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La Petite Voix du Golfeur... vous la connaissez ? (cas n°8)

Celle qui, défaitiste, moqueuse ou médisante, s’adresse à vous au creux de l’oreille et dont vous n’arrivez pas à vous défaire ! Mais cette année, grâce à Patrice Amadieu, directeur du coaching de la ffgolf, elle va trouver à qui parler ! Au lieu de vous enfoncer, elle vous soufflera des éléments concrets et efficaces pour vous aider à progresser. 

Victor Veyret

CAS N°8 : « Si tu n’es pas contente de ton swing, arrête et recommence ! »

La Petite Voix : Salut, Patrice…Tu n’aurais pas cinq minutes ?

Patrice Amadieu : Bien sûr, qu’est-ce qui se passe ?

La Petite Voix : C’est un petit peu délicat, mon problème. Voilà : je crois que je suis médium…et ça ne m’arrange pas du tout au niveau golf !

Patrice Amadieu (circonspect) : Médium !? C'est-à-dire ?

La Petite Voix : Et bien en fait, tu vois, je me mets à l’adresse, je fais mon coup d’essai, je vais pour taper mon vrai coup, et là, je sais – je le sais parce que je le vois AVANT que cela n’arrive - JE SAIS que je vais le rater, j’en suis sûre ! Je pourrais le parier !

Patrice Amadieu (amusé) : Et… ?

La Petite Voix : Et… bien je le rate à tous les coups, évidemment ! Et à chaque fois je me dis : « Je le savais ! », mais c’est trop tard…

Patrice Amadieu : Je vois, je vois…Tu n’as jamais pensé à interrompre ton geste, respirer un bon coup, te replacer et recommencer ?

La petite Voix (piquée au vif) : Non ! Non, pas du tout, je suis lancée dans mon effort : j’ai fait ma routine, j’ai regardé ma cible, je suis placée comme il faut, voilà, je ne me pose pas de questions, je joue !

Patrice Amadieu : Tu ne te poses pas de question, mais tu as quand même un peu d’espace pour laisser filtrer l’idée que tu vas rater ton coup…

La petite Voix : C’est le problème, ma capacité à prédire l’avenir !

Patrice Amadieu : Admettons…Mais c’est bizarre que tu ne puisses prévoir que des catastrophes, non ? Moi je crois plutôt qu’on a tous un petit diable qui nous accompagne, nous tous et toi y compris, quand on fait du sport - n'importe quel sport. Quelqu’un qui te ressemble beaucoup d’ailleurs, dans le côté négatif, et qui ne va pas te lâcher.

Tu tentes un effort, il te dit : « ça va être trop dur ! Tu vas avoir des courbatures ! » Tu vises le green, il te dit : « Tu vas la mettre dans l’eau ! »… Et là, ma chère Petite Voix, on est au cœur de la prépa mentale ! Si la prépa mentale ne devait servir qu'à une seule chose, ça serait à nous aider à vivre avec notre " petit diable ". Avec toi, la Petite Voix qui voit le mal partout, l’échec, la difficulté, une douleur à venir, quand il serait si simple de se dire : « Rien n’est écrit à l’avance. Ce n’est pas parce que j’ai PEUR de rater que je vais rater ! »

Premier truc, donc, je vais te faire de la prépa mentale de base, mais il faut bien que tu acceptes le fait que les pensées négatives ne sont pas forcément fatales !

La Petite Voix : Il ne faut pas chercher à les éliminer, coûte que coûte, c’est ça ?

Patrice Amadieu : Voilà, exactement. Parce que ce serait vain. La première faute que l’on fait, c'est nier l’évidence. Te dire : « Non, non, je ne viens pas de penser ça », tu vois ? Ou bien : « Je viens de penser j’allais mettre ma balle dans l’eau, ouais, mais je m'en fiche ! » Non ! Je viens de penser que je vais la mettre dans l'eau, donc OK, mon petit diable a décidé d’intervenir, il t’a fait passer le message, toi, tu me le transmets et moi, il faut que je sois lucide, détendu, et que je me dise… « Routine is my friend ! ». C’est ma parade.

Très vite, j’établis le constat : Il me vient une pensée négative face à cet obstacle d'eau, je l’ai parfaitement identifiée. Je l'accepte tout comme j’accepte le fait d’être forcément dans un état qui n'est plus complètement " dans le flow ". Dans la foulée, je cherche une solution : « Comment je peux arriver à contourner cette difficulté ? » Réponse : « Je peux y arriver en me recentrant sur ce que j'ai à faire, et pour me recentrer sur ce que j'ai à faire, il faut que je reprenne mon processus de coup depuis le début. »

C’est ce que je te demandais tout à l’heure : « N’as-tu jamais pensé à stopper un mouvement pollué par des pensées négatives, au profit d’un geste dégagé de tous parasites ? »

La Petite Voix : Je vois ce que tu veux dire, mais franchement ce n’est pas évident d’y penser, et en plus, même si j’y pense, je suis gênée de m’interrompre, de recommencer un coup d’essai, etc. Quand des golfeurs devant moi, mettent trois heures avant de taper un coup, je fulmine. Alors le faire aux autres…Pas question ! Tant pis, je joue, je rate, ça ira mieux après.

Patrice Amadieu : C’est sûr que le jeu lent, c’est un des fléaux du golf, on ne va pas se le cacher, mais on ne te demande pas non plus de faire tout un parcours en accéléré ! Une prise d'infos sur chaque balle est absolument nécessaire. Ensuite, tu introduis à l'intérieur de ta routine les éléments qui doivent te permettre de te mettre dans les meilleures conditions. Si tout d’un coup, tu as un mauvais feeling, tu apprends à t’arrêter, tu introduis quelques mouvements de respiration dans ta routine initiale (ou tu décides de le faire tout le temps),  puis tu te recentres sur le processus. Crois-moi, tu as tout le temps de faire ça, et même, il FAUT que tu le fasses, et oublie cette espèce de peur de gêner les autres, personne ne t’obligera à taper tes balles n’importe comment au nom de la lutte contre le jeu lent !

La Petite Voix : OK, je vais essayer !

Patrice Amadieu : Tu as intérêt parce que ça ne va pas venir tout seul ! Au contraire, il va vraiment falloir que tu prennes conscience de tout cela, que tu trouves ton rythme, et que tu répètes ta routine jusqu’à ce qu’elle fasse partie de ton jeu.

La Petite Voix : Il faudrait que je m’enferme dans ma bulle, en fait…

Patrice Amadieu : Euh…Non ! Je pense qu'il y a une forme d'épuisement à vouloir tout le temps tout bien faire, notamment en terme de concentration sur une partie de golf qui dure 4 heures et demi. Si tu dois être concentrée 4 heures et demi, c'est chaud quoi, voire impossible. Donc une " bulle ", oui, mais attention : « dedans, dehors, dedans, dehors, on, off, on, off… » Parce que sinon, physiquement, tu ne tiendras pas ! C'est comme ça que tu vois parfois des golfeurs " exploser " en route. Ils font tout parfait, tout parfait, tout parfait… Et puis tout d'un coup, tu sens que ça devient un peu rouge, un peu rouge, un peu rouge, et puis booh, ça éclate ! Plus de bulle ! Un peu comme si tu jouais en apnée, tu vois ? Alors, respire bien et surtout prends du plaisir à jouer !


Par Dominique Bonnot
30 mai 2017