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Culture Ryder Cup : La révolution Jacklin

En 1983, Tony Jacklin est capitaine de l’équipe européenne. Avec le champion anglais, le Team Europe se professionnalise et manque de l’emporter aux Etats-Unis. Ce n’est que partie remise.

L'équipe européenne en 1983
28-30
septembre
RYDER CUP
LIEU : Golf National, France
CIRCUIT : European Tour

Le successeur de John Jacobs au poste de capitaine a déjà joué sept Ryder Cup. Le champion anglais connaît parfaitement ses adversaires : il a gagné l’US Open en 1969 et joué sur le PGA Tour. Il s’interroge : « Comment voulez-vous gagner la Ryder Cup ? Avant même d’avoir tapé le premier coup, notre estime de soi est au plus bas ».

Et il exige de la PGA britannique quelques remises à niveau : «  On voyageait au fond des avions, on n’emmenait pas nos caddys et nous étions parqués dans un coin de vestiaires pour nos réunions d’équipe. Le plus malheureux, c’est que nous étions administrés par des gens qui ne savaient même pas ce que c’était d’enquiller un putt de deux mètres !... » Avant 1983, chaque joueur pouvait aller dîner où bon lui semblait. On n’en faisait qu’à sa tête. Il n’y avait aucun esprit d’équipe en dehors du parcours.

L’équipe voyage en Concorde

Avec Tony Jacklin, l’Europe entre dans une nouvelle ère. Pour cette édition au PGA National, près de Miami, l’équipe européenne prend le Concorde. Les joueurs sont tous en uniformes et accompagnés de leurs épouses et de leurs caddies. Ils ressemblent enfin à une vraie équipe. Sam Torrance est ravi du changement : « Tony a transformé la Ryder Cup. Il en a fait un événement de première classe. Nous avions des pulls en cachemire, des sacs en cuir et résidions dans un hôtel de luxe. Nous étions enfin reconnus. »

Avec le retour de Severiano Ballesteros (il n’a pas été sélectionné deux ans plus tôt par John Jacobs pour ne pas avoir joué suffisamment de tournois sur le Vieux continent !), l’Europe s’accroche sous une chaleur écrasante et mène la première journée d’un point. Le lendemain, les Américains recollent au score.

Avant les simples, les deux équipes sont à égalité, 8 à 8. Durant toute la journée du dimanche 16 octobre, les deux équipes se rendent coup pour coup. Seve Ballesteros concède le nul, Nick Faldo, Bernhard Langer et Paul Way gagnent leur match ; Sandy Lyle, Gordon J Brand et Ian Woosnam perdent le leur. La tension est à son comble autour du « Bear Trap », les trois derniers trous du PGA National réputés pour être les plus difficiles du parcours.

Une défaite transformée en victoire

Les deux capitaines, Jack Nicklaus et Tony Jacklin, sont sous tension. Le score est de 13 à 13. Il ne reste que deux matches sur le parcours : Lanny Wadkins contre José Maria Canizarès et Tom Watson face à Bernard Gallacher, futur capitaine européen. Au 18, Lanny Wadkins, mené, tape un petit coup de wedge à moins d’un mètre du trou. Birdie et match nul arraché in extremis. Le score passe à 13,5-13,5.

Dans le dernier match au départ du 17, Tom Watson n’est que 1 up contre Bernard Gallacher. Tout est encore possible. Surtout que l’Américain commet un bogey sur ce par 3. Mais l’Écossais n’est pas au mieux. Il a raté le green sur sa mise et jeu concède trois putts pour un double bogey fatal. Les États-Unis peuvent exulter, ils ont gagné 14,5 à 13,5, soit sur la plus petite marge depuis la création de la Ryder Cup.

Le soir, les Européens sont abattus. Déçus d’être passés à côté d’un gigantesque exploit. Un seul garde la tête haute, Severiano Ballesteros. À tous ses coéquipiers, l’Espagnol martèle : « C’est une grande victoire, c’est une grande victoire. Nous devons la célébrer, tous ensemble. »

Son capitaine approuve la détermination et la lucidité du matador de Santander.  « Le vrai début de l’épopée européenne a commencé en 1983 et non en 1985, après notre victoire au Belfry. C’est au PGA National que nous avons créé un précédent. Cette confiance engrangée par notre résultat et le soutien de nos propres fans ont fait le reste deux ans plus tard », conclut Tony Jacklin. Mais ça, c’est une autre histoire.


Par Jean-François Bessey
8 janvier 2018