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Culture Ryder Cup : La guerre du golf

La Ryder Cup 1991 reste dans les mémoires comme une édition où le chauvinisme a parfois dépassé les bornes, reléguant le golf au second plan. C’est heureusement de l’histoire ancienne.

La liesse américaine après la victoire en 1991.
28-30
septembre
RYDER CUP
LIEU : Golf National, France
CIRCUIT : European Tour

Le 28 février 1991 marque la fin officielle de la première guerre du Golfe, conflit opposant trente-cinq nations à l’Irak, coupable de l’invasion du Koweït, le 2 août 1990. Menée par les Etats-Unis, cette coalition passe le 17 janvier 1991 à l’offensive. En langage militaire, c’est la « Desert Storm » (Tempête du désert). Victorieux de Saddam Hussein, les Américains comptent bien surfer sur ce succès pour répondre aux humiliations subies par leurs golfeurs dans les trois dernières Ryder Cup perdues. L’heure de la revanche a sonné.

C’est à Kiawah Island, en Caroline du Nord, sur un links dont les travaux sont à peine achevés, que la 29e édition se déroule du 27 au 29 septembre. Le parcours dessiné dans les dunes par Pete Dye longe la côte Atlantique sur laquelle souffle un vent incessant, séchant toujours plus des greens fermes et extrêmement rapides. Galvanisée par le succès des militaires, la presse américaine n’hésite pas à surnommer ce match Europe - Etats-Unis, « War on the shore » (la guerre sur le rivage). Alliée des Américains dans le conflit armé, l’Europe se retrouve cette fois sous la figure de l’ennemi à abattre !

Réveillés à 5 heures du matin

Dans la surenchère du chauvinisme ambiant, une radio locale donne même le numéro de l’hôtel des Européens pour les réveiller aux aurores. « Wake up enemy » est le nom de code de l’opération, peu efficace selon l’Anglais Paul Broadhurst : « Le téléphone sonnait dans notre chambre à 5 heures du matin. Sauf qu’on était déjà tous levés car nous prenions le petit-déjeuner à 5 h 30. »

Les Européens ont déjà connu un avant-goût de ce qui les attendait lors du dîner officiel d’avant-match quand un film fut projeté sur l’histoire de la Ryder Cup. À l’image, pas un joueur européen, pas une victoire européenne. Le spectacle frise le scandale. Nick Faldo manque de quitter le dîner. Plus réservé, Bernhard Langer ronge son frein : « Mais qu’est ce qu’ils sont en train de faire ? »

Construit à l’image d’un stade de golf, le parcours peut accueillir des dizaines de milliers de spectateurs, tous ou presque acquis à la cause des Yankees. « C’est la première fois que je voyais des joueurs se faire huer pour avoir enquillé un putt et applaudir quand ils manquaient un coup ! C’était très choquant », s’étonne le capitaine européen, Bernard Gallacher.

Casquettes de camouflages

Le match très serré entre les deux équipes rajoute encore plus de dramaturgie à l’événement. Certains matches sont mêmes électriques à l’image de ceux opposant en doubles Paul Azinger au bouillant Severiano Ballesteros dont le comportement en Ryder Cup n’a pas toujours été un modèle de fair-play. L’Espagnol se fait d’ailleurs sermonner par Raymond Floyd, dérangé par ses raclements de gorge quand l’Américain est au sommet du backswing : « Seve, on ne va pas jouer à ça toute la journée, hein ? »

Chaque camp cherche à mettre la pression sur l’autre. Pour ajouter de l’huile sur le feu, le capitaine yankee, Dave Stockton, et Corey Pavin arborent des casquettes de camouflage barrées d’un « Operation Desert Storm ». Le Golfe et le golf deviennent tout un coup synonymes au lieu de rester de simples homophones.

Langer a le trophée au bout du putter

Sur le terrain, Europe et États-Unis sont dos à dos, huit points partout, après les deux premières journées. Après de multiples rebondissements dans les simples dont le match concédé sur forfait de l’Américain Steve Pate, blessé dans un accident de voiture, la Ryder Cup va jusqu’à son terme, jusqu’à l’ultime match opposant Hale Irwin à Bernhard Langer. Après être revenu sur le fil square au départ du 18, Bernhard Langer a l’occasion d’offrir le point du match nul, 14 à 14, qui permettrait à l’Europe de conserver le trophée pour la quatrième fois d’affilée.

Autour du 18, c’est la folie. Tous les spectateurs, les officiels, les joueurs et leurs accompagnants sont massés autour de ce par 4. Après avoir donné le putt à Hale Irwin pour le bogey, Langer a un putt en descente de 1,80 mètre, gauche-droite. « J’espérais qu’il ne savait pas ce que je savais, que la pente était plus prononcée qu’elle ne paraissait », se souvient Hale Irwin. Dans un silence de mort, l’Allemand joue. La balle frôle le trou mais ne rentre pas. L’Amérique a gagné 14,5 à 13,5.

Tandis que la plupart des membres l’équipe américaine va se baigner d’allégresse dans les vagues de l’Atlantique, Paul Azinger reste à consoler Bernhard Langer : « Je ne voulais pas qu’un truc comme ça lui arrive. Bernhard est un ami très cher. » Comme quoi la locution latine, « Si tu veux la paix, prépare la guerre », a pris tout son sens à Kiawah Island. Depuis, à part quelques incidents dont celui de 1999, la Ryder Cup est redevenue un jeu de gentlemen. Et c’est tant mieux.


Par Jean-François Bessey
2 août 2018