueur est accompagné en permanence par son père, Robert, préposé au sac et qui a tout lâché pour suivre le fiston dans sa folle aventure. « Il me soutient depuis le début et tout ça n’est possible que grâce à lui. De temps en temps, cela peut être un peu compliqué d’être toujours ensemble, mais au moins lui il ne veut que mon bien et ma réussite. Quand il me dit quelque chose qui m’embête, je ne peux pas lui en vouloir car il me veut du bien. On essaie d’avancer, de progresser. On parle de plus en plus sur le parcours. On essaie tous les deux de progresser dans ce job car il y a plein de choses qu’on ne sait pas encore faire. »

L’élève de Frédéric Fogeron, au golf de Servanes, a aussi eu la chance de recevoir quelques conseils de ses ainés. Sébastien Gros d’abord, qu’il a rejoint au sein du groupe  au sein du groupe de l’Evian Golf Resort, et Grégory Havret avec lequel il a pu partager quelques parties. « Ils ont joué sur tous les circuits. Parler aves des mecs qui ont autant de bouteille, c’est génial. En plus ils sont super cools. » Le triple vainqueur sur le Tour, qu’il a rencontré au cours d’une partie amicale, ne tarit d’ailleurs pas d’éloge sur ce joueur qui pourrait presque être son fils. « Il est très talentueux et il a un vrai mental qui peut l’amener loin, confie Havret. Quand on a joué ensemble, il a fait un ou deux chips qui étaient un peu à contresens de ce qui se fait normalement. Je lui ai dit de surtout garder ça car avec ces mains et cette vision, c’est ce qui différencie les grands joueurs des très grands joueurs. Je lui souhaite de continuer d’évoluer. C’est génial de passer pro à 16 ans. C’est incroyable, mais ça montre un caractère exceptionnel. Il sait où il va, où il veut aller. Il veut passer pro et il le fait. Je ne sais pas si sa carrière prouvera qu’il a eu raison mais ça montre un état d’esprit hyper intéressant. Il veut aller vite, c’est très bien, tant mieux, il a raison ! »

Si ça ne marche pas, je n’aurai encore que 17 ans l’année prochaine !

Une première saison prometteuse

En seize tournois disputés depuis le début de saison sur le Pro Golf Tour, le Sudiste a passé onze cuts et terminé à cinq reprises dans le Top 20. Des résultats qui lui permettent d’occuper la 27e place du circuit à deux épreuves du terme de la saison. Point d’orgue de cette première saison, une deuxième place acquise en Autriche en avril dernier et une défaite en play-off face à un Tchèque, Jan Cafourek, de quatorze ans son ainé. « Le plus important n’est pas de gagner mais de se mettre en position de gagner le plus souvent possible. Sur ce play-off, je jouais en premier donc il fallait y aller. J’ai attaqué le drapeau, ma balle a pitché à 1m50 puis a spiné dans l’eau. C’est le jeu, si j’ai d’autres play-offs je les jouerai tous comme ça. On lance la pièce et il faut qu’elle tombe du bon côté. »

Si le Top 5 circuit, synonyme de montée sur le Challenge tour, semble désormais un petit peu trop loin, avec deux tournois à jouer, Bekirian n’a pas renoncé pour autant. « Mon but cette année était d’apprendre. L’objectif était de passer les cuts et de jouer autour du par car les parcours sont bien plus durs qu’en amateur.Mais je ne me suis pas fixé de limite. Pour monter sur le Challenge Tour, il faut finir dans le Top 5 du PGT, gagner un Challenge ou passer les cartes européennes, donc c’est encore possible. Et si ça ne marche pas, je n’aurai encore que 17 ans l’année prochaine ! »


Par Sébastien CACHARD-BERGER
20 août 2019