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Laurent Boissonnas : « À la réouverture des parcours, il restera encore beaucoup à faire »

Le Président du Groupement des Entrepreneurs de Golf Français (GEGF) se félicite de l’action menée par les organismes professionnels, aux côtés de la ffgolf, et dans l’unité, pour accompagner les golfs dans la gestion de cette crise sans précédent.

Laurent Boissonnas vous êtes le Président de la Chaine de golfs/hôtels Open Golf Club mais aussi du GEGF ? c’est quoi le GEGF exactement ?

Le GEGF est le Groupement des Entrepreneurs de Golf Français, le syndicat professionnel des propriétaires et gestionnaires de structures golfiques en France. Il est l’organe représentatif des golfs commerciaux avec une vocation économique et sociale forte.

Vous devez être bien occupés en ce moment avec le déconfinement qui se profile !

Nous travaillons tous ensemble avec la ffgolf et les autres organismes professionnels pour que nos activités puissent reprendre le plus vite possible et dans les meilleures conditions pour les joueurs, les personnels et bien évidemment nos clubs. Je tiens à souligner l’entente parfaite et l’unité de nos travaux afin que cette reprise du jeu soit la plus rapide possible. Tous les arguments au profit d’une reprise rapide de nos activités ont pu être présentés et défendus auprès des ministères concernés. Nous allons continuer à nous y employer dans les jours qui viennent. La ffgolf dans son rôle d’autorité officielle s’est remarquablement mobilisée, a coordonné ces travaux et a porté d’une seule voix toutes les propositions de la filière en prenant en compte les critères clés venant de l’administration

Elle a ainsi en coordination avec les différents partenaires édicté des règles de jeu, des gestes barrières pour permettre une pratique du jeu en conformité avec les recommandations de sa commission médicale. Ces mesures qui accompagneront le déconfinement et la réouverture de nos clubs seront également accompagnées de « fiches métiers » pour nos personnels, qu’il s’agisse de l’accueil des joueurs, des pro-shop, de l’enseignement ou encore de l’entretien des parcours.

Alors une fois les joueurs de retour sur les parcours, tout redeviendra comme avant ?

Non, pas du tout car autant le choc de l’arrêt de l’activité a été brutal, inattendu…, autant la reprise va être progressive et le retour à la normale extrêmement long. Et le chiffre d’affaires perdu va l’être définitivement !

C’est pourquoi nous travaillons simultanément sur un autre axe fondamental pour l’avenir des clubs : rendre les clubs sportifs éligibles aux mesures économiques d’indemnisation, d’accompagnement, de soutien, déployées par le gouvernement au bénéfice de différents secteurs d’activités (voyage, hôtellerie, restaurant, commerces…).

Pouvez-vous nous en dire plus sur la structure des golfs en France ?

Le golf est une des rares disciplines avec l’équitation, la voile ou certains sports de montagne, qui regroupe plus de PME que d’associations, chaque club de golf commercial est une structure privée.

En France, sur les 730 clubs avec terrain, plus de 530 sont exploités à travers des sociétés commerciales qui emploient en moyenne 8 à 20 salariés.

Le chiffre d’affaires moyen d’un golf commercial en France de 18 trous en 2019 est de 1,05 M€ HT.

45% des entrepreneurs de golfs exploitent aussi un restaurant qui fait en moyenne 350.000 € de chiffre d’affaires. Une partie de ce CA est également hôtelier.

Il y a donc une grande variété d’entreprises golfiques, en fonction de leur taille et du périmètre de leurs activités. Il y a également une grande diversité dans la nature de leurs revenus.

La part des green fees dans le chiffre d’affaires est assez variable en fonction de l’attractivité touristique du club. Cet aspect touristique est aussi important, pour l’équilibre financier de nombre d’exploitations. 

Donc un club de golf c’est une entreprise…

Oui à la différence de nombreuses structures sportives en France qui sont des associations le plus souvent financées par des collectivités. Même une association sportive gestionnaire est classée administrativement comme une entreprise, même si le GEGF ne le représente pas directement.

… qui doit donc faire des bénéfices ?

Une entreprise exploitant un golf contribue comme tout le tissu entrepreneurial en France à la bonne santé économique du pays.

Elle doit d’abord équilibrer ses comptes et dégager le minimum de liquidités pour faire face à leurs nombreux investissements. Nous sommes à une période très particulière dans le golf actuellement. Plus des 2/3 des structures golfiques en France ont entre 25 et 35 ans, ce qui est la limite de l’amortissement des équipements. C’est le moment de réinvestir pour maintenir le niveau de service et de qualité attendu par les clients mais aussi se mettre en conformité aux normes règlementaires.

Dans le contexte très particulier que nous traversons, comme la grande majorité des secteurs d’activité en France, nous avons donc travaillé à des propositions pour soutenir les entreprise de golf et les aider à traverser la crise.

Un club est aussi un vecteur de croissance économique pour sa région.

Pouvez-vous nous parler plus en détails de ces mesures que vous portez ?

Ces mesures sont les suivantes :

  1. Prise en compte de la progressivité de la reprise, pourvoir continuer à utiliser l’activité partielle pendant 12 mois (1 an) après la date de reprise de l’activité avec les mêmes règles que celles en vigueur actuellement (avec allocation de l’état aux entreprises jusqu’à 4,5* le SMIC).
  2. Annulation des charges sociales (URSSAF certainement, Retraite et prévoyance possiblement) qui ont été reportées pendant le confinement.
  3. Dégrèvement de taxe foncière et de CFE à hauteur de 50% sur l’année 2020.
  4. Confirmation du dispositif de prêt garanti par l’Etat (PGE) qui puisse être activable jusqu’au 31 décembre 2020
  5. Prolongation de 5 ans de la durée d’amortissement des investissements et rénovations lourdes amorties sur plus de 5 ans (donc à partir de 7 ans)
  6. Disposition permettant aux entreprises de ne pas rembourser au prorata de l’inaccessibilité à l’équipement la cotisation annuelle, même si des dispositions particulières de compensation au sein de chaque club pourront être mises en place (il ne faut pas confondre le juridique et le commercial).
  7. Création d’un fonds de soutien aux équipements sportifs constitué dans le cadre d’un plan de relance de la filière sport à venir qui ne devrait pas oublier le golf.

Ce fonds pourrait :

- Soutenir directement des entreprises en difficulté

- Financer des formations notamment aux technologies et à la vente

- Plus généralement financer des opérations de promotion régionales ou nationales dans le cadre de campagnes de relance supplémentaires (qui pourraient être pilotées par la ffgolf), en particulier sur le tourisme golfique

Le Fonds de solidarité tel qu’il existe actuellement, et avec les mêmes règles, doit pouvoir toucher les personnes physiques non-salariés (gérant, mandataire social) pour que cela leur constitue un revenu minimum mensuel si l’entreprise ne peut plus leur verser.

La mise en place d’un taux réduit de TVA (10% par exemple) ferait aussi du sens dans le cadre d’un vaste plan de relance des équipements sportifs au sens large.

Quels leviers mettez-vous en œuvre pour vous faire entendre ?

Nous les partageons avec différentes associations professionnelles et syndicats avec lesquels nous travaillons régulièrement et qui relayent ces propositions.

Mais le golf est une filière économique qui – même si elle pèse bien plus que certains ne le pensent (1,5 milliard d'euros) - reste évidemment très petite à l‘échelle de l’économie France. Nous devons donc nous associer à d’autres secteurs qui partagent nos enjeux et ceux de nos entreprises. A plusieurs nous parlerons plus forts et nous résonnerons mieux.

Il ne fait aucun doute que les golfs sont des acteurs importants de l’aménagement, de l’équilibre et de l’attractivité des territoires, donc du tourisme même si tous les golfs ne font pas la majorité de leurs revenus avec des touristes.

Un club de golf, c’est un espace vert, qui permet la pratique d’une activité sportive, mais c’est aussi un vecteur de croissance économique pour sa région, notamment par le nombre de visiteurs extérieurs qui viennent y jouer.

Un entreprise qui exploite des parcours de golf gère un équipement sportif, mais c’est aussi une entreprise du secteur du tourisme et des loisirs. Il n’y a aucun doute pour nous.

En mai 2019, le Comité Interministériel du Tourisme a créé le Comité de Filière du Tourisme avec pour objectif de travailler aux problématiques du secteur de manière opérationnelle. Il ne concerne pas que l’hôtellerie et la restauration et intègre les parc de loisirs, les espaces culturels et de nombreux autres secteurs des loisirs. Ce comité est particulièrement actif en ce moment vous l’imaginez et les entrepreneurs qui l’animent alimentent quotidiennement le gouvernement de propositions....

Intégrer ce Comité serait le meilleur moyen de porter nos idées et obtenir que les entreprises de golf puissent également bénéficier des mesures de soutien et de sauvegarde qui seront prises pour ce secteur au sens large. Nos propositions sont d’ailleurs très proches de celles qu’ils défendent.

La reprise rapide de la pratique est la condition sine qua non d’un redémarrage de l’activité économique du secteur du golf, mais faudra-t-il un fort soutien des pouvoirs publics ?

Oui, les problèmes ne disparaitront pas d’un seul coup ! La reprise sera progressive, les opérations commerciales du premier semestre qui génèrent les revenus du second n’ont pas eu lieu et les touristes étrangers qui voyagent autour du golf ne viendront pas.

Mais avec la ffgolf nous continuerons à travailler ensemble pour que le golf continue à se développer et que de plus en plus de Français y jouent sur l’ensemble des parcours !


Par La rédaction
26 avril 2020