Zones Sensibles

C’est entendu, le golf, c’est excellent pour la santé. Toutefois, un certain nombre de précautions simples sont à prendre pour éviter les blessures les plus fréquemment liées à ce sport : en particulier concernant le dos, le coude, le poignet… Olivier Rouillon, médecin fédéral national, passe en revue les zones les plus sensibles chez le golfeur et propose des éléments de prévention pour éviter les blessures.

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Zones sensibles : le poignet

Ce mois-ci : le poignet.

Focus sur la pathologie par le Docteur Olivier Rouillon, médecin fédéral national :

Pour les pathologies du poignet, il est important de différencier la situation entre amateurs et joueurs de haut niveau : chez les joueurs amateurs, les pathologies du poignet représentent entre 13 et 20% des blessures déclarées selon les séries scientifiques publiées, tandis que chez les professionnels cela équivaut à 20-25% des blessures.

Cela reste la première cause d’arrêt chez les professionnelles féminines. On constate une tendance à l’augmentation des pathologies du poignet principalement chez les joueurs de bon et de haut niveau. Il y a plein d’exemples de joueurs touchés, comme Jim Furyk, Brooks Koepka, Michelle Wie…

Parmi les pathologies, chez les amateurs, ce sont généralement des tendinopathies, et la principale c’est celle de De Quervain qui est située sur le bord radial du poignet. C’est assez fréquent dans les sports de grip, c’est un surmenage tendineux, au niveau de la gaine des tendons.

Chez les joueurs de bon niveau, il existe d’autres pathologies plus ou moins complexes, liées à la surutilisation : de l’oedème intra-osseux, aux fractures de fatigue de l’hamatum, un petit os de la main, ou encore des lésions ligamentaires, de l’extenseur commun ulnaire qui se luxe, ou du TFCC, complexe entre le radius et le cubitus, un confluent fibro-cartilagineux qui peut être abîmé voire rompu.

Les causes ?

Pour le haut niveau, ces blessures sont toujours liées à la surutilisation, ce qu’on appelle l’overuse injury, ce sont des microtraumatismes répétés causés par la fréquence des frappes de balles ou la grande quantité de balles frappées.

Ces blessures concernent le plus souvent le poignet gauche chez le droitier, la main gauche qui serre le plus fort, encaisse le plus de contraintes alors même que c’est l’avant-bras le moins développé musculairement.

Chez tout le monde, amateurs et professionnels, ce sont aussi les changements de matériel qui provoquent principalement des pathologies du poignet ou encore les changements de grips, chez les joueurs de compétition. On constate par exemple une certaine « mode » à avoir un poignet bombé en haut de la montée, comme Dustin Johnson.

D’autres causes peuvent intervenir comme le fait de frapper sur des surfaces dures au practice sur les tapis et non sur de l’herbe, et puis tout ce qui provoque une décélération brutale comme dans les roughs épais, quand le club reste bloqué à cause d’une pierre ou de racines dissimulées, le choc peut être traumatique.

Quel traitement ?

Les douleurs doivent être prises en charge assez vite : d’abord arrêt complet, et une imagerie adaptée.

L’échographie va explorer les problèmes de tendons, pour les pathologies plus complexes des compétiteurs, c’est l’échographie plus éventuellement une IRM et un scan. On va ainsi pouvoir poser le diagnostic et le bon traitement.

Que faire ?

- Repos de 3 semaines environ

- Appliquer du froid, deux-trois fois par jour, pendant 20 minutes environ

- Utiliser éventuellement une attelle pouce-poignet pour mettre au repos les tendons

- Prescription si besoin de médicaments anti-inflammatoires et éventuellement des infiltrations en cas de douleurs persistantes voire la chirurgie pour certains cas.

- Rééducation adaptée (voir plus loin)

A vous de jouer : Pour prévenir les blessures

Vérifier le matériel : la bonne taille de grip, un manche pas trop raide, et des clubs pas trop lourds. En cas de changement de matériel, ne pas oublier de prévoir un temps d’adaptation 

Vérifier la technique : si on a un grip trop faible, on surmène les tendons, si on a un grip trop fort, on protège un peu plus. Une main gauche faible favorise le poignet un peu bombé.

Bien s’échauffer

Prévoir un renforcement musculaire adapté des muscles de l’avant-bras gauche surtout chez les jeunes joueurs et les jeunes femmes.

L’œil du kinésithérapeute Bernard Pineau

Le protocole de rééducation doit respecter un certain nombre de phases.

Dans le cas des tendinopathies, qui sont des phénomènes inflammatoires, ”chauds”, il convient d’abord de les “refroidir”. Pour cela, il faut :

- une mise au repos stricte de l’articulation.

- pose de glace 3 à 4 fois/jour (20 mn environ à chaque fois)

- utilisation de physiothérapie à disposition :

           - Ionisations de produit anti-inflammatoires.

           - Ultrasons.

           - Courant antalgique pur type TENS (Compex par exemple).

           - Ondes de chocs dans certains cas.

 - On peut déjà à ce stade :

           - travailler manuellement sur des levées de tension au niveau de l’ensemble des muscles de l’avant-bras (extenseurs et fléchisseurs du poignet et des doigts) par crochetage par exemple.

           - commencer un massage type MTP (massage transversal profond).

          - Pas d’étirement passif des tendons inflammés.

A la fin de la séance, on peut poser un strapping souple à base d’élastoplast permettant un rappel élastique proprioceptif en position courte des tendons concernés et évitant une sollicitation en étirement.

Une fois la phase inflammatoire ”chaude” passée, il convient, tout en restant attentif quant à la douleur, d’ajouter :

- Un travail musculaire excentrique (renforcement musculaire avec éloignement des points d’insertion) des muscles extenseurs du poignet.

- Un travail de renforcement plus classique des muscles de l’avant-bras, du poignet et des doigts à l’aide de petites haltères, médecin-ball, élastiques ou tendeurs. Il faudra conseiller des petits exercices simples à reproduire à la maison et au practice.

- On pourra également poser un strapping plus adapté (plus solide avec bande de strappal par exemple mais laissant une mobilité suffisante pour la pratique du golf).

Une bonne communication avec le coach ou l’enseignant est essentielle afin d’identifier au plus vite les causes (surutilisation, grip mal adapté, problème de pression sur le grip, etc.) et d’empêcher toute récidive.

Dans les pathologies d’origine traumatique le plus souvent chez les professionnels (ex : lésion du ligament triangulaire entrainant une instabilité radio-cubitale inférieure) il faut, tout en y associant les techniques précédemment citées pour lutter contre l’inflammation et la douleur, insister dès que possible sur un travail de renforcement des muscles du poignet à visée stabilisatrice : le but est de faire travailler les muscles de l’avant-bras, du poignet et des doigts par des contractions longues contre résistance manuelle type « gainage du poignet ».

On complétera par un travail proprioceptif très important dans le domaine de la prévention.

Exercices basés sur :

  - Des appuis sur les 2 mains ou alternatifs sur différents supports (sol, coussin, trampoline, etc.) yeux ouverts puis fermés

  - Des lancer-réceptions de ballons divers en poids, forme...

  - travail sur la vitesse, les réflexes de préhension.

La reprise du golf pourra se faire, si nécessaire, avec un strapping visant à stabiliser l’articulation radio-cubitale inférieure (aide mécanique et/ou psychologique).


Par Anne Champomier
23 janvier 2019