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Benjamin Hébert : « aller chercher plus haut »

Deuxième du Scottish Open mi-juillet, Benjamin Hébert a vu sa fin de saison bouleversée par ce superbe résultat en Rolex Series. Après avoir disputé son premier Majeur en tant que pro au British Open, le Français, qui a désormais intégré le Top 100 mondial, a pu revoir ses objectifs à la hausse pour les mois à venir.

Hébert
12e de la Race to Dubaï, Benjamin Hébert est désormais le numéro 1 français au classement mondial (94e) Andrew Redington / Getty - AFP
11-14
juillet
ABERDEEN STANDARD INVESTMENTS SCOTTISH OPEN
LIEU : The Renaissance Club, Ecosse
CIRCUIT : European Tour

Entre cette deuxième place en Écosse et un bon British Open la semaine suivante (41e), vous avez connu un bien joli mois de Juillet. Qu’en retenez-vous à froid ?

J’en retiens bien sûr beaucoup de positif. Mon objectif cette année était de disputer un tournoi Majeur et il m’a fallu attendre jusqu’à la dernière semaine pour me qualifier pour le British Open. J’étais super content d’y parvenir. À côté de ça, il y a cette deuxième place en Écosse et cette défaite en play-off qui reste un petit peu amer, mais il y a tellement de positif à en tirer que je ne peux pas avoir de regret. Je joue -9 le dernier jour pour aller chercher le play-off. Si je n’avais joué que -8, tout le monde aurait dit « ouah c’est énorme de finir comme ça pour prendre la deuxième place d’un Rolex Series ! » Avec la défaite en play-off, il y a des avis partagés. Mais avec mon staff on retient le positif. Je me suis mis deux fois en position de gagner depuis le début d’année (défaite en play-off en Chine début mai) et malheureusement ça n’a pas tourné en ma faveur les deux fois, mais c’est le signe que le travail mis en place porte ses fruits.

Revenons un petit peu sur cette formidable dernière journée en Écosse qui vous a permis de vous hisser en play-off…

À la base j’étais parti pour aller chercher la qualif’ pour le British. Sur cette journée, j’ai joué un très bon golf, mais j’étais surpris que les scores ne bougent pas à côté. Quand j’ai vu à quelques trous de la fin que ça ne bougeait pas derrière, j’ai commencé à croire en moi un peu, en me disant que je pouvais peut être aller chercher la victoire. Je fais un bon birdie au 17, après avoir raté quelques opportunités au 15 et au 16, mais je ne peux pas avoir de regret sur une journée en -9. En terminant, je pensais que cela ne suffirait pas, qu’il allait peut être manquer un ou deux coups car la fin de parcours n’était pas très compliquée. Je pensais que Bernd Wiesberger allait faire un ou deux birdies, surtout qu’il était en grande forme. Mais il n’a pas fait un super dernier tour et on s’est donc retrouvé en play-off.

94Benjamin Hébert pointe pour la première fois de sa carrière dans le Top 100 mondial. Il occupe cette semaine la 94e place.

Vous sembliez très détendu lors de ce dernier tour malgré la pression forcément présente…

Oui et c’est aussi pour cela que j’ai beaucoup aimé cette journée là. Autant en Chine j’étais un peu tendu, c’était la première fois que je me retrouvais dans cette situation. Alors que là, j’étais parti en mission pour scorer bas sans penser à un quelconque résultat. Sur le parcours j’étais en détente. Je jouais avec Rafa (Cabrera Bello), avec qui je m’entends bien. Même lui m’a dit le dimanche, puis la semaine suivante au British, qu’il avait halluciné sur la façon dont j’avais géré ma journée. Envoyer bas dès le début sur un Rolex Series, où il y a beaucoup de choses en jeu : les points, l’argent, la reconnaissance… On peut caler un peu dans ces conditions, mais moi je me sentais libéré, détendu. C’est aussi grâce à ce que j’ai appris en Chine. La prochaine fois que la situation se représentera, entre la Chine et le Scottish, je devrais mieux gérer tout ça.

Qu’est ce qui a fait la différence entre vous et Wiesberger lors du play-off. Un peu de réussite ou d’expérience ?

Non c’est juste mon putting. J’avais tellement bien putté toute la journée mais cela s’est moins bien passé pendant le play-off. J’étais un peu surpris de devoir faire le play-off et je pense que je suis un peu sorti de ma concentration pendant l’heure et demie où j’ai attendu. La pression était un peu redescendue. Et puis, le terrain avait aussi évolué pendant la journée. Le green du 18 était beaucoup plus ferme et rapide que tous les greens qu’on a joués pendant la semaine. Je me suis fait surprendre là-dessus. Mais ça a sans doute aussi un lien avec la petite baisse de pression qui fait que du coup tu es un peu moins alerte et tu fais des petites erreurs. Là ça coûte très cher. Mais le seul vrai mauvais putt, c’est le dernier où je rate 1m50 avant que Wiesberger ne mette le sien.

Un mois après, avez-vous encore un petit pincement au cœur ?

Pas vraiment, mais c’est vrai qu’on doit passer pas mal de temps à en reparler donc on met du temps à passer à autre chose. Une victoire aurait pu changer encore plus le cours de ma saison et peut être de ma carrière. Mais pour moi ce n’est que partie remise. Ce sont des expériences à prendre qui serviront plus tard. Jusqu’à maintenant, j’étais un peu loin de la victoire sur le Tour, à part en Belgique l’an dernier sur un tournoi particulier (en match play sur neuf trous). Là, ça fait deux fois que je passe tout près cette année. Ça veut dire que je suis à ma place et que quand je suis dans des semaines où je joue correctement, ça peut le faire. Quand je regarde en arrière, je me dis que j’ai quand même vachement progressé. En Chine, j’avais trois coups d’avance avant le dernier tour donc on peut se dire « le mec a craqué », mais j’ai quand même joué -3 le dernier jour, donc bien souvent cela aurait suffi pour gagner. Mais le mec derrière était chaud. Pour moi ce sont des étapes, et ça me montre que ça ne va pas tarder à tomber.

Cette deuxième place a changé pas mal de chose pour vous. À commencer par cette qualification pour le British Open disputé dans la foulée. Dans quel état étiez vous au moment de disputer ce premier Majeur en tant que pro ?

J’étais mort (rires). Je travaille plus qu’avant, même en tournoi, et je puise plus d’énergie. J’essaie donc de limiter mes séries de tournois à trois maximum. Là, j’avais joué Valderrama et les deux Rolex (Irish Open et Scottish Open) juste avant. Je me suis rendu compte que la quatrième semaine ça tirait après ces tournois où j’avais usé pas mal d’énergie. En plus je découvrais le Majeur, car j’avais peu de souvenir de Birkdale en 2008 quand j’avais joué en tant qu’amateur. Le parcours était assez compliqué, il demandait beaucoup de concentration. En plus il y avait un public de fou, beaucoup d’agitation, ça partait dans tous les sens. Il faut arriver à se recentrer sur soi-même et ça prend là aussi de l’énergie. Mais c’est une bonne expérience et une semaine correcte avec un cut passé et une 41e place finale. Même si on veut toujours faire mieux, pour une première avec les circonstances de la semaine d’avant, c’est plutôt pas mal.

Vous avez également intégré le Top 100 mondial (actuellement 94e)…

Oui c’est important car le but est d’être le mieux classé possible pour ne plus avoir à passer par des qualifs pour jouer les tournois Majeurs etc. L’objectif pour ça c’est le Top 50 mondial. Donc il vaut mieux être 90e que 250e quand on vise ça ! Ca se rapproche tranquillement, il y a encore beaucoup de points mondiaux à grappiller d’ici la fin de saison. C’est assez ouvert pour moi car je n’avais pas fait d’énorme perfs depuis deux ans. Une bonne semaine peut me permettre de gratter des places. Je crois que je suis numéro 1 français aussi, juste devant Mike (Lorenzo-Vera, 95e) et de Romain (Langasque, 104e). C’est top d’avoir trois joueurs français plutôt bien placés.

Vous occupez la 12e place de la Race to Dubaï et avez donc déjà validé votre billet la finale. Ce sera une première pour vous dans ce tournoi où vous étiez un petit peu maudit ces dernières années…

C’est clair ! En plus cette année, il n’y a plus que 50 joueurs à la finale. Je me disais « tu vas voir que cette année tu vas rentrer dans le Top 60 et que tu vas encore te faire avoir. » Donc là j’ai pris un peu de marge ! Ça fait quatre ans que je suis sur place en tant que première réserve. Alors c’était aussi à moi d’être meilleur bien sûr, parce que je terminais 64e ou 65e à chaque fois. Mais quand je voyais un joueur certains joueurs américains venir alors qu’ils ne jouent que les Majeurs et les WGC pour le compte du Tour, j’avais un peu le sentiment de me faire rouler. L’année dernière, je l’avais vraiment mauvaise. Mais c’est peut être ce qui m’a donné encore un peu plus faim cette année pour ne pas avoir à se poser cette question.

Votre saison est d’ores et déjà réussie. Avez-vous coché de nouveaux objectifs pour les mois à venir ?

Evidemment, il y a beaucoup d’objectifs ! Je vais jouer le WGC HSBC Champions en fin de saison, probablement le British l’année prochaine si je finis dans le Top 30 de la Race. Au moins, ça c’est quasiment assuré. Maintenant, vu la position dans laquelle je suis, le but va être d’aller chercher plus haut. Le Top 10 de la Race, ce serait top. J’ai fait mon calendrier et il n’y a que des gros tournois à jouer. Désormais, je suis obligé de faire des choix. L’objectif, c’est le bloc de qutre gros tournois consécutifs en fin de saison (WGC HSBC Champions, Turkish Open, Nedbank Championship et la finale de la Race à Dubaï). Mais avant ça il y a quand même deux autres Rolex à Wentworth et en Italie, le Dunhill qui est une belle épreuve et bien sûr l’Open de France qui se retrouve malheureusement en octobre. Pour moi ce n’est clairement pas une bonne date, mais c’est un immanquable. Il est hors de question de ne pas le jouer. Quel plaisir ça doit être de gagner son Open national ! Ce serait une des meilleures choses qui puisse arriver.

Quoi qu’il en soit, même si je fais ma meilleure saison, tant que je n’ai pas gagné un tournoi, l’année prochaine on remet tout à zéro. Donc il faut continuer à avancer, à travailler sans se poser trop de question.


Par Sébastien CACHARD-BERGER
7 août 2019