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Le coude du golfeur

Le Dr Rouillon, Médecin fédéral national, vous répond sur l'une des plus fréquentes pathologies du golfeur : le coude.

« Bonjour,  je suis Pierre Lahargue, ingénieur –chercheur en informatique, j’ai 40 ans. J’ai joué un peu au golf au lycée, mais je pratique ce sport régulièrement surtout depuis cinq ans, à raison d’une fois par semaine, un petit peu plus pendant les périodes de vacances. Or depuis quelque temps, j’ai mal au coude (gauche). J’ai même l’impression que ça empire : en intensité quand je joue au golf, et je ressens une gêne plus ou moins importante  dans tous les gestes quotidiens. Est-ce ma technique qui n’est pas bonne ? Aurais-je pris une mauvaise habitude? Est-ce que je veux taper trop fort ? Je n’ai jamais changé mes clubs depuis mes débuts, peut-être sont –ils trop lourds par rapport à ce qu’on fait maintenant, ou mal adaptés à ma personne (c’était déjà des clubs d’occasion) ? Pouvez-vous me donner des pistes pour savoir ce que je dois faire ? »

Dr Rouillon :  Les douleurs du coude chez le golfeur sont une cause fréquente d’arrêt temporaire de la pratique du jeu. Le plus souvent, elles sont dues à des erreurs dans le choix du matériel ou à de mauvaises conditions d’entraînement. Vous avez donc déjà assez bien identifié le problème.

Selon une étude du Dr Andrew J. McHardy, réalisée (parution 2006) sur une population de mille joueurs australiens, 15, 8% ont été touchés par une blessure, la blessure la plus courante concernant le dos  (entre 25 et 33% des cas). Les blessures au coude arrivent en deuxième position, touchant 17,2% des golfeurs ayant contracté une douleur en pratiquant le golf.

On constate que les golfeurs « du dimanche » sont davantage touchés (25 à 33%) que les professionnels ou joueurs amateur de haut niveau (7 à 10%, chez les professionnels). En France, nous ne disposons pas à ce jour de statistiques concernant les golfeurs « loisirs ». Mais nous savons que parmi l’élite amateur masculine, le coude représente 2,5% du nombre des blessures, et 6,5 % chez les femmes, souffrant généralement de l’épicondyle gauche chez les droitières (enquête épidémiologique sur le Top  50 du classement amateur).  

Les causes pour lesquelles une douleur au coude se déclare, sont assez différentes selon que vous êtes simple joueur de club ou joueur de haut niveau. Chez les pros, la fréquence trop élevée des swings au practice entrainent des microtraumatismes répétés. Quand aux amateurs, ils mettent trop de pression sur le grip (main gauche pour les droitiers) et serrent leur club plus fort à la montée que les professionnels ( Etude de Faber et Coll ; Am J Sports Med 2009).

Comment se manifestent les douleurs au coude les plus fréquentes ?

En tout premier lieu, ce sont les tendons qui sont touchés. Ce peut être le très classique « tennis elbow », lequel concerne également les golfeurs, ou tout simplement le « golf elbow ».

Dans le cas du tennis elbow, ce sont les tendons dits « épicondyliens » qui sont touchés (à l’extérieur du coude). Ce sont ceux qui permettent l’extension du poignet et des doigts. Dans le cas du « golf elbow », ce sont les tendons dits « épithrochléens » qui sont en cause (à l’intérieur du coude), ceux qui permettent la flexion du poignet et des doigts donc la préhension. Dans les deux cas, le traitement mais également la prévention sont assez similaires. Ces atteintes tendineuses touchent davantage les femmes que les hommes, principalement l’épicondyle gauche chez les droitières.

Plus rarement, on peut découvrir une arthrose du coude, le plus souvent chez des sujets qui ont eu une fracture du coude antérieurement. D’autres causes plus rares existent et seront diagnostiquées par votre médecin suite à un examen médical précis et une imagerie de qualité (radiographies, échographie, scanner ou IRM selon les cas).

Le tendon est touché, mais touché comment ? Et que peut-on faire ?

Les atteintes tendineuses ou tendinopathies (« tendinites ») correspondent en fait à des micro-ruptures de fibres du tendon. Le traitement aura donc comme premier objectif de favoriser la cicatrisation du ou des tendons douloureux. L’aspect inflammation doit également être pris en compte mais ce sont les éléments qui permettent une cicatrisation de bonne qualité qui sont les plus importants (techniques de kinésithérapie adaptées).

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GROS PLAN SUR l’ÉPICONDYLITE (le « tennis elbow »)

Les douleurs sont situées au niveau de la face externe du coude et se manifestent dans certains gestes de la vie courante, comme le fait de se servir à boire.

L’examen clinique va retrouver ces douleurs à la palpation, à la contraction des tendons en cause et à l’étirement.

Il est important de savoir quel est l’état réel des tendons et en particulier, s’il existe des calcifications, une rupture partielle ou une cicatrice de rupture ancienne. Pour cela, les techniques d’imagerie sont très performantes, l’échographie étant l’examen de référence car effectué en dynamique, le radiologue demandant au patient de contacter les muscles explorés.

Dans la plupart des cas, le traitement se décline comme suit :

-          Un traitement médicamenteux à base d’anti-inflammatoires.

-          Une prise en charge en kinésithérapie. Soit par le biais de techniques de physiothérapie dont l’efficacité n’est pas démontrée au plan scientifique (ultra-sons, ondes de choc, Tecar). Soit avec la mise en place d’un protocole de travail excentrique (décrit en 1986 par Stanish), dont l’efficacité est certaine sur le plan scientifique.  Les protocoles utilisés ici sont bien connus des kinésithérapeutes, lesquels vous montreront les exercices à réaliser quotidiennement chez vous en complément des séances de rééducation.

-          Dans certains cas, il peut être nécessaire d’avoir recours à 1 à 3 infiltrations d’un dérivé de cortisone. Leur mise en œuvre n’intervient que si la première étape du traitement ne règle pas le problème (anti inflammatoires et kinésithérapie).

-          Dans le cas des ruptures partielles, les injections de PRP (ce sont des facteurs de croissance contenus dans certains éléments de votre propre sang) peuvent être indiquées.

-          Sachez que les indications chirurgicales sont rares, mais elles existent à un stade chronique.

À retenir : Il faut bien comprendre que la base d’un traitement efficace repose en très grande partie sur la rééducation selon les protocoles excentriques de Stanish, quelques soient les options thérapeutiques choisies en complément.

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Golfeurs « amateurs » : Sachez prévenir la douleur !

La prévention repose sur l’analyse des facteurs favorisants les problèmes de coude :

-          En premier lieu des clubs inadaptés : vous devez choisir vos clubs avec soin, en fonction de votre niveau de jeu, de votre vitesse de swing et de votre âge ! Le point le plus important concerne ici les shafts (manches des clubs) qui ne doivent pas être trop lourds, ni trop rigides. Les grips doivent être adaptés à la taille de vos mains et doivent être changés tous les ans si vous jouez régulièrement. Enfin, choisissez des têtes de club suffisamment tolérantes en fonction de votre niveau de jeu. Pour tout cela, la bonne démarche est d’effectuer un fitting avant de choisir vos nouveaux clubs et dans tous les cas, de faire vérifier vos grips.

-          Un bon grip est un élément déterminant de cette prévention. Vérifier avec votre pro enseignant que la façon dont vous tenez le club ne soit pas pénalisante pour votre corps. Un grip trop fort ou trop faible entraine toujours des contraintes trop importantes sur les tendons du coude. C’est un élément à corriger dès que vous sentez apparaître des douleurs du coude.

-          Vos modalités d’entraînement, autrement dit vos séances de practice peuvent également être en cause. Si vous avez tendance à faire des « grattes » ou à impacter trop souvent le tapis, l’entrainement doit, si cela est possible, s’effectuer sur une zone d’herbe et non sur tapis synthétique, et si ce n’est pas possible utilisez un tee bas. Par ailleurs, la fréquence avec laquelle vous tapez des balles est déterminante : le but du jeu n’est pas de « descendre » un sceau en un minimum de temps ! Evitez de taper plus de 3 balles par minute, 2 par minute est le meilleur rythme pour préserver votre corps, et même pour faire progresser votre jeu.

-          Vous devez vous échauffer sans les clubs, y compris pour une séance de practice, et cela pendant 10 minutes au minimum. Ainsi vous jouerez mieux et limiterez le risque de blessure.

-          Vous pouvez demander à votre kinésithérapeute des conseils pour effectuer des étirements des avants bras après avoir joué. Ou un matin sur deux, comme une petite routine. Cela vous prendra 10 minutes à chaque fois pour un bénéfice certain. De la même façon un travail léger de renforcement des avants bras, bien réalisé grâce aux conseils de votre kinésithérapeute, est un facteur positif dans le cadre de la prévention des douleurs du coude.

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GROS PLAN SUR L’ÉPITROCHLÉITE ( le « golf elbow »)                

Les douleurs sont ici situées au niveau de la face interne du coude et réveillées par les gestes simples comportant un effort de serrage.

L’examen clinique va retrouver ces douleurs à la palpation, à la contraction des tendons en cause et à l’étirement.

De la même façon que pour le « tennis elbow », l’appréciation de l’état réel des tendons est nécessaire et doit amener à procéder au moins à une échographie de très bonne qualité.

Ensuite la démarche de traitement et de prévention est strictement identique à ce qui a été décrit ci-dessus dans le cas de l’épicondylite.

Le traitement devra suivre la même chronologie que dans le cas précédent. Seules les techniques de kinésithérapie seront différentes, car adaptés à la physiologie des tendons concernés.

Pour la prévention, les mêmes conseils doivent être pris en compte :

-          Clubs adaptés.

-          Bon grip.

-          Modalités de votre entrainement.

-          Echauffement.

-          Conseils à demander à votre kinésithérapeute pour les étirements et le renforcement de ces tendons.

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Que faire dès qu'on sent qu'on mal au coude ?

-          En premier lieu, il faut appliquer du froid (glace, pack réfrigéré, …) pendant 25 minutes plusieurs fois par jour. Ceci est toujours plus efficace qu’une pommade, par exemple !

-          Ensuite il faut un diagnostic rapide, car il est beaucoup plus beaucoup simple de traiter les problèmes tendineux du coude avant qu’ils ne deviennent chroniques. Malheureusement, trop souvent les joueurs consultent avec retard. Les douleurs n’étant pas permanentes au début, on se dit que ça va passer. C’est une erreur.

Que faut-il penser des « bracelets » amovibles que l’on place sur l’avant bras, près du coude ?

 Ils sont assez répandus car ils donnent une impression de diminution des douleurs chez certains pendant la pratique du golf. Toutefois, leur efficacité réelle est assez hypothétique et en tout cas pas du tout démontrée sur le plan scientifique.

Les « bandages » adhésifs type K Taping ont-ils prouvé leur efficacité ?

Dans ce cas également les éléments de preuve irréfutable de leur efficacité manquent cruellement, même si vous trouverez toujours quelqu’un pour vous dire que ça l’a guéri. Ces produits correspondent à une mode dont on ne sait si elle va durer. Heureusement, au moins sont-ils inoffensifs.

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A RETENIR !

Les douleurs tendineuses du coude, « golf elbow » comme « tennis elbow », sont la conséquence d’une sur utilisation des tendons dans de mauvaises conditions. Ceci correspond à ce que les anglo-saxons nomment « l’Overuse ». Il convient de s’en préoccuper dès l’apparition des premières douleurs pour éviter le passage à la chronicité. Des clubs inadaptés, une technique et en particuliers un grip de mauvaise qualité sont des causes très souvent retrouvées. De même, des erreurs dans la façon de s’entrainer au practice sont fréquentes. Il faut donc, dès les premiers signes, consulter 3 docteurs !

-          Le docteur médecin en premier lieu, de façon à diagnostiquer et traiter.

-          Le docteur des clubs (ou club maker) de façon à être certain de jouer avec des clubs qui vous conviennent parfaitement.

-          Le docteur du swing (votre pro enseignant) afin de corriger les erreurs technique qui sont en cause (grip, force de serrage des clubs, …). Il vous conseillera également sur la façon de vous échauffer et sur l’organisation de vos séances de practice.

Si vous respectez ces conditions et si vous mettez en œuvre les quelques conseils de prévention donnés plus haut, vous éviterez ou pour le moins diminuerez très largement le risque de devoir interrompre pour plusieurs semaines, parfois plusieurs mois votre activité sportive favorite le golf.

Si vous êtes déjà touchés, ne désespérez pas, la combinaison de soins adaptés, le changement adéquat de matériel, et…quelques semaines de repos, suivi d’un bon protocole de prévention, vous permettront de retrouver les parcours dans les meilleurs délais. Et sans rechute. 

 


Par Dominique Bonnot
14 août 2015