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Thomas Levet : « L'objectif est d'aller sur le PGA Tour Champions »

Vainqueur dimanche dernier de son premier tournoi sur le Staysure Tour, Thomas Levet revient sur cette victoire en Angleterre et évoque ses ambitions d'évoluer au plus vite sur le circuit américain.

Thomas Levet
Le Parisien a remporté le Farmfoods European Senior Masters. Phil Inglis / Getty Images Europe - AFP
04-06
octobre
FARMFOODS EUROPEAN SENIOR MASTERS HOSTED BY PETER BAKER
LIEU : Forest of Arden Hotel & Country Club, Angleterre
CIRCUIT : Staysure Tour

Avez-vous senti que cette victoire allait arriver ?
Ça faisait pratiquement depuis The Senior Open cet été (où il a signé un top 10, ndlr) que je jouais très bien, mais que ça ne se goupillait pas comme il le fallait. Je finissais régulièrement entre la dixième et la vingtième place, à cause d'un manque de réussite à certains moments, et d'un putting défectueux à d'autres. À la Boulie il y a trois semaines j'ai terminé septième alors que j'ai putté comme un âne pendant trois tours, en Autriche la semaine suivante j'étais dans le dernier groupe le dimanche et j'ai pris 39 putts lors du dernier tour... Il y avait de la frustration, mais ça faisait quand même trois semaines d'affilée que j'étais aux avant-postes. Ça commençait à chauffer, et là en Angleterre le parcours me convenait bien. Et là le putter a répondu présent.

Qu'avez-vous ressenti en décrochant cette victoire, huit ans après l'open de France ?
C'est sympa ! Mais ce qui est vraiment fantastique, c'est la façon dont j'ai géré mes émotions pendant la dernière journée. J'ai fait un passage incroyable du 12 au 15 où j'ai fait trois birdies sur ces quatre trous loin d'être faciles, et là je me suis détaché avec deux ou trois coups d'avance sur Paul Lawrie qui me collait aux basques depuis le début de la journée. À ce moment-là je sais que j'ai le tournoi dans les mains, mais il me reste à passer les trois derniers trous, qui sont propices aux catastrophes. On pouvait vite faire trois bogeys avec des mauvais choix, sans compter que les greens étaient très mouillés. Par exemple au 11 j'ai fait 18 m de backspin avec un fer 9, alors que je l'avais tapé pour ne pas faire de backspin ! Donc il y avait toujours ce facteur-là à prendre en compte sur la fin, et j'ai bien géré les derniers trous.

À quel point l'expérience accumulée au long de votre carrière s'avère-t-elle utile dans une telle situation ?
Bien sûr, je me suis servi de mon expérience, mais les autres aussi ! Les tournois sur le Staysure Tour ne sont pas évidents à gagner, car les autres ne font pas de bêtises de jeunesse. Tout le monde a de la bouteille, donc les gars ne perdent pas de coups bêtement, ils savent comment gérer la pression, ils ne s'affolent pas. La compétition est amicale puisque tout le monde se connaît depuis vingt ou trente ans, mais ça sort les couteaux pour scorer ! On est tous là par amour du jeu et de la compétition, mais on est là avant tout pour envoyer les scores les plus bas possibles. Les parcours sont un peu plus faciles que sur le Tour européen puisqu'il y a moins de rough et la distance est parfois moins importante, mais ce n'est pas pour ça que c'est plus facile, car ça favorise les scores plus bas pour tout le monde. Donc pour remporter une victoire, il faut vraiment aller la chercher. Les gars sont concentrés, et des mecs comme Paul Lawrie, Ian Woosnam ou Paul Broadhurst ne vont pas te laisser un tournoi juste pour te faire plaisir.

Vous ne fréquentez le Staysure Tour que depuis l'automne dernier. Quel bilan tirez-vous de cette première année ?
J'avais commencé l'an dernier, dans ce même tournoi en Angleterre, mais je m'étais blessé et je n'en avais pas joué d'autres. Le temps de me soigner en début d'année, je n'ai commencé ma saison 2019 qu'au PGA Senior Championship en mai. Sur les quatorze ou quinze tournois qu'il y a eu jusqu'à présent, je n'en ai joué que neuf. En passant la barre des cinquante ans l'an dernier, j'avais envie de me tester chez les seniors, et comme mon jeu était bon à l'entraînement j'ai commencé à me préparer sérieusement. L'enchaînement des tournois fait qu'on s'entraîne régulièrement, même si ce n'est pas beaucoup en quantité. De toute façon, à nos âges on ne passe plus des heures et des heures au practice, mais c'est important d'être régulier pour rester compétitif.

Entre la fin de votre carrière sur le Tour il y a quelques années et vos débuts chez les seniors, avez-vous continué à jouer au golf régulièrement ?
Oui, car je n'ai jamais vraiment arrêté. J'ai toujours eu des trucs à droite, à gauche, des pro-ams ou des journées entreprise, sans parler des parties que je peux faire seul quand je suis chez moi. Là où j'habite, en Floride, il y a des parcours vraiment difficiles, donc on se retrouve vite dans le bain si on veut jouer. L'an dernier avant de débuter chez les seniors, et en début de saison 2019, j'ai fait des scores vraiment très bas à l'entraînement, ce qui m'a conforté dans mon idée que j'étais prêt à me lancer sur le circuit. Cela ne m'a pas demandé trop d'efforts pour me remettre à niveau.

Ce qui est difficile sur le PGA Tour Champions, en réalité, c'est d'avoir son droit de jeu.

Quels sont vos prochains rendez-vous ?
Mi-novembre je participe à la première étape des cartes américaines, pas loin de chez moi en Floride, en espérant aller à la finale qui aura lieu en décembre dans l'Arizona. Si je ne me qualifie pas, j'irai jouer les trois derniers tournois de la saison sur le circuit européen à Madagascar, aux Seychelles et à l'île Maurice, en espérant décrocher une autre victoire pour obtenir un bon classement en fin de saison. Finir dans le top 10 ou le top 20 peut me permettre de jouer l'U.S. Senior Open et le British l'an prochain. Mais quoi qu'il arrive, l'objectif premier est d'aller sur le PGA Tour Champions au plus vite. Je joue vraiment bien, donc je pense avoir ma chance sur ce circuit.

Avez-vous le sentiment que le niveau du golf senior est bien plus relevé aux États-Unis ?
C'est à peu près la même chose en termes de compétitivité, à mon avis. Quand on voit des gars comme Bernhard Langer ou Paul Broadhurst, qui jouent très bien aux USA, venir en Europe, ils ne sont pas à des années-lumière au-dessus des autres. Par exemple, sur les quatre tournois que j'ai fait avec Broadhurst cette saison, j'ai fini devant lui trois fois. Donc je sais très bien que j'ai le niveau pour évoluer là-bas. Ce qui est difficile, en réalité, c'est d'avoir son droit de jeu sur le PGA Tour Champions. C'est très fermé, et j'ai l'impression de revenir trente ans en arrière quand je cherchais à intégrer le Tour européen !

En dehors de la compétition, quelles sont vos autres occupations ?
J'ai encadré de jeunes amateurs du pôle France sur quelques tournois pour le compte de la Fédération française de golf, j'ai aussi encadré à titre individuel quelques jeunes, amateurs ou néo-pros, comme Charles Larcelet et Mathilda Cappeliez. Je fais toujours quelques journées pour des sociétés françaises ou étrangères, je bosse six à sept semaines dans l'année pour Golf+, donc j'ai un agenda bien rempli. Je suis loin d'être à la retraite ! Tout cela me laisse quand même pas mal de temps pour ma carrière chez les seniors. Et ce qui est bien à mon âge, c'est qu'on n'apprend plus à jouer au golf : on est vraiment dans la révision, et quand on arrive en tournoi on sait tout de suite ce qu'on doit faire pour être prêt.

L'open de France, que vous avez gagné en 2011, a lieu la semaine prochaine au Golf National. Allez-vous y participer ?
Euh... non. Non, non. Enfin, je ne pense pas. Patrice Barquez est en train de voir avec les organisateurs s'il manque des joueurs, donc on verra. Je suis à Paris, donc pourquoi pas. Le jeu est là. Il y a des jeunes qui vont le jouer, comme Charles Larcelet qui a pris de bonnes raclées tout l'hiver dernier en Floride ! (rires) Mais ce n'est pas la priorité, honnêtement. S'il y a une spot vacant, pourquoi pas, mais je ne voudrais pas prendre la place d'un jeune qui en a, évidemment, largement plus besoin que moi.


Par Alexandre MAZAS
9 octobre 2019