Culture Ryder Cup : La grosse frayeur

En 1959, les joueurs Britanniques et Irlandais ont la peur de leur vie. Leur avion les menant de Los Angeles à Palm Springs est pris dans un terrible orage. Ils finiront leur voyage en… bus. 

Team Europe Ryder Cup 1959
L'équipe européenne miraculée de 1959. Getty Images

Après avoir décollé de l’aéroport de Los Angeles le 29 octobre 1959, l’avion transportant l’équipe de la Grande-Bretagne et d’Irlande, des journalistes et des VIPS survole les monts San Jacinto qui culminent à plus de 3000 mètres pour relier leur hôtel de Palm Desert. Cela fait des jours que l’équipe est partie par bateau du Royaume-Uni. Arrivée à New York par le paquebot Queen Elizabeth, elle a d’abord rejoint Atlanta puis, Los Angeles par avion, avant ce dernier stop à Palm Springs.

Sachant que le but du voyage est proche (40 minutes de vol) et que la 13ème édition de la Ryder Cup, au Eldorado Country Club d’Indian Wells, en Californie, démarre dans quelques jours, l’atmosphère, malgré la fatigue générale, est à la bonne humeur.

Une chute qui semble sans fin

Tout d’un coup, de sévères turbulences agitent l’avion qui est pris dans un violent orage. « Veuillez regagner vos places et attacher vos ceintures, nous allons être sacrément secoués », annonce le pilote aux vingt-neuf passagers du vol. À peine le temps de boucler les ceintures et l’avion décroche de près de 1000 mètres. La sensation est vertigineuse. Une chute sans fin. « Nous avions l’impression d’être dans un gigantesque shaker », raconte un témoin.

Le crash est dans toutes les pensées. Sous la violence des turbulences, les coffres à bagages s’ouvrent, versant leurs cargaisons de vestes, sacs, sacoches... « Plein de gens saignaient car des objets comme des balles de golf volaient dans tous les sens. On ne savait même pas s’il y avait encore un pilote de l’avion… », confiera, plus tard, l’Irlandais Christy O’Connor. Après de longues minutes d’angoisse, le pilote reprend enfin le contrôle de l’appareil. Mais impossible d’atterrir à l’aéroport de Palm Springs où sévit une terrible tempête. La tour de contrôle demande au pilote de faire demi-tour et de rentrer à Los Angeles. Quand l’avion atterrit à L.A., 90 minutes après en être parti, chacun se congratule.

Puis, les joueurs sortent un à un de la carlingue, groggys. Certains embrassent le tarmac de joie d’être encore en vie. Dai Rees, Peter Aliss, Bernard Hunt, Christy O’Connor, Harvey Weetman, Eric Brown, Norman Drew, Dave Thomas, Ken Bousfield, Peter Mills, ainsi que le joueur Américain Doug Ford sortent de « l’enfer ».

En mémoire de ce voyage dans les limbes, un des accompagnateurs, le clubmaker John Letters, créera le « Long Drop Club », pour que chacun de ses membres porte, tous les 29 octobre, un toast à la vie. Ne perdant pas son légendaire flegme britannique, le patron du Daily Express, un tabloïd anglais, enverra même un télégramme à son envoyé spécial, Ronald Eager, lui aussi à bord de l’avion incontrôlable : « Félicitations. C’est la première fois que le golf est en une du journal. » 

« Chat échaudé craint l’eau froide », dit l’expression. Aussi, quand on propose aux passagers de reprendre les airs pour rejoindre Palm Springs, tous répondent d’une seule voix : « Merci, mais on ne peut pas y aller par la route ? » Après quelques verres bien mérités, les 29 rescapés s’installent dans un Greyhound. Pour tous, la route est le moyen le plus sûr de rejoindre leur hôtel. Et c’est à 15 heures qu’ils arrivent enfin à destination après deux cents kilomètres d’une route de toute beauté.

L’avion préféré au bateau !

Cette édition, qui a bien failli débuter par une tragédie et se termine par la victoire des Américains par le score de 8,5 à 3,5, marque un tournant dans l’histoire de cette compétition. Désormais, la Ryder Cup va évoluer vers sa version moderne avec l’abandon des matches sur 36 trous et le doublement du nombre de foursomes, passant de quatre à huit. Les quatre balles ne feront leur apparition qu’en 1963.

Et malgré le souvenir pénible de ce voyage aérien, les Britanniques & Irlandais prendront désormais l’avion pour se rendre aux Etats-Unis. Un gain de temps appréciable, même si certains comme Christy O’Connor,  Harvey Weetman, Dave Thomas, Peter Alliss et Bernard Hunt, déjà présents en 1959, devront surmonter leurs angoisses plus que légitimes.


Par Jean-François Bessey
26 février 2018