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Julien Brun : « Une grande constance tout au long de la saison »

Deux fois titré cette saison sur le Pro Golf Tour, Julien Brun a terminé à la deuxième place de l'ordre du mérite, s'assurant ainsi un retour sur le Challenge Tour l'an prochain. L'Antibois commence à récolter les fruits d'un travail de fond entamé il y a plus d'un an.

Julien Brun
La saison 2020 n'est pas encore terminée pour Julien Brun, qui jouera les trois derniers tournois du Challenge Tour. Pro Golf Tour
28-30
septembre
CASTANEA RESORT CHAMPIONSHIP
LIEU : Golfresort Adendorf, Allemagne
CIRCUIT : Pro Golf Tour

Votre deuxième place à la finale du circuit vous laisse-t-elle quelques regrets ?
Non, il y a plus de satisfaction que de déception. J'arrive à cette finale deuxième du ranking, et c'est top de faire deuxième du tournoi pour m'assurer cette deuxième place à l'ordre du mérite, car tous les mecs bien classés ont bien joué. Si j'étais passé à côté, ç'aurait pu être préjudiciable pour moi au classement final. À quelques coups près, j'aurais pu gagner le tournoi, mais j'aurais aussi pu finir plus bas et sortir du top 3 du Pro Golf Tour. Donc j'étais super content. Je suis juste un peu déçu du début de mon dernier tour, car si j'ai bien joué je n'ai pas réussi à faire beaucoup de birdies, et je ne me suis pas mis en position de gagner le tournoi. Mais dans l'ensemble, faire deuxième de la finale, c'est très bien.

Et deuxième sur l'ensemble de la saison aussi, on imagine ?
Oui, bien sûr. J'ai fait preuve d'une grande constance sur toute la saison, et même si je n'ai pas joué les deux premiers tournois du calendrier en Égypte, je termine juste derrière le vainqueur du ranking. J'ai fait huit top 10 sur les onze tournois que j'ai joués, et je n'ai pas fait moins bien que 16e. Ma deuxième place valide cette régularité.

Vos quelques apparitions sur le Challenge Tour ont également été fructueuses...
Je n'ai pas eu beaucoup d'occasions de jouer sur le Challenge Tour, mais à chaque fois ça a bien marché pour moi puisque j'ai fait sixième en Autriche pour la reprise des circuits (l'Euram Bank Open mi-juillet, ndlr) et onzième à l'open du Portugal mi-septembre, deux tournois co-sanctionnés par le Tour européen. C'est bien d'avoir fait de bonnes performances sur des tournois plus relevés, avec un champ de plus forte densité, car autant en Autriche il n'y avait pas beaucoup de grands noms du Tour, autant au Portugal il y avait de sérieux clients.

Quelles sont les clés de cette constance ?
C'est le fruit de tous les changements que j'ai faits depuis un peu plus d'un an, et de tout le travail que je fais depuis des années. J'ai changé de coach, je me suis entouré de nouvelles personnes, j'ai changé de lieu de vie, donc ça fait pas mal de changements majeurs. Ces choix sont assez marqués, mais pour l'instant ça paye.

Julien Brun

Pouvez-vous nous décrire votre façon de fonctionner au quotidien, et les personnes avec qui vous travaillez ?
Je vis désormais à Prague, j'ai fait ce choix pour accompagner ma petite amie, donc je me retrouve un peu tout seul, en autonomie. Ça me change pas mal de ce à quoi j'étais habitué à Cannes-Mougins, où je connaissais tout le monde, où j'avais mes habitudes. Là, je suis sorti de ma routine, et j'ai été super bien accueilli à l'Albatross Golf Resort, le club qui reçoit le Czech Masters sur l'European Tour. J'ai beaucoup de chance de pouvoir m'entraîner là-bas, dans de super conditions en termes d'infrastructures et d'entretien. En prenant la décision d'aller m'installer à Prague, je ne pensais pas me retrouver dans d'aussi bonnes conditions d'entraînement, franchement ! À côté de ça, j'ai commencé à travailler avec Olivier Léglise à la fin de l'été 2019 : on ne s'est pas beaucoup vus cette année à cause du Covid-19, mais on a bien bossé l'hiver dernier et on continue à faire le boulot grâce aux moyens modernes de communication. Je travaille toujours avec Jean Fournier, mon préparateur mental, mais je bosse aussi avec une personne qui s'appelle Mathieu David sur des problématiques plus globales, hors-golf, et ça me fait beaucoup de bien. J'ai aussi commencé à travailler avec Robin Cocq sur tout ce qui concerne la performance de manière générale. Ça fait donc beaucoup de changements dans mon staff, mais aussi dans la façon de m'entraîner. Je m'entraîne peut-être moins qu'avant, mais c'est plus intelligent, avec des objectifs mieux déterminés et des séances mieux construites. Grâce à Olivier Léglise, j'ai eu l'opportunité de rencontrer Pello Iguaran, l'ancien caddie de Francesco Molinari, qui portait son sac notamment lors de sa victoire au British Open en 2018. C'était intéressant d'avoir sa vision du très haut niveau et ses commentaires lors des séances qu'on a passées ensemble.

Vous n'avez que des Français dans votre staff, ce qui signifie que vous êtes tout seul en temps normal à l'entraînement à Prague ?
Effectivement, mais j'aime bien cette autonomie. On communique beaucoup et très bien avec toutes ces personnes, j'envoie beaucoup de vidéos et j'ai des réponses claires très rapidement, ce qui est essentiel, mais je m'entraîne bien seul en République tchèque. Je profite de mes déplacements en tournoi pour voir les membres de mon staff, on met en place des directions à suivre à ces moments-là, et quand je rentre à Prague c'est à moi de les appliquer. C'est un mode de fonctionnement qui me va bien : ça ne correspond pas à tout le monde, je suppose, mais j'aime bien quant à moi organiser mes séances, planifier mon travail, et faire de mon mieux de mon côté. Je suis bien conscient d'avoir pris un petit risque en partant à Prague, car l'hiver y est rude et les parcours sont fermés, mais comme je le disais j'ai eu une chance énorme de bénéficier de l'accueil que j'ai eu à l'Albatross. J'ai aussi eu pas mal d'aide de la part de Basile Dalberto, le caddie de Matthieu Pavon qui est installé à Prague depuis dix ans. Je ne le connaissais pas en arrivant, mais je l'ai contacté et il m'a énormément aidé à m'acclimater à la vie tchèque, et m'a donné pas mal de bons tuyaux. En tant qu'étranger, c'est indéniablement un plus d'avoir l'aide de compatriotes quand on arrive dans un autre pays.

Vous revoilà donc sur le Challenge Tour l'an prochain, un circuit que vous avez fréquenté sans succès en 2018 et 2019. Avec quels objectifs ?
Malgré l'année compliquée qu'on a eu avec le Covid-19, c'est déjà bien d'avoir pu améliorer ma catégorie du Challenge Tour via le Pro Golf Tour. J'en avais déjà une petite, mais maintenant j'en ai une meilleure, et ce n'est peut-être pas fini puisque je vais jouer les trois derniers tournois de la saison (il est actuellement 25e de l'ordre du mérite, ndlr). J'ai encore des objectifs pour cette fin de saison : si je gagne un tournoi ou que je finis dans le top 5 du ranking, j'améliore encore ma catégorie. Ça ne laisse pas beaucoup de marge, mais c'est un beau défi ! Et quoi qu'il arrive, j'ai des objectifs élevés pour l'an prochain, même si on ne sait pas encore comment se présente la saison 2021 en termes de nombre de tournois. J'espère en tous cas faire une belle année et monter sur l'European Tour en 2022.

Mon chemin pour arriver au plus haut niveau est simplement un peu différent des autres.

Quel regard portez-vous sur les cinq années écoulées depuis votre passage pro ?
Je n'ai pas de regrets, et je ne ferais rien différemment si c'était à refaire. Mes années à l'université aux États-Unis ont été une super expérience, qui m'ont vraiment construit en tant que joueur, et en tant qu'homme aussi. Mon ambition, dans les quatre ou cinq ans à venir, est clairement de revenir aux USA pour jouer sur le PGA Tour. Donc toutes ces années passées au Texas vont me servir au niveau de l'acclimatation, de la prise de repères, car on voit bien que c'est la difficulté majeur de quasiment tous les Européens qui jouent très bien et qui veulent aller sur le PGA Tour. Ce sera un bel atout dans l'avenir. Après, concernant ma carrière pro, ce qui est un peu décevant c'est que ça prenne autant de temps. Mais tout arrive pour une raison, et je me dis que mon chemin pour arriver au plus haut niveau est simplement un peu différent des autres. Toutes ces années m'ont permis de mettre en évidence des manques et des problèmes sur certaines dimensions de mon jeu. Notamment sur le physique et la gestion de la fatigue : chaque saison, je commence en faisant de bonnes performances au sortir de l'hiver, et quand arrive le moment d'enchaîner quatre, cinq, six tournois, je pique un peu du nez et je suis de moins en moins performant. Ça a été le cas à chacune de mes saisons, sauf celle-ci. C'est pour ça que le plus gratifiant pour moi en 2020, ce n'est pas forcément cette deuxième place au ranking final, ni même mes deux victoires, mais plutôt le fait d'avoir réussi à produire un bon niveau de jeu sur chaque tour, à chaque tournoi, du début à la fin. C'est ce qui me donne le plus de confiance pour la suite.

Revenir aux États-Unis pour y retrouver votre ancien camarade d'université Paul Barjon sur le PGA Tour, c'est le rêve ?
Ce que fait Paul depuis quelques années est très, très fort. Il a toujours eu un super physique, il est fort mentalement, il n'a pas peur de s'affirmer, et il a un très bon fonds de jeu avec une grosse frappe de balle et un putting solide. Il s'est bien entouré, que ce soit à la fac où il a énormément progressé entre sa première et sa dernière année, ou depuis qu'il est passé pro. Le voir où il est aujourd'hui, c'est logique. Après, il n'a pas de chance puisqu'il n'y a pas de montée sur le PGA Tour cette saison en raison de la pandémie, mais ça va le faire l'an prochain. Comme ça on aura un Français à plein temps sur le circuit américain, en attendant un deuxième... ou plus !

Julien Brun

Par Alexandre MAZAS
12 octobre 2020